Le renchérissement inéluctable du coût de l’énergie rend nécessaire l’intégration de la consommation de carburant dans le choix du mode de distribution des fourrages.
Dans les exploitations d’élevage, la distribution des fourrages mobilise un ou deux tracteurs sur une période pouvant se limiter à quelques mois, mais pouvant aussi s’étendre sur toute l’année. La diversité des matériels utilisés et l’organisation des éleveurs génèrent des temps de travaux très variables et des écarts de consommation importants.
Une étude réalisée dans la Manche sur une vingtaine d’exploitations utilisant des matériels variés a mis en évidence d’importantes disparités en termes de consommation sur des rations hivernales, essentiellement à base de maïs.
Lors des suivis de consommation, plusieurs paramètres sont enregistrés : la quantité de fioul consommée, le nombre et le type d’animaux alimentés, les aliments distribués, le temps de travail et le temps de traction nécessaire…
Pour comparer les exploitations entre elles, les temps de traction sont ramenés en minutes par jour pour alimenter 100 UGB (mn/j/100 UGB). Sur cette base, les temps de traction vont de 18 à 125 mn/j/100 UGB : le meilleur résultat est obtenu par une désileuse automotrice qui effectue très peu de déplacements et le moins bon avec un chantier mélangeuse sollicitant deux tracteurs en permanence.
En moyenne, avec les désileuses-pailleuses, il faut tabler sur 42 mn de traction par jour pour 100 UGB ; on obtient des bonnes performances (25 à 35mn/j/100 UGB) avec l’ensemble « télescopique-godet désileur », mais également avec des distributrices (31 à 38 mn/j/100 UGB) ou des mélangeuses qui assurent un bref mélange en fin de chargement (25 à 30 mn/j/100 UGB).
Dans le cas des mélangeuses, les écarts de temps de traction sont extrêmement importants en fonction des pratiques des exploitants.
Pour ceux, y passant le plus de temps, cela entraîne à la fin de l’année énormément d’heures de traction : pour une distribution « toute l’année », on peut utiliser l’équivalent d’un tracteur à plein temps.
D’importants écarts
Il faut en moyenne quatre litres de fioul par jour pour alimenter 100 UGB. Les meilleurs se contentent de deux litres, alors que les plus “énergétivores” dépensent huit litres. Les désileuses pailleuses, utilisées pour la distribution de rations simples (maïs, herbe, concentrés) demandent environ 3 l/j/100 UGB.
Les éleveurs utilisent des tracteurs de puissance raisonnable et limitent le régime moteur. Avec un volume de 5-6 m3, ces machines sont bien adaptées pour différents lots d’animaux. Le télescopique équipé d’un godet désileur permet d’alimenter 100 UGB/j avec 3,7 litres de fioul.
Les aliments (maïs+concentrés, paille hachée, enrubannage) sont stockés à proximité et distribués en plusieurs étapes, par va-et-vient sur la table d’alimentation, pour assurer un mélange grossier.
Les distributrices et les remorques mélangeuses sont chargées avec un télescopique ou un tracteur, le plus souvent équipé d’un godet multiservice.
On remarque que la consommation moyenne des télescopiques est plus élevée que celle des tracteurs (8.5 l/h contre 4,5 l/h). Les télescopiques ont l’avantage de charger plus rapidement, mais ils sont plus lourds, plus puissants et sont conduits avec un régime moteur plus élevé. Le tracteur attelé sur la remorque distributrice ou la mélangeuse consomme en moyenne 4,7 l/h.
Dans certaines situations, il ne fonctionne que pour les déplacements et la distribution, alors qu’avec la plupart des mélangeuses il tourne en permanence.
Si la ration est assez complexe et les points de chargements nombreux et dispersés ; on augmente significativement les temps de travaux et la consommation quotidienne (au moins 5 l/j/100 UGB). À l’inverse, avec un stockage rationnel, de la fibre pré coupée et un mélange sommaire, on peut limiter la consommation entre 2 et 4,5 l/j/100 UGB.
Le cas de la désileuse automotrice
Les désileuses automotrices sont appelées à se développer pour la distribution des fourrages. Elles permettent d’alimenter très rapidement, en groupe ou individuellement, des troupeaux importants.
Côté carburant, on observe une consommation horaire assez élevée, tant sur la route (17 à 20l/h) qu’en phase de désilage (12 à 15 l/h). Cela est dû au fait qu’elles utilisent de nombreux organes hydrauliques et qu’elles sont souvent accélérées à « haut régime ».
Dans le cas d’une utilisation avec des déplacements courts, la consommation est très raisonnable (2.3 à 4.4 l/j/100 UGB).
Par contre, dès que le circuit s’allonge (déplacements entre exploitations), le bilan est moins favorable (10.8 à 17,5 l/j/100 UGB).
Toutefois, il convient de rappeler que l’utilisation collective génère des coûts de distribution souvent inférieurs, main-d’œuvre comprise, vis-à-vis d’une distribution individuelle avec mélangeuse.


