Les maîtres fromagers ont tenu leur assemblée générale à Nancray, le 16 mars. S’il a été question de salaires, les dossiers d’actualité ont été tout naturellement évoqués.
«Étant un maillon important de cette filière, il reste encore des organismes dans lesquels nous ne sommes pas représentés. »
Christophe Parent, président du Syndicat national des maîtres fromagers ne mâche pas ses mots et profite de la tribune pour interpeller les FDCL et quelques syndicats de produits. « Si nous avons été invités à assister à quelques réunions du conseil d'administration, on nous refuse encore le droit de participer aux réunions de secteur organisées par les FDCL. »
« Juste un lieu de débat entre présidents de coopératives », assure Alain Mathieu, président de la FDCL du Jura. « Mais nous avons le sentiment qu'on nous cache des choses », regrette Christophe Parent.
« Ce n'est pas notre volonté », tempère Alain Mathieu. « Nous voulons juste aborder des thèmes entre nous d'autant plus que nous avons d'autres lieux pour discuter ensemble. »
Personne n'aura été surpris par une autre interpellation autour des relations entre salariés et employeurs. « En parlant justement de maillon, je ressens actuellement quelques tensions entre les employeurs et nous, fromagers de coop. » Elle fait suite à la hausse de la MPN et à la libération des quotas. « Le chiffre d'affaires des coopératives évolue favorablement pour tout le monde. » Mais il y a des tentations pour que tout le monde n'en bénéficie pas.
« Étant de tradition embauchés au pourcentage et souhaitant que cela perdure, les fromagers profitent de cette conjoncture et, de ce fait, bénéficient d'une augmentation de salaire... que certains présidents veulent remettre en cause. » « Qu'on parle ici de salaires, c'est normal ; ça fait partie du jeu », note le président de la FDCL du Jura. « Ce n'est pas logique de rouspéter quand c'est à la hausse ; il faut respecter les contrats, sinon on ne les signe pas », enchaîne Bernard Marmier, président de la FDCL du Doubs.
Le dossier Entremont
Puisque c’est d’actualité, le dossier Entremont est évoqué. « Le cas d’Entremont n’est toujours pas finalisé et il semblerait que des rencontres ont eu lieu entre l’Ermitage et la Cal de Blamont » , pense Christophe Parent. « Un rapprochement annulé entre-temps », précise Vincent Grillot, président de la chambre syndicale de l’emmental et du comté.
« Entremont, c’est un dossier compliqué dont l’issue est incertaine », répond Alain Mathieu. « Si la coopération s’intéresse à Entremont, c’est parce que ce dossier est un enjeu national. Avec le risque de se retrouver dans une situation de déséquilibre. » À cet instant, chacun pense à la création de Coop invest.
« Nous comptons 62 fruitières qui ont cotisé. Le mieux serait que les sommes collectées ne soient jamais dépensées.»
« Le mérite de cette structure est de sensibiliser les producteurs au monde de l’entreprise et au monde du commerce », poursuit Bernard Marmier.
« Mais concernant Entremont, c’est vrai que nous n’avons pas beaucoup d’informations sur les dossiers. » Après diverses interventions — du CTFC sur la qualité des fromages, du CIGC sur l'état des stocks et la volonté clairement affichée par de nombreuses personnes de rejoindre la filière, de l’Urfac sur la nécessité de bien encadrer le dégagement du lait hors comté, de l'Enil de Mamirolles sur la mise en place de la licence professionnelle —, le président des maîtres fromagers se félicite de l'outil exceptionnel dont dispose la filière.
« Les prix des fromages, donc les prix du lait parlent d'eux-mêmes. » Il faut veiller à les maintenir. « Restons unis, si nous voulons garder un prix du lait digne de l'exigence de nos différentes AOC. Continuons à faire un produit de qualité ; pour que tous en vivent dignement. »
« Rien n'est jamais acquis », conclut Jean-Marie Regnaud, représentant la chambre d'agriculture du Doubs. « La difficulté est de mettre du lien entre les différents partenaires en ayant toujours ce souci de l'engagement du collectif. »
Pour ce faire, il faut que les gens aient envie de travailler ensemble. « Nous avons donc un travail énorme à faire pour que tout le monde s'en sorte et qu'on n'aille pas dans quelques secteurs vers la déprise agricole. »


