Portée par une demande sociétale croissante et une vraie volonté politique, l'agriculture biologique a le vent en poupe. La région Franche-Comté n'entend pas laisser passer cette chance.
Le 4 décembre dernier se tenait à Dannemarie-sur-Crête la seconde conférence régionale de l'agriculture biologique, à l'initiative du préfet de région.
L'occasion de faire l'état des lieux de ce mode de production en Franche-Comté, mais surtout d'éclairer les perspectives de développement à la lumière de références technico-économiques locales. Sur le plan national, la consommation de produits bios connaît une croissance impressionnante.
« Le chiffre d'affaires du secteur de l'alimentation biologique augmente de 10 % par an, c'est une courbe exponentielle ! Pour la France, ce secteur représente 2,6 milliards d'euros de chiffre d'affaires, soit 1,7 % du marché alimentaire. », explique Christelle Triboulot, animatrice d'Interbio. Les perspectives sont excellentes. « La consommation d'aliments biologiques s'est encore accélérée depuis 2007, et n'a pas été affectée par la crise.
Les experts sont unanimes pour prédire que cette tendance est durable, et que le point d'équilibre se situe autour de 20 % de parts de marché pour le bio », précise-t-elle. 20 %, c'est justement l'objectif fixé par le Grenelle de l'environnement pour l'approvisionnement de la restauration hors foyer.
Le second objectif fixé par le gouvernement dans le cadre du plan « Agriculture biologique horizon 2012 » est d'atteindre 6 % de la SAU nationale.
« Actuellement, avec un peu moins de 21 000 ha, nous sommes à peine au-dessus de 3 % en Franche-Comté, détaille Denis Clerget, chef du service régional de la statistique agricole, mais nous observons une réelle dynamique de cette filière, avec une forte accélération des conversions. Alors qu'en 2007, 270 ha ont été convertis, en 2009, c'est 1 670 ha qui l'ont été et on s'attend à plus de 3 000 ha de conversions en 2010. »
Répondre à la demande
L'enjeu est de taille, puisqu'il s'agit finalement d'être capable ou non de répondre à la demande des consommateurs et de la société.
Si ce n'est pas possible, la part des importations continuera d'augmenter. « Les importations représentent aujourd'hui 30 % du marché, tous produits confondus : environ 25 % pour le lait et les produits laitiers, 30 % pour la farine, plus de 60 % pour les fruits et légumes. », poursuit Christelle Triboulot.
« Il faut profiter de cette ouverture et s'organiser pour surmonter les difficultés logistiques à répondre à la demande de la restauration collective publique : ou les paysans français y répondent, ou bien les opérateurs iront chercher ailleurs. Or la proximité est un atout pour l'environnement ! », insiste Claude Monnier, président de la chambre d'agriculture du Territoire de Belfort.
Sophie Fonquernie, qui suit le dossier « agriculture biologique » à la Chambre régionale d'agriculture, est sur la même longueur d'onde. « 58 % de la nourriture bio distribuée dans les cantines scolaires est produite en dehors de l'Union européenne ! Il y a une vraie nécessité à produire ces denrées localement.
Les conversions et les installations en agriculture biologique doivent s'appuyer sur des références économiques solides, pouvoir répondre à la question ''est-ce que je vais gagner autant ou plus en passant en bio ?'', car la question du revenu est fondamentale. Au niveau régional, nous allons renforcer l'équipe technique pour accompagner ces besoins, en passant de 1,8 à 3,6 équivalents temps plein, dès 2010, et mettre en place un pôle bio régional. »
Un pôle bio régional
L'objectif est bien entendu d'accompagner les conversions et les installations, ainsi que de mettre en place des essais techniques. En arrière-plan, l'idée est aussi de faire bénéficier l'ensemble des agriculteurs des avancées technico-économiques des agrobiologistes. « Il est temps de sortir du clivage et de l'opposition de ces deux formes d'agriculture. Il y a beaucoup à apprendre de part et d'autre, en matière de techniques de désherbage, d'autonomie... », assure l'éleveuse.
Les intervenants ont aussi souligné l'importance du rôle de l'interprofession pour accompagner ce développement. « Interbio n'est pas là pour défendre un pré carré, mais pour élaborer une politique commune, dans le respect des autres activités, déclarait ainsi Guy Reynard, son président. L'enjeu est de trouver un développement serein pour ne pas perturber les filières qui fonctionnent déjà.


