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Ensemble pour visiter le domaine expérimental de l’Inra de Mirecourt
Voyage de la FDGeda
Jura agricole et rural
Publié le:  17 décembre 2009
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À l’initiative de la Fédération départementale des groupes d’étude et de développement agricole et du Syndicat des agrobiologistes du Jura, une cinquantaine d’agriculteurs ont visité le domaine expérimental de Mirecourt.

Lors de l’assemblée générale de la FDGeda en février dernier, l’invitation d’André Blouet, enseignant-chercheur à l’Inra de Mirecourt  venu pour parler des systèmes agricoles économes et complémentaires résonnait comme un défi : « Venez voir ce que nous faisons sur le domaine expérimental de l’Inra de Mirecourt et comment nous avons fait évoluer notre système pour mieux en valoriser les potentialités. Nos techniciens, ceux qui mettent en œuvre cette évolution au quotidien, vous transmettront leur expérience et que vous soyez en système conventionnel ou en agriculture biologique, vous en repartirez avec bien des idées ! »

L’invitation était si insistante que la FDGeda ne pouvait qu’y répondre ! Un car quasiment plein prenait de bon matin la route des Vosges direction Mirecourt, mixant jeunes et moins jeunes, adhérents de groupes ou non, techniciens et agriculteurs parfois venus des plus lointaines contrées du Jura (chapeau les Haut-Jurassiens !). Avec une particularité : un mélange d’agriculteurs en production biologique et d’agriculteurs en production conventionnelle. Objectif : échanger, sans dogme ni arrière-pensée, des points de vue, des pistes, des techniques.

Roland Berthelier, le président de la FNGeda, déclarait d’ailleurs à ce sujet : « Ce car est un laboratoire d’expérimentation car le fait de s’associer agribios  et conventionnels n’est pas si fréquent que cela. Les groupes du Jura se sont déjà singularisés lors du Festival des Groupes en présentant des groupes où agriculteurs bio et conventionnels réfléchissent et agissent ensemble. Ils persistent dans ce sens et c’est tant mieux. De partout en France, on nous envie, on nous regarde, nous suscitons de l’intérêt !»

Une équipe qui travaille à la conception de systèmes de productions agricoles alliés de la nature et à l’étude de la durabilité agro-environnementale des territoires agricole

Créée en 1961 sur les lieux d’une ferme modèle appartenant au département des Vosges, l’unité expérimentale a évolué en 2003 en orientant les recherches vers la durabilité agro-environnementale et plus particulièrement sur l’étude de systèmes agricoles durables.

Quatre ingénieurs du domaine expérimental attendaient notre nombreuse délégation et après l’accueil André Blouet s’éclipsait pour laisser la parole à ceux qui mettent en œuvre les processus nécessaires à la validation des hypothèses de recherche et d’expérimentation.

Jean-Louis Fiorelli, ingénieur de recherche, présentait d’abord les objectifs d’expérimentation visant à structurer les systèmes de production agricole selon les caractéristiques naturelles du milieu (type de sol, accessibilité du parcellaire aux vaches laitières) et en rendant autonome des systèmes nécessairement économes en intrants  par leur inscription dans le cadre réglementaire de l’agriculture biologique.

Deux systèmes laitiers sont testés :

- Un système herbe (SH) comprenant un troupeau de 40 vaches laitières (50 % holstein et 50 % montbéliarde) et les génisses de renouvellement sur une surface de 80 hectares de prairie permanente. Ce système vise une gestion de la saisonnalité des besoins alimentaires des vaches laitières afin de maximiser le pâturage.

- Un système de polyculture et élevage (SPCE) comprenant un troupeau de 60 vaches laitières (50 % holstein et 50 % montbéliarde) sur une surface de 50 hectares de prairies permanentes et 110 hectares de terres cultivées. Ce système vise une gestion de l’articulation entre la diversité des cultures et l’élevage.

De plus, ces deux systèmes sont complémentaires à l’échelle du petit territoire de 240 hectares. Des échanges ont lieu entre les systèmes mais ceux-ci doivent être mutuels et équivalents de manière à limiter les transferts de fertilité de l’un à l’autre : lorsque le système SPCE donne de la paille au SH, le SH doit lui restituer du fumier.

Les faits marquants dans la gestion des systèmes

Principales caractéristiques :

Sur les surfaces fourragères :
- Désintensification progressive des prairies au cours des 20 dernières années
- Suppression de toute fertilisation minérale depuis 2005 ; restitutions organiques (lisier) sur prairies fauchées
- Allongement de la période de pâturage : sortie dès la 2e quinzaine de mars (si possible) et rentrée fin novembre
- Récolte du foin du 20 mai au début juillet par séchage au sol ; récolte de regain en tant qu’excédent du pâturage

Sur le troupeau laitier :
- troupeau mixte 50 % holstein et 50 % montbéliarde
- vêlage groupé en 3 mois (de janvier à avril)
- pâturage tournant de fin mars à fin novembre
- hivernage à base de foin et regain
- le troupeau conduit sur le système herbager (SH) ne reçoit aucun concentré.
- Le troupeau conduit sur le système SPCE reçoit une quantité de concentrés maximale de 650 kg/VL/an

Au cœur du domaine :

À l’issue de cette présentation générale, la délégation s’est séparée en trois groupes pour aller voir sur le terrain la mise en  application de ces pratiques et voir concrètement les résultats des options retenues.

