Le 25 février dernier, dans le cadre de la semaine du renouvellement des générations en agriculture, les JA de Franche-Comté ont organisé deux visites d'exploitations pour présenter concrètement les outils au service de cette politique.
Villers-le-Sec, en Haute-Saône, 10h : c'est là, dans l'exploitation laitière de Jérôme Jabry, que débute le circuit du renouvellement des générations en agriculture, opération nationale organisée par les JA.
Objectif de la journée, sensibiliser les élus locaux aux enjeux de l'installation, enjeux sociaux, environnementaux, économiques... tout en leur faisant découvrir le dispositif d'accompagnement. Jérôme Jabry, fils d'agriculteur, s'est installé en 2007 après avoir travaillé plusieurs années dans une OPA.
« J'ai passé mon BPREA en 2006... parce qu'à l'origine, j'avais une licence de géographie ! », explique-t-il, avant de détailler son parcours à l'installation.
« Après m'être inscrit au Répertoire Départ Installation (RDI), j'ai rencontré M. et Mme Mantion, qui cherchaient un candidat pour reprendre leur ferme.Dans un premier temps, le montant de l'offre de reprise m'a paru trop élevé. Les cédants ont rencontré d'autres repreneurs potentiels et ont fait réaliser un audit d'exploitation, sur les conseils de l’Adasea. J'ai repris contact avec eux et nous sommes parvenus à un accord sur la valeur de la structure. »
Après deux mois de « stage six mois »,sur la ferme Jérôme Jabry prend les rênes de l'exploitation laitière. « Cette période a été très importante pour la transition : elle m'a permis de mieux appréhender le parcellaire et la conduite du troupeau. »
Pour minimiser les charges, il prolonge le bâtiment d'élevage avec un hangar d'occasion récupéré sur l'exploitation paternelle. La salle de traite est également d'occasion. L'exploitant fait aussi partie d'une Cuma locale, ce qui permet d'utiliser du matériel à plusieurs.
La question du revenu
Trois ans après son installation, bien intégré dans son village, Jérôme Jabry ne regrette pas son choix. Il a gardé un bon contact avec le couple de cédants, et M. Mantion lui donne à l'occasion un coup de main pour les foins.
Néanmoins, il déplore la forte dégradation du prix du lait, qui grève son revenu. « Heureusement que mon épouse travaille à l'extérieur ! Il n'y a aucune visibilité sur l'avenir de mon exploitation : je n'ai pas fait de folies pour m'équiper, et pourtant la structure ne permet pas de dégager un revenu dans la conjoncture actuelle. »
L'occasion pour Christian Marconot, président des JA de Haute-Saône, de rebondir sur la question du revenu agricole. « Nous avons fait réaliser une étude par le centre de gestion sur les prélèvements privés réels des jeunes agriculteurs : moins de 800 euros. C'est un véritable scandale ! »
La question de l'installation sous forme sociétaire s'est également invitée dans le débat. En effet, la majorité des candidats à l'installation souhaitent le faire dans une structure individuelle, tandis qu'en face, la plupart des offres de reprises le sont dans un cadre sociétaire (renouvellement d'un associé d'un Gaec par exemple).
« Sur le plan social, insiste Philippe Cuinet, président des JA du Doubs, c'est la forme sociétaire qui permet d'être le plus en phase avec le reste de la société, notamment pour le temps libre et les congés. Mais c'est aussi très compréhensible qu'un jeune agriculteur aspire à faire ses preuves tout seul. »
Étape suivante dans le Doubs, à Pelousey sur la ferme Barband. Jean-Michel Schaeffer, vice-président national des JA en charge du dossier « Renouvellement des générations en agriculture » est là en soutien.
« Nous nous battons pour que la Loi de modernisation agricole encourage l'installation en soutenant notre dispositif d'accompagnement : il est unique en Europe et beaucoup nous l'envient. »
Vente directe
La ferme Barband jouit d'une situation très particulière, entre l'A36, la ligne TGV et les lotissements du grand Besançon. « Nous avons essayé de voir cette très forte contrainte – pression foncière, risque de plaintes vis-à-vis des nuisances... – comme un atout, explique Dominique Jouffroy, et de tirer partie de ce gisement de consommateurs à nos portes. » L'exploitation laitière, certifiée bio depuis 2004, s'est donc tournée vers la diversification pour installer un jeune.
Thierry Bernardin, qui venait régulièrement donner un coup de main à la ferme pendant son adolescence, s'est associé à Roland et Dominique en reprenant une ferme voisine.
Dominique a développé la vente de viande de bœuf en caissettes, afin d'améliorer la plus-value, et donc le revenu de la structure pour rémunérer un associé supplémentaire.
« L'augmentation du quota laitier n’aurait pas suffi. L'idée forte de cette nouvelle activité, c'est la notion de partenariat, poursuit-elle. Les consommateurs ont des exigences, sur l'environnement, le mode d'élevage, et nous en face, on a besoin d'en vivre. C'est pour ça qu'on a besoin d'un véritable engagement de leur part. »
Bien que très gourmande en temps, la vente directe apporte à l'exploitante de nombreuses satisfactions. « Il y a un gros travail relationnel en arrière-plan, avec la recherche en permanence de nouveaux clients, mais c'est payant. En plus on a une identité, la ferme Barband est connue et reconnue dans les environs. » Là encore, il a été question de forme sociétaire.
Le passage par le point installation, le stage Proforea, le stage 6 mois, ont permis à Thierry Bernardin de faire la transition entre son statut d'aide occasionnel à celui d'associé du Gaec à part entière.
Dans l'échange qui a suivi cette présentation Dominique Chalumeaux, président de la chambre d'agriculture du Jura, a insisté sur la difficulté de transmettre le foncier lors d'une reprise.
« Pour de nombreux propriétaires, c'est l'occasion de récupérer leurs terrains, et cela peut mettre en péril l'économie de l'exploitation cédée. »


