D’un côté, il y a la sélection génomique qui accélère le progrès et bouscule les organisations, de l’autre des productions animales régulièrement mises en accusation. Comment offrir à l’élevage un avenir durable ? C’est la question que se sont posée les entreprises de l’insémination animale et de l’amélioration génétique réunies en assemblée générale à Paris.
Si tu veux aller vite, vas-y seul, si tu veux aller loin, allons-y ensemble » c’est par ce proverbe africain que Serge Paran, le président, a conclu la lecture du rapport d’orientation de l’Union nationale des coopératives d’élevage et d’insémination animale (Unceia). Un rapport qui sonnait comme un vibrant appel à « travailler ensemble ».
En juin 2009, la France s’est placée en tête des pays utilisant les données génomiques pour indexer les taureaux laitiers, une avance technique qui redistribue les cartes entre les différents organismes et crée de vives tensions dans un contexte économique difficile.
Alors faut-il comme le suggère Philippe de Guénin, directeur de l’Agriculture des Pays de la Loire, raisonner de plus en plus en terme de « bouquet de services » pour rentabiliser les déplacements et réduire les coûts ?
Conscient de l’intérêt d’un système normalisé de recueil de données, le président de l’Unceia s’est en tout cas appliqué à rappeler que, « entre entreprises de contrôle de performances et entreprises de sélection, les intérêts sont liés »
La sélection génomique pour les races allaitantes
La révolution génomique est en marche et les innovations s’enchaînent. Dans un futur proche, la puce bovine à haute densité permettra l’application de la génomique dans les races allaitantes.
Entrée récemment dans le consortium de création de cette puce, l’Unceia souhaite que, dès à présent, les organismes de sélection et les associations d’éleveurs y rejoignent les entreprises de sélection pour conduire les travaux propres à la filière viande.
Pour négocier les tarifs des puces à ADN nécessaires aux génotypages, les entreprises de sélection avec leurs partenaires ont créé Valogène, une société collective qui valorisera la diffusion des index génomiques sachant qu’au 1er janvier 2011, tout éleveur aura accès à l’indexation pour ses femelles.
Quel avenir pour l’élevage européen ?
Alors que les entreprises de sélection et de mise en place construisent leur avenir en intégrant à grande vitesse ce qu’il faut bien appeler la révolution génomique, les productions animales sont « dans l’œil du cyclone » pour leur contribution excessive au réchauffement climatique. Alors quel avenir pour les productions animales dans le monde ?
C’est la question que l’Unceia a posée à Jean-Yves Carfantan économiste, résidant au Brésil depuis 35 ans. Selon ce voyageur, « décentré » par rapport à l’Europe, le dynamisme de la consommation mondiale en produits d’origine animale (lait, viande) sera surtout le fait de la nouvelle classe moyenne mondiale.
C’est-à-dire celle des pays émergents en demande de prix modérés et de développement durable, un marché pour de grandes structures de production et de grandes entreprises internationales avec des marques connues dans le monde entier.
Pour Jean-Yves Carfantan, l’Europe devrait viser le milliard de consommateurs aisés en demande de produits ayant un lien au terroir et une histoire à raconter. Elle devrait aussi mieux vendre son avance technologique notamment en génétique.
Des propos modérés par Hervé Guyomard directeur de recherches à l’Inra et Philippe de Guénin au nom du principe de proximité, « l’Europe a un énorme atout, son propre marché », de la diversité des structures (les plus grandes ne sont pas forcément les plus rentables), de la fluctuation attendue des prix mondiaux et des risques sociaux liés à l’accroissement des inégalités.


