Les circuits courts ont le vent en poupe aujourd'hui. Examen de cette forme de commercialisation, complémentaire des circuits longs, avec deux enseignants chercheurs de l'Isara de Lyon, une école d'ingénieurs en alimentation et agriculture : Patrick Mundler, économiste et directeur du département sciences sociales et de gestion et Cécile Praly, géographe.
• Quelle définition peut-on donner aux circuits courts en agriculture?
Cécile Praly : « Il y a une définition officielle acceptée et posée par le ministère de l'Agriculture. Un circuit court c'est 0 ou 1 intermédiaire entre le producteur et le consommateur. Cependant ce nombre est discuté au sein des chercheurs au regard des circuits courts dans la restauration collective par exemple où il faut souvent deux intermédiaires pour mettre en lien les producteurs et les consommateurs finaux ».
• Comment intervient la notion de proximité dans les circuits courts ?
CP : « La définition officielle ne prend pas en compte la distance géographique qui est implicitement supposée. Quelle référence kilométrique doit-on poser ?
Dans les AMAP et la vente directe, la distance maximale généralement recommandée est de 80 km.
Du côté des chercheurs, notre définition des circuits courts n'est pas gravée dans le marbre. Dans nos programmes de recherche, on s'aperçoit que la distance maximale de 80 km ne fonctionne pas dans tous les cas, cela dépend des contextes territoriaux et agricoles ».
Patrick Mundler : « Il ne faut pas résumer les circuits courts au localisme. On trouve par exemple du café d'Amérique du Sud issu de coopératives en commerce équitable en circuit court. Il ne faut pas confondre circuit court et circuit de proximité. Le circuit de proximité implique juste une limite géographique sans définition précise et qui peut être très relative.»
• Pourquoi les circuits courts se développent-ils ?
PM: « Du côté de la demande, il y a en ce moment une partie des consommateurs qui veulent retrouver une identification des produits et pour qui la relation directe avec les agriculteurs est un gage de qualité.
Du côté de l'offre, il y a plusieurs phénomènes. Pour certains agriculteurs, la relation directe avec le consommateur est au centre de leur projet professionnel, elle donne du sens à leur métier. Pour d’autres, le fait que les filières longues ne garantissent pas ou plus un revenu les incite à commercialiser tout ou partie de leur production en circuits courts ».
• Les circuits courts permettent-ils d'obtenir un meilleur revenu ?
CP : « Il y a des travaux en cours à l'Isara sur le partage de la valeur ajoutée et le revenu des agriculteurs dans différents types de circuits. On s'aperçoit que souvent les agriculteurs en circuits courts commercialisent également en circuits longs. La complémentarité entre les deux circuits leur permet de vivre de leur travail.
Dans de nombreux cas, sans les circuits courts, ils n'auraient pas pu continuer leur activité ».
PM : « Les circuits courts supposent que les agriculteurs réalisent eux-mêmes une partie du travail assuré en circuits longs par d’autres acteurs de la filière.
Ce faisant, les agriculteurs récupèrent la rémunération liée à ce travail de transformation et/ou de commercialisation.
Les études que nous avons réalisées montrent également qu’en circuits courts les agriculteurs sont moins soumis à la volatilité des prix des produits de base : le prix du yaourt fermier n’a pas baissé lorsque le prix du lait a chuté.»
CP : « C’est en effet un point important, nos recherches montrent que les agriculteurs en circuits courts ont une meilleure visibilité et sécurité quant à l'équilibre financier de leur exploitation.
Ils disent apprécier le fait de reprendre en main leurs prix. En plus, ils apprécient le regard positif que posent les consommateurs sur leurs produits et leur travail. En résumé, quand un agriculteur ne peut pas faire plus de volume, les circuits courts permettent de mieux valoriser son travail. Il subit beaucoup moins les fluctuations du prix des produits agricoles ».
•■ Et en termes d’organisation du travail ?
PM: « La charge de travail augmente c’est évident. D’ailleurs les statistiques montrent qu’il y a plus d’emplois dans les exploitations en circuits courts.
Dans ce domaine, il faut aussi noter le rôle joué par les femmes. Dans de nombreux cas, elles sont à l’initiative de la mise en place du circuit court et cela permet de créer une nouvelle activité sur l'exploitation.
Dans la vente directe, c'est souvent elles qui s'occupent d'accueillir les clients par exemple. Quoi qu’il en soit, les circuits courts impliquent pour les 'agriculteurs de démultiplier leurs compétences en effectuant de nouvelles tâches. Certains s'y épanouissent, d'autres non. Cela ne plaît pas à tout le monde.»
• Les circuits courts peuvent-ils être une solution pour les agriculteurs ?
PM : « Personne ne dit que les circuits courts doivent être le système unique de développement, ni qu’ils vont régler tous les problèmes des agriculteurs. Il faut penser les choses dans la pluralité en permettant à plusieurs modes de commercialisation d’exister. En revanche, il est intéressant de noter que les circuits courts sont face au marché, ils reçoivent peu de subventions. Leur équilibre économique ne dépend pas des transferts publics.»