Quelques résultats en vrac :

- La production moyenne (sur 4 ans) des prairies pâturées et récoltées est de 5,4 t MS/ha
- Différents modes d’exploitations (combinant dans des ordres différents fauche et pâturage) sont testés. L’utilisation combinant pâturage puis récolte valorise davantage les prairies que la récolte suivie de pâturage
- Le troupeau qui ne reçoit aucun concentré produit en moyenne 5122 kg/VL et celui recevant des concentrés (céréales et protéagineux) produit en moyenne 6108 kg/Vl

Pour aller plus loin :
Les techniciens de la chambre d’agriculture et animateurs de GVA présents à cette visite reviendront sur les détails et les résultats des expérimentations dans un prochain article. En tout cas, au moment du retour vers Lons le Saunier et après avoir quitté en les remerciant nos hôtes de ce jour, de nombreuses pistes emplissaient les têtes des participants à cette instructive journée.


Échos

Roland Sage, technicien bio :

Mirecourt, enfin une recherche innovante !En tant que technicien bio, je me réjouis de voir l’Inra tester des systèmes autonomes. C’est une de nos intuitions en AB - parfois poussée par le peu de produits autorisés par le cahier des charges - mais qui correspond à la plupart de nos valeurs.
Ne pas faire une agriculture artificielle en utilisant de nombreux engrais et phytosanitaires
Éviter d’épuiser les ressources naturelles (phosphates, potasse…pétrole !) souvent en pillant le tiers-monde

Revenir à une vraie agronomie qui s’appuie sur un sol, un climat et qui cherche à adapter des systèmes différents à des situations différentes.
Retrouver une indépendance à tous les niveaux, en premier lieu à l’égard des trusts pétrochimiques et agroalimentaires qui investissent des moyens colossaux pour confisquer les revenus de l’agriculture.
C’est enfin un changement sociologique fort, une voie de salut pour notre société et son agriculture, ne plus entrer dans un système fou de compétition, de « paraître », de toujours plus, mais au contraire, chercher des complémentarités, des synergies régionales, des économies pour gagner sa vie avec probablement moins de soucis et un environnement mieux respecté.

Michel Bouffaut, céréalier à Chemin :
On a pris une leçon d’autonomie ! Quand je vois mes collègues qui n’agissent que selon l’avis des techniciens de leur fournisseur…
Une leçon de valorisation des ressources naturelles ! Encore que je pense que l’Inra pourrait être encore plus opportuniste vis-à-vis du climat. C’est notre intérêt de travailler plus avec le climat.

Roland Berthelier, président de la FNGeda :
On n’allait pas chercher des recettes…on n’en a pas eu. Mais des pistes pour travailler ensemble, oui ! Se comparer, appliquer ces concepts, les confronter de façon à abattre nos certitudes !
La complémentarité : en voilà une bonne idée ! Développons une économie d’interdépendance, passons des contrats entre la plaine et les plateaux !

Nicolas Marguet, président de la FDGeda du Doubs :
J’ai apprécié, ils vont au bout de leurs idées et ils abattent des certitudes : en baissant de 700 kg de concentrés ils n’ont perdu que 1 000 l/VL. Finalement c’est pas tant qu’on aurait pu penser…

Olivier Pirat, président de la FDGeda du Jura :
On a encore bien du travail à faire pour valoriser l’herbe car ça semble bien être système le plus économique !

Alain Bourgeois, agriculteur en bio à Publy :
Des intercultures pas broyées qui restent sur le terrain, c’est une idée que je vais tester sur mon exploitation.

Christian Colmagne, président du CRDA Bresse Val d’Amour :
Je reviens avec des questions et des interrogations. Les réponses je vais les trouver chez moi et avec le groupe ! Par exemple produire des semences et les échanger pour permettre de faire des intercultures avec un bas coût de semences.

Gérald Courvoisier, président du GVA de Nozeroy-les-Planches :
J’ai apprécié leur approche technique et pragmatique par rapport à la production laitière. Il n’en reste pas moins que je garde la peur de mettre ces techniques en place. Quand je ne gâte pas mes vaches, j’ai l’impression de ne pas être bon !

Roland Adam Prénovel :
On aurait apprécié d’avoir plus de résultats économiques. Il faut prolonger par la démarche économique




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