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Économie mutualiste ou capitalisme libéral ?
Jura agricole et rural
Publié le:  19 février 2010
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Alors que le capitalisme libéral a un genou­­ à terre, le capitalisme mutualiste qui inspire la coopération agricole fait son grand retour. Comme un modèle économique efficace et moderne.

Depuis trente ans, deux générations de dirigeants politiques et économiques sont nourries aux thèses libérales selon lesquelles le marché s’autorégule et l’État ne doit jouer qu’un rôle marginal.

« Cette école néolibérale, théorisée par Milton Friedman, économiste américain qui influença Ronald Reagan et Margaret Thatcher dans les années 80, s’est imposée aux dirigeants de la planète », rappelle Georges Lewi, l’auteur du livre « Les défis du capitalisme coopératif ».

Une pensée unique devant laquelle il fallait s’agenouiller et qui pourtant vient de se fracasser sur la crise financière et économique que nous connaissons toujours.

Mais, jusque-là personne n’entendait  les voix de la raison. Les voix de ceux qui s’étonnaient que l’on puisse gagner autant d’argent en spéculant plutôt qu’en produisant.

Car, certains se sont élevés contre ces pratiques que beaucoup jugent aujourd’hui « ni éthiques, ni durables » comme l’indique Bertrand Badré, le patron du service financier du Crédit agricole SA.

Il est faux de dire que personne ne savait

En 2003, Gérard Budin, le président de la Sodiaal, déclarait dans une interview à la presse agricole : « le libéralisme ambiant justifie toutes les délocalisations et sa mise en œuvre peut conduire à ce que des régions entières, voire des pays, n’aient plus d’agriculture ou d’industrie à faible valeur ajoutée ».

Raymond Lacombe, le président de la FNSEA déclarait en 1989 : « l’économie pure dans un pays, ça n’existe pas sinon à vouloir ressembler à New York où les poubelles de certains quartiers ne sont plus ramassées ! ».

C’était il y a vingt ans. Il est donc faux de dire aujourd’hui que personne ne savait. Mais la voix des plus sages était couverte par les cris de ceux qui profitaient du système. D

ans ces conditions, l’idée de l’économie mutualiste, incarnée par la coopération agricole, était jugée dépassée et laissée en débat à quelques nostalgiques d’une économie humaniste portée au XIXe siècle par les utopistes chrétiens ou sociaux.

Georges Lewi le confirme : « la coopération, pour le système libéral que nous connaissons est dangereuse car il met à mal le modèle dominant » et démontre, par l’exemple et la réussite, qu’il est possible de développer une autre organisation économique. Au fond s’affrontent deux conceptions.

D’un côté, le capitalisme néolibéral qui ne veut pas de pilote dans l’avion et recherche le maximum de profit dans un minimum de temps et le capitalisme social, keynésien(*), qui s’en remet certes aux lois du marché mais à condition que ces lois servent l’Homme érigé en maître au cœur de l’économie.

La coopération est clairement d’inspiration keynésienne et c’est ce qui lui donne aujourd’hui, après l’effondrement du communisme hier et le désastre du libéralisme aujourd’hui, les traits de la modernité.

Gérer l’instant présent ou gérer l’avenir ?

« La coopération, c’est le modèle économique rêvé et idéal », estime même Georges Lewi, car elle fait appel « à la solidarité pour tous mais aussi à la responsabilité de chacun ».

Dans son fonctionnement, elle intègre la notion de la durée alors que le capitalisme libéral est dans l’immédiateté. Présentée comme ça, la coopération est parée de toutes les vertus. Et pourtant, les jeunes y sont moins attachés que leurs parents et s’engagent moins pour la servir.

Pourquoi cette réserve des jeunes à l’égard d’un système qui a fait ses preuves ? Un système qui gère des fleurons de l’agroalimentaire comme Yoplait, Candia, Villemorin, Fleurette, Limagrain, Mâtines et qui a fait rêver des générations ?

Peut-être la jeune génération est-elle, comme nos élites, persuadée que le marché ne peut pas se tromper et que l’action collective reste une contrainte. Une sorte de carcan dont on cherche à se libérer au moins quand tout va bien pour vite revenir au bercail collectif quand ça va mal !

Selon Georges Lewi, la coopération doit faire un effort de pédagogie en direction des jeunes pour les convaincre de ses avantages sur tous les autres systèmes.  Elle doit également, pour rester crédible, assumer ses échecs.

« Il en existe, comme il en existe dans l’entreprise privée », reconnaît Gérard Budin. Pour Georges Lewi, les échecs de la coopération tiennent souvent « à des aventures à l’international. À des structures devenues trop compliquées dans une époque qui fait l’éloge de la simplicité. À des questions de gouvernance mal gérée ».

La gouvernance, l’autre nom de la répartition du pouvoir entre les élus coopérateurs et les dirigeants salariés. Un débat récurrent à la coopération que seul la formation des administrateurs coopérateurs tranchera.

À quoi sert l’économie, sinon aux Hommes ?

Jean-Luc Flaugère, le président de Coop de France Rhône-Alpes Auvergne plaide et milite pour cette économie mutualiste qui donne le pouvoir aux Hommes plus qu’aux capitaux. Il enrage de voir que notre « système politique et économique mondialisé sauve ses banques mais reste incapable de nourrir l’humanité et laisse mourir de faim un enfant toutes les six secondes ! ».

À quoi sert l’économie si elle n’aspire pas au bien être du plus grand monde ? L’économie mutualiste a depuis 150 ans choisi : c’est aux hommes qu’elle doit servir !

(*) École de pensée fondée par l'économiste britannique John Maynard Keynes (1883-1946).




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