« Des formations pour donner un sens à un métier en mutation », tel est le thème de réflexion retenu par le conseil d’administration de l'ADFPA pour son assemblée générale. Une prise de conscience qu'elle souhaite collective au niveau des OPA pour rendre le métier d'agriculteur plus « vivable ».
Un sujet qui mobilise particulièrement Jeunes agriculteurs, en tant que membre de l'ADFPA, et la MSA de Franche-Comté.
Depuis quelques années les stages de formation liés à la personne ont tendance à prendre un peu plus d’importance dans le catalogue de formation de l'ADFPA : Créer un GAEC pour que chaque associé y trouve son compte, « Gestion du stress », « Donner un second souffle à sa vie professionnelle », « Prendre soin de sa santé en écoutant son corps », « Vivre en Cuma »... Ce n'est pas sans raison, car il existe un réel besoin.
L'agriculture connaît une mutation permanente qui, il faut l'admettre, a des conséquences pour les agriculteurs : fatigue, isolement, suradministration, manque de temps... Sans compter la crise économique qui accentue les difficultés. « Je ne le supporte plus », « il faut que ça change », « j'ai peur pour ma santé »... Ce type de remarques entendu chez les agriculteurs est aussi présent au niveau des groupes (coopératives fromagères, Cuma) : démobilisation des agriculteurs qui se considèrent plutôt comme clients que coopérateurs, usure des personnes engagées, individualisme, multiplication des conflits, etc.
Autre constat, cette fois au niveau de l'image du métier lui-même et de la place dans la société : l’agriculteur se retrouve de plus en plus isolé au niveau du milieu rural, il est minoritaire et le plus souvent il se croit non désirable.
Les lieux de discussion ont disparu (coulée du lait, foire, discussion du bout de champ, groupe de développement, syndicats etc. ). « Il faut être performant et discuter c’est perdre du temps ».
Le niveau de formation de la population agricole a considérablement évolué vers des diplômes axés sur la technique et la gestion.
Agriculteur, c’est un travail de technicien, « passe ton BTS et tu t’installeras ». Le constat n'est pas gai. Mais faire preuve d'un peu de lucidité, avoir une vision globale du métier d'agriculteur dans sa dimension humaine et apporter une aide appropriée ne peut qu'être positif.
Moins subir, rompre l'isolement
Les formateurs de l'ADFPA le savent d'expérience : « les bilans individuels de fin de stage montrent que la démarche pédagogique centrée sur la personne permet aux participants de clarifier leur situation, de trouver une nouvelle énergie », indique Marie-Ange Christophe, formatrice. Ces formations rompent l’isolement. Les stagiaires prennent conscience qu’ils peuvent agir et non plus appliquer et subir. Ils ont enfin prise sur les choses.
Le témoignage apporté par Marie-Solange Durand, de la chambre d'agriculture de la Nièvre montre comment ces formations répondent à un vrai besoin. Les Actrices nivernaises sont un groupe d'agricultrices qui voulaient rompre l'isolement, réfléchir à leur métier.
Créée en 2002, cette association génère aujourd'hui un réseau important en milieu rural et est demandeuse de formations dans des domaines très variées, allant de la communication non violente à l'usage de l'homéopathie en élevage.
« Des formations avec un public pas exclusivement féminin, même si les femmes sont souvent des précurseurs sur ces questions ! » indique la formatrice. Marie-Solange Durand est également coach à la chambre d’agriculture de la Nièvre et à ce titre propose des accompagnements individuels d'agriculteurs dans leurs projets ou leurs difficultés.
« Cette démarche d'accompagnement peut se faire en partie par les techniciens de Chambre, chacun avec ses compétences. Le métier de conseiller en agriculture est sûrement appelé à évoluer », constate l'intervenante.
Aujourd'hui l'ADFPA du Jura engage des formations pour répondre à une demande clairement exprimée par un groupe d'agriculteurs, comme une formation sur le montage des panneaux photovoltaïques, ou encore par des organismes prescripteurs comme la taille de la vigne pour les salariés agricoles. « Ce fut un pari de lancer la formation « Gérer son stress » sans qu'il y ait de véritables demandes.
Pourtant les stagiaires se sont inscrits et le groupe continue cette année », note Romuald Vuillemin, formateur. Le conseil d'administration de l'ADFPA a donc fait le pari d'essayer de sensibiliser les agriculteurs à ces questions et d'ouvrir son offre de formation.
Les chiffres de la formation
Pour la campagne 2008/2009 l'ADFPA a permis à 613 stagiaires de réaliser 13 000 heures de formation. Le développement de la formation des salariés d’exploitation a fortement progressé (20% des heures de stage) grâce à un travail de sensibilisation auprès des employeurs et des salariés et la mise en place du CQP (certificat de qualification professionnelle).
Chaque année l'ADFPA édite deux catalogues. 70% des salariés viennent en formation par le biais du groupement d'employeur Desfi.
L'ADFPA a réalisé le suivi de 71 stages 6 mois dont 17 pour des départements extérieurs et animé le stage préparatoire à l'installation pour 57 stagiaires. Sur 81% d'installation, 63% en société, 14 créations d'entreprise, 15 projets de diversification.
Le PPP
La campagne 2008/2009 a été marquée par la mise en place du nouveau dispositif de formation lié à l’installation (PPP) en partenariat entre l'ADFPA, JA, la chambre d’agriculture, l'Odasea, et le CFPPA. Un travail d’écoute et d’accompagnement qui permet au candidat de construire et d’élaborer son projet. Les premiers retours des jeunes qui ont débuté leur PPP sont positifs.


