La question a été posée lors de la session de printemps de la chambre d'agriculture du Jura. Une crise omniprésente tout au long des débats, que ce soit lors de la présentation de l'exercice budgétaire qu'au travers des questions d'actualité et des débats menés pour « trouver les médications appropriées »...
«Un budget où l'on ressent les effets de la crise, toutes les difficultés à trouver des co-financements... ». Le mot est du président Dominique Chalumeaux qui a même été jusqu'à parler de « désastre économique naissant » en ouverture des travaux de la session de la chambre d'agriculture du Jura qu'il préside.
Que ce soit au niveau de la présentation des comptes financiers qu'au travers des différentes questions d'actualité, on a senti, tout au long de cette session, la gravité de la situation dans laquelle les agriculteurs jurassiens sont plongés au quotidien.
Après l'application de la première ordonnance découlant des mesures annoncées par Nicolas Sarkozy à Poligny, les agriculteurs jurassiens ont, via leur chambre consulaire, « besoin d'une seconde série de mesures propres à les soulager durablement de la gangrène qui les ronge... ». Des mesures qui, en fin de session, ont été l'objet d'un débat animé par André Leseigneur, chargé de la formation des futurs ingénieurs à Agrosup Dijon.
Un budget de crise ?
Les grandes lignes d'un budget 2009 ont été marquées par trois grands événements : la fusion-absorption de l'Adasea, l'externalisation des activités de l'ancien établissement de l'élevage vers un OIER Interdépartemental et la délégation d'activités liées à l'emploi vers l'association RéAJIR. À noter également que des appuis significatifs ont été consentis en faveur de l'abattoir de Champagnole et du projet irrigation du nord Jura.
Les comptes laissent alors apparaître un résultat négatif de 135 691 euros en section fonctionnement. Une section où les charges sont en augmentation de 9,2% par rapport à l'exercice précédent et où les produits n'augmentent que de 6,5%.
Au niveau des charges, si les principales charges de fonctionnement sont en très légère hausse, c'est le chapitre de la masse salariale qui connaît une hausse de 11%, en raison notamment de l'intégration des salariés de l'ex-Adasea.
À noter également que les subventions sont en hausse de 13,5%, pour une enveloppe qui frôle le million d'euros.
Les participations de la chambre augmentent de manière « substantielle » en raison d'un profond remaniement du fonctionnement de l'institution en 2009.
Un remaniement qui s'est concrétisé par une délégation à RéAJIR des charges précédemment liées au Pôle emploi, à l'attribution d'une subvention exceptionnelle à la nouvelle SARL appelée à gérer l'abattoir d'Équevillon après sa réouverture, à la délégation des missions de l'EDE vers le nouvel organisme interdépartemental, avec transfert des charges liées à cette activité.
Ils ont dit
• Franck Lenoir s'est félicité de l'engagement de tous les acteurs mobilisés sur le dossier irrigation collective. Un dossier parti sur une initiative syndicale et qui, selon lui, « va générer un peu d'espoir sur cette zone des basses vallées du Doubs et de la Loue, pour plusieurs générations à venir... »
• Frédéric Perrot a alerté une nouvelle fois sur « la situation économique extrêmement tendue dans les exploitations de polyculture-élevage. » Le président de la FDSEA dit « avoir peur » face aux distorsions de concurrence avec les partenaires européens et en particulier l'Allemagne, demande le maintien des outils de régulation et une véritable politique d'allégement des charges qui pourra être la seule mesure compensatrice.
Sur le Plan de modernisation des bâtiments d'élevage, Frédéric Perrot annonce qu'une vingtaine de dossiers ont été déposés dans le Jura et que l'enveloppe sera loin d'être à la hauteur de toutes ces demandes.
Mais il ne sera pas question pour lui de définir des priorités. Quant au dossier campagnols, « malgré des moyens considérables, le fléau est toujours présent et la production fourragère baisse sérieusement dans certaines zones... »
• Un coup de gueule de Denis Pisella qui, dans un langage imagé, souhaite une autre approche des cantines en matière d'approvisionnement sur les circuits courts. Pas question pour lui, de « faire des repas à 2 euros, avec des produits qui ne viennent pas du Jura, mais avec des aides publiques qui, elles, viennent du Jura... »
• Gilles Tonnaire revient sur le dossier campagnols et souhaite que les aides attribuées jusque-là soient plutôt consacrées au financement d'une assurance récolte.
• Alain Mathieu, le président de la fédération des coopératives laitières du Jura, met en garde sur la situation des filières AOC : « La situation est saine grâce aux stocks à reconstituer mais nous devons nous préparer, dès l'automne, à des mesures de rééquilibrage des marchés sur lesquelles nous ne devrons pas mégoter... »
• Christian Colmagne, le nouveau président de la FDGeda du Jura remercie la chambre pour l'embauche de deux techniciennes de secteurs. Il constate les « énormes difficultés dans certaines exploitations de lait à comté qui ont des problèmes de connaissance de leurs chiffres... » Et de souhaiter une intensification du travail mené en ce sens au sein des groupes de gestion.
• À la question de Jean-Yves Noir sur la mise en place de la Charte AUT, c'est la présidente de l'association des maires du Jura qui a apporté des éléments de réponse. Pour Sylvie Vermeillet, cette Charte « est un outil de proposition qui doit recueillir l'adhésion des élus. Sur certains secteurs du Jura, ce travail commence à s'organiser... »
• Au-delà du seul rapprochement des établissements d'élevage, Michel Cêtre a voulu lancer un appel à toutes les organisations professionnelles : « Vu le contexte, les organisations professionnelles vont être obligées de réduire la voilure. Dans le Jura, ce sera nécessaire d'opérer des rapprochements, de mutualiser les compétences. Et il faudra amplifier ce mouvement si nous voulons faire valoir nos prérogatives à l'échelon régional. »
• À la question de Raphaël Farrugia, le président du syndicat régional ovin, sur l'avenir du photovoltaïque, le président Dominique Chalumeaux a réaffirmé, en une formule très parlante, la position de la chambre : « D'accord sur les toits mais pas sur les terres ! » Le député Jean-Marie Sermier affirme « qu'on ne va pas régler tous les problèmes de l'agriculture, de l'environnement et du bien-manger avec la seule restauration collective. Il faut que l'agriculture soit présente, en terme de décision, sur l'aménagement du territoire. Nous devons avoir une vision commune sur les projets, via des comités locaux.
FCO et tuberculose
Parmi toutes les questions évoquées, Dominique Chalumeaux a fait un point FCO et tuberculose : « La situation de nos voisins de Côte-d’Or nous amène à rester vigilants.
La résurgence et la non-maîtrise de foyers tuberculeux dans le nord de la Côte-d’Or, ont entraîné une prophylaxie obligatoire de tous les cheptels bovins. Plus de 40 foyers ont été dépistés positifs, avec abattage total à la clé. Nous sommes concernés, indirectement, par des animaux en lienépidémiologique avec ces cheptels.
18 élevages jurassiens ont accueilli des animaux issus de ces cheptels et devront réaliser des IDC et, dans certains cas, procéder à des abattages diagnostics d'animaux. Nous devons tout mettre en œuvre pour que ces élevages soient le moins impactés et exiger un niveau de surveillance renforcée.
Par ailleurs, la vaccination FCO est bien avancée avec 79% des animaux vaccinés au 1er avril. La date limite pour la gratuité de l'acte vaccinal a été repoussée au 30 juin... »


