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À Auxerre, la délégation jurassienne réunie autour de Frédéric Perrot. |
Frédéric Perrot a conduit une délégation jurassienne au récent congrès de la FNSEA. De retour d'Auxerre, il nous livre son sentiment sur le syndicalisme de demain et ses craintes sur l'avenir de la politique agricole européenne.
Le Jura Agricole et Rural : Vous avez participé au 64ème congrès de la FNSEA à Auxerre après une année syndicale mouvementée. Lors de ce congrès, vous avez réfléchi et échangé sur les évolutions du syndicalisme : que retenez-vous des débats ? Qu’est-ce que doit être le syndicalisme agricole de demain ?
Frédéric Perrot : « Pour moi, le syndicalisme de demain est basé sur l'écoute des attentes des hommes de terrain. Nous nous devrons d'être à la fois réactifs, tout en expliquant à nos adhérents les problèmes qu'ils rencontrent et les solutions que nous leur proposons.
À Auxerre, j'ai entendu le débat sur l'utilisation des nouveaux outils de communication.
Pour nous c'est une nouvelle donne à intégrer, à utiliser, mais qui ne doit pas nous faire oublier la proximité et la nécessité de garder des relais sur le terrain, via un réseau de responsables syndicaux proches et à l'écoute des adhérents. Plus que de céder aux sirènes du net, nous voulons surtout garder les pieds sur terre. Sur notre terre…».
JAR : Le ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire a reçu un accueil plutôt frais de la part du Président de la FNSEA, Jean Michel Lemétayer. De nombreuses critiques ont été émises concernant la gestion de la crise, l’application de la conditionnalité, la multiplication des contraintes environnementales, le coût du travail et plus globalement les distorsions de concurrence internes à l’union européenne ? Comment réagissez-vous à ces critiques ?
F.P. : « Si je ne retenais qu'une chose du congrès, ce serait la question de l'avenir du système européen actuel, avec ses différences et ses contraintes qui génèrent des distorsions de concurrence tant à l'intérieur qu'au dehors de l'Europe.
Qu'on arrête d'empiler toutes ces contraintes environnementales sinon nous ne tiendrons pas le choc ! J'ai peur de l'agriculture allemande qui bénéfice de coûts de main-d’œuvre moindres, d'aides des länder sur les investissements et où les agriculteurs foncent dans une concurrence à tous crins. On le voit avec l'exemple du porc dont la production a augmenté de 5% en Allemagne, alors qu'elle a baissé de 3% en France dans le même temps. Et cela uniquement pour des questions de compétitivité ! »
JAR : Bruno Le Maire a mis l’accent sur l’après 2013 et les négociations européennes. Le Président de la République s’est même dit prêt à aller au clash pour sauver l’agriculture. Pensez-vous que cette fois l’agriculture pourra tirer son épingle du jeu sans servir de variable d’ajustement vis-à-vis d’autres secteurs économiques ?
F.P. : « Si en 2013 rien n'est fait, rien ne change, la situation va devenir très difficile et une partie de notre agriculture va disparaître. Je vois que les paysans de France sont unanimes. Ils veulent des prix, de la compétitivité pour passer le cap. Et cette tendance est la même pour tous !
Je me souviens des propos que le Président de la République a tenus à Rahon, lors de sa venue dans le Jura. Il a pris des engagements au niveau européen. Pour l'instant ce ne sont que des paroles.
Nous attendons qu'il travaille dans trois directions essentielles : des prix pour nos productions, les mêmes charges pour tous et moins de contraintes environnementales… maintenant, c'est à lui de passer aux actes ! »
JAR : Un capitaine d’industrie en la personne de Vincent Bolloré est intervenu pour vous présenter sa vision de la décennie à venir. L’agriculture y figure en bonne place et il s’est même dit prêt à investir dans ce secteur ? Partagez-vous son analyse ?
Avec l’augmentation de la population mondiale, si le secteur agricole devient attractif pour les investisseurs, n’y a-t-il pas un risque de perdre une nouvelle fois la main sur les fruits de votre propre travail ?
F.P. : « J'ai apprécié l'intervention de Vincent Bolloré qui a apporté une touche économique positive dans notre congrès. Fort de son exemple, il montre qu'on aura toujours besoin de produits agricoles et qu'il faudra garder de la production partout, même en France.
En nous guidant en dehors de l'agriculture, sur les chemins de l'économie pure, il nous a apporté un petit ballon d'oxygène avec sa vision de l'agriculture différente de la nôtre… »


