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Conforter revenu et sécurité fourragère
Conversion bio
Jura agricole et rural
Publié le:  14 avril 2010
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Avec une conduite extensive, une logique d'autonomie, le passage à l'agriculture biologique n'a pas révolutionné le système d'exploitation.

Après une étude économique, les associés du Gaec d’Argirey ont choisi de convertir leur exploitation à l’agriculture biologique. Ce changement d’orientation, cohérent avec la logique extensive du système, permet de sécuriser les stocks fourragers et d’améliorer le revenu, grâce à un meilleur prix du lait.

Avec 300 ha de SAU, dont 200 en herbe, et un cheptel de 120 montbéliardes, le Gaec d’Argirey à Villers Pater (Haute-Saône) produit un quota de 715 000 litres de lait, transformé en gruyère français AOC. Ses trois associés étaient confrontés depuis plusieurs années à la difficulté de constituer des stocks fourragers.

« Avec des foins de qualité très médiocre en 2007-2008, nous avons étudié un projet de séchage en grange. Mais compte tenu de la disposition des bâtiments d’élevage, du fait qu'on n'avait pas la place suffisante dans le bâtiment des vaches, c'était pas évident. Ça aurait entraîné trop de modifications dans notre système, et trop de coûts supplémentaires. » détaille Nicolas Mougin.

« Dans les situations délicates, on enrubannait... ce qui est autorisé pour alimenter les génisses dans le cahier des charges de l'emmental grand cru, mais pas pour le gruyère. Il fallait donc qu'on trouve une solution avant 2012 (date d'expiration de la dérogation ndlr). »

Cette solution a été la conversion à l'agriculture biologique, entamée en 2009. Mais les associés n'y sont pas allés les yeux fermés : ils ont par exemple visité plusieurs élevages conduits en agriculture biologique pour évaluer leurs atouts et leurs faiblesses.

« En conventionnel, nous soignions déjà le troupeau avec des préparations à base de plantes pour la prévention du parasitisme – il y a beaucoup de paramphistome dans le secteur - et les résultats étaient bons », relève Ismaël Mougin.

La pratique de longue date du compostage du fumier en Cuma est aussi un facteur de rapprochement avec les « bios ».

La peur du champ sale

Cette appréhension sur la capacité à maîtriser le volet santé animale levée, reste le volet grandes cultures. « La peur d'avoir un champ sale est un obstacle important pour beaucoup d'agriculteurs, lié à l'image que vont avoir les autres de notre exploitation, analyse Nicolas.
Si on se plante sur le désherbage mécanique, on n'a plus aucun moyen d'intervenir pendant toute la durée de la culture.
On s'attend à avoir des ratés, à entendre des commentaires désagréables, mais c'est quelque chose qu'on assume : il y a une demande de la société pour du lait bio, et sur le plan économique, avec des hypothèses de rendement entre 25 et 30 q/ha, on améliore la marge nette de l'atelier céréales, donc le revenu. »

D'ailleurs, pour conforter la sécurité fourragère du système ainsi que l'autonomie protéique, la sole des grandes cultures a été réduite de moitié, au profit de l'implantation de prairies temporaires et de luzerne. Le colza et le blé sont sortis de l'assolement.

Amélioration du résultat

« Suite à cette réflexion sur le passage à l'agriculture biologique, nous avons demandé un diagnostic économique à la chambre d'agriculture. Dans la simulation, nous avons choisi de travailler avec des hypothèses basses de rendement, de production laitière et de prix. Malgré ça, il ressortait une amélioration du résultat, c'est ce qui nous a décidés à faire le pas. »

Concernant la capacité à continuer de pouvoir produire la référence, les doutes sont d'ores et déjà levés. «Au vu des résultats de ces derniers mois, nous pensons pouvoir conserver le niveau de production, voire même l'améliorer. Au printemps prochain, on pourra voir l'effet de la luzerne enrubannée. L'augmentation du lait par vache nous donnera une marge de manœuvre supplémentaire pour produire plus sans augmenter les coûts. »

Cette recherche de l'autonomie s'appuie, outre sur des fourrages de qualité, également sur un concentré fermier fabriqué à partir des céréales produites sur l'exploitation (orge, avoine, seigle et maïs) et de tourteaux achetés, avec un aplatisseur.

« Compte tenu du prix élevé de la protéine dans le circuit bio, nous avons tout intérêt à jouer la carte de l'autonomie protéique au maximum. Plus on est autonome, moins l'exploitation est sensible à la conjoncture. » Le lait devrait être commercialisé en bio à partir de cet automne.

Nicolas Mougin pense que l'agriculture biologique peut être une réelle opportunité économique pour bon nombre d'exploitations de son département. « Pour des systèmes extensifs, avec un chargement faible, des surfaces sous-valorisées... le contexte est favorable ! »




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