Les grandes surfaces répercutent les hausses des prix agricoles, mais pas les baisses, d’après une enquête réalisée par l’UFC-Que Choisir sur trois produits alimentaires : le lait UHT, la côte de porc et l’escalope de poulet.
«L’évolution des prix en rayon n’a rien à voir avec l’évolution des prix agricoles » affirme Alain Bazot, le président de l’association de consommateurs, UFC-Que Choisir, à l’issue de l’enquête qu’elle a réalisée sur trois produits de grande consommation : la brique de lait écrémé UHT, la côte de porc et l’escalope de poulet.
L’étude est accablante pour la grande distribution. Elle a été réalisée à partir de relevés de prix dans 1 250 magasins de l’Hexagone et rendue publique, le 8 décembre.
En partant de relevés de prix, l’étude montre que les grandes surfaces n’ont pas répercuté la baisse de prix des produits alimentaires sur ceux des produits de consommation. Ainsi pour le prix du lait de la marque Candia, il a augmenté de 5 % entre septembre 2007 et septembre 2009 selon les relevés de l’UFC-Que Choisir. Sur la même période, le prix payé au producteur a baissé de 7 %.
Sur une longue période, la démonstration est encore plus éloquente. Ainsi entre 1992 et 2009, le prix du litre de lait a baissé de 5 % pour l’agriculteur et a augmenté de 22 % en rayon.
Pour le porc, les écarts sont encore plus importants : -26 % à la production, + 25 % au détail, soit un différentiel de 51 points ! Même chose pour l’escalope de poulet dont le prix a légèrement augmenté à la production : +2 % mais qui s’est envolé de +41 % chez les distributeurs.
Une formation des prix opaque
Et le président de l’UFC-Que Choisir, Alain Bazot, de dénoncer l’opacité de la construction des prix alimentaires et l’attitude des grandes surfaces qui poussent les prix quand la matière première augmente, mais qui oublient de les baisser quand le prix des produits agricoles baisse. C’est le fameux effet « cliquet » bien connu des économistes.
L’UFC-Que Choisir a voulu en savoir davantage en interrogeant les grandes surfaces sur la formation des prix alimentaires.
Nouvelle déception. « Nous n’avons pas eu d’explications claires sur la différence entre les prix d’achat et les prix de vente », observe le président. Sur 1 120 courriers envoyés, seuls 226 magasins ont répondu, soit 20,2 %. Et sur les réponses, 8 seulement sont jugées satisfaisantes (0,7 %).
Et de déplorer l’attitude des pouvoirs publics qui ne sont pas parvenus à mettre un peu de transparence dans les filières. « La loi de modernisation de l’économie (LME) : n’a pas réglé le problème, l’observatoire des prix et des marges est impuissant. Bref, le principe de la concurrence ne fonctionne pas en France ».
Coefficient multiplicateur
D’où la proposition de l’UFC-Que Choisir d’étendre à tous les produits alimentaires le texte de loi adopté en 2005 pour les fruits et les légumes. Ce texte « très important » repose sur la mise en place d’un coefficient multiplicateur entre le prix agricole et le prix en rayon pour éviter de trop grands écarts entre les deux. Retour à l’encadrement des prix ? Pas du tout estime Alain Bazot : « Ce que nous prônons est l’adoption souple, limité dans le temps, en cas de problème évident ».
Bien entendu la FNSEA a salué l’initiative de l’association des consommateurs. « Nous saluons le travail d’UFC-Que Choisir sur une étude de prix (porc, volailles, lait). Elle confirme ce que nous dénonçons souvent : quand il y a une baisse des prix agricoles, il n’y a pas de baisse répercutée pour les consommateurs et un vrai gonflement des marges ». Et de rappeler que grâce à la mobilisation des agriculteurs français, « la hausse des contrôles de la DGCCRF a permis de sanctionner les dérapages répétés des distributeurs ».
En attendant, le monde agricole place ses espoirs dans la loi de modernisation agricole qui devra faire disparaître certaines pratiques comme les prix après vente, les remises, rabais, ristournes en cas de crise, voire la généralisation du coefficient multiplicateur, « si les différentes filières le souhaitent ».
Source : UFC-Que Choisir


