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Quel lait produire demain ?
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Jura agricole et rural
Publié le:  14 janvier 2010
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Le lait est un produit complexe constitué de lipides, de protéines, de glucides et de minéraux, dont les teneurs dépendent de facteurs environnementaux (alimentation, conduites d’élevage) et génétiques (espèce, race et génotype de l’animal). Les composants fins du lait, pris individuellement, peuvent avoir des effets bénéfiques ou négatifs sur la santé humaine.

Il apparaît donc crucial pour les filières laitières de bien connaître, de qualifier et de maîtriser cette composition.

Pour répondre à la question « quel lait produire demain ? », l’Institut de l’Élevage a engagé un important projet de recherche intitulé PhénoFinLait en collaboration avec l’Inra, le Cniel, l’Unceia, Labogena, la Fédération des contrôles laitiers et le CNBL (comité national des brebis laitières).

Le Contrôle laitier du Jura y a consacré une partie de son assemblée générale, le 10 décembre à Champagnole, avec la participation de Félicie Faucon et Mickael Brochard de l'Institut de l'élevage.

La finalité de ce programme est de mettre en relation la composition fine du lait (« phénotype » estimé avec la meilleure précision possible à partir des données spectrales MIR) avec le génotype des animaux (cartographie fine, détection de QTL : zone du génome ayant des effets spécifiques sur les variations de phénotype) d’une part et les conditions de milieu (alimentation des animaux en particulier).

Ces résultats auront des applications importantes pour les filières laitières françaises, dans un contexte où la compétition internationale est rude.

Ils permettront aussi aux filières de répondre aux questions des consommateurs concernant la santé et de maîtriser la qualité et les procédés de fabrication par l'apport d'un lait adapté, en agissant sur les leviers disponibles, génétiques et alimentaires.

Première étape : analyse de la composition du lait

Pour atteindre cet objectif, il est nécessaire de mettre en place une méthode d’analyse rapide et peu coûteuse pour déterminer les compositions fines en acides gras (saturés, insaturés, poly-insaturés, trans, etc.) et protéines du lait  (caséines, a-lactalbumine, b-lactoglobuline, lactoferrine, sérum albumine, etc.).

La spectrométrie moyen infrarouge (MIR) est une technique économe en temps, facilement déployable et peu coûteuse, mise en œuvre de manière routinière lors des analyses du contrôle laitier.

Elle permet, par l'analyse statistique des résultats, de prédire de façon précise la composition fine du lait pour les principaux acides gras et des ratios d'intérêt nutritionnel : acides gras oméga 6 /oméga 3 qui doit être inférieur à 5. S'agissant des protéines, le lien reste encore à affiner entre spectre MIR et composition protéique du lait.

Collecte de données en ferme

La phase de collecte (2009-2010) porte sur 12 000 vaches, 4 000 brebis et 4 000 chèvres représentant 7 races différentes dans 26 départements. 1500 élevages sont concernés dont 76 dans le Jura. Du lait sera prélevé sur chaque individu 4 à 6 fois par lactation pour les analyses spectrales et à chaque fois un relevé très précis de l'alimentation et d'autres facteurs d'élevage sera effectué. En parallèle des échantillons de sang (génotypage) et de lait (études complémentaires) seront prélevés et stockés.

En 2011, environ deux tiers  de ces animaux seront génotypés sur des puces SNP, en choisissant une population très variée.

PhénoFinLait a pour ambition de donner les outils pour mieux comprendre et maîtriser la composition fine du lait. Reste ensuite à définir les orientations à privilégier, ce qui peut avoir des conséquences pour une race donnée ou un produit donné. Les organismes d'élevage partie prenante dans ces recherches seront bien sûr très attentifs aux résultats de cette étude et à leurs applications.


Mieux valoriser les qualités du lait

Certaines applications, connexes à ce programme de recherche, peuvent être intéressantes rapidement pour les éleveurs : par exemple; les teneurs de certains acides gras sont reconnus comme étant des marqueurs d'acidose.

Dans la recherche d'un lait « idéal » du point de vue nutritionnel, l'objectif est de diminuer la teneur en acides gras palmitiques et d'arriver à produire un lait avec 60% d'acides gras saturés et 40 % d'acides gras saturés (au lieu des 70-30 actuels).

Le pâturage est bénéfique car il permet une diminution de l'acide palmitique ( très difficile à éliminer par notre organisme)  et une augmentation des oméga3 et de l'acide ruminique, reconnu comme diminuant le risque de cancer du colon.

L'herbe stockée et le foin ventilé, récolté précocement ont également des effets positifs sur les teneurs en bons acides gras. Le tourteau de colza a de meilleurs résultats que le tourteau de soja. L'huile ou la graine de lin est particulièrement bien dotée en acide ruminique mais l'intérêt des graines oléagineuses varie selon la forme de l'apport et leur emploi demeure très onéreux par rapport au pâturage. Il est encore difficile de faire des préconisations dans ce domaine.

Pouvoir déterminer les facteurs d'élevage et dire si certaines races d'animaux se comportent mieux avec tel type de ration, voilà l'enjeu du conseil en élevage à l'horizon 2011-2012




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