RSS
« Adapter son acte de production aux attentes des marchés »
Jean-Luc Flaugère
Jura agricole et rural
Publié le:  30 avril 2010
Page 9 

Le président de la chambre d’agriculture de l’Ardèche, Jean-Luc Flaugère, est aussi président de la Fédération régionale des coopératives agricoles de Rhône-Alpes. Il nous livre sa vision des marchés de proximité.

• Quelle est votre définition du marché de proximité ?

« Pour moi, le marché de proximité, c’est celui qui reste géographiquement proche du lieu de production et il ne doit pas être confondu avec la vente directe qui recherche, elle, à réduire le nombre d’intermédiaires entre le producteur et le consommateur.
Mais, en dehors de quelques exceptions, rares sont les producteurs qui commercialisent toute leur production dans le périmètre d’un marché de proximité.»


• La distinction des différents marchés modifie-t-elle l’acte de production ?

« Prenez un viticulteur : en marché local il pourra proposer son vin en cubie. En revanche, il fera du bag in box ou de la bouteille pour le Japon. Un arboriculteur cueillera ses fruits au top de leur maturité pour un marché de proximité mais si c’est pour le marché allemand, il les cueillera trois jours avant leur maturité.
Pour la viande : elle sera fraîche en local, sous vide, voire surgelée si elle doit être transportée. L’agriculteur ou le transformateur doivent s’adapter à ces différentes attentes des marchés et je suis un fervent partisan du lien étroit qui doit exister entre le producteur et les marchés.»

• Comment convaincre les consommateurs de privilégier l’achat de produits locaux ?

« Je me souviens d’un slogan qui disait : « mes emplettes font nos emplois ». Je le prends volontiers à mon compte mais si « mes emplettes font nos emplois » elles font aussi notre qualité de vie et nos paysages.

Il faut expliquer sans relâche au consommateur que les paysages qu’ils apprécient d’Ardèche, des Savoie, des Dombes, du Beaujolais ou du Charolais n’existent que par l’agriculture. Sans oublier que le consommateur en achetant local y gagnera en fraîcheur des produits et leur bilan carbone n’en sera que meilleur.
Au total, c’est pas mal d’arguments en faveur d’un approvisionnement local.»

• Êtes-vous favorable à l’identification de l’origine régionale des produits ?

Je suis favorable à la réalisation d’une étude en profondeur de cette question.
Si vous parlez du Beaujolais, certes il est beaucoup en Rhône-Alpes mais aussi en Bourgogne ! Pour la volaille de Bresse, il faut encore ajouter à ces deux régions, la Franche-Comté. Si vous parlez des Côtes-du-rhône, il y en a en Rhône-Alpes mais aussi en Paca… Il faut voir ce que le consommateur retient et ne pas trop complexifier l’étiquette car, trop d’information peut tuer l’information.

Je pense que le conseil régional pourrait s’engager utilement dans la réalisation d’une étude approfondie sur cette question complexe.

• La coopération s’est-elle suffisamment investie dans l’organisation des marchés de proximité ?

En tout cas, on ne peut pas dire qu’elle ne s’y est pas investie. En viticulture, regardez le nombre de caveaux gérés par une coopérative ! Très souvent, une coopérative de fruits à son magasin.

Les fruitières à Comté ou des Savoie proposent leur production en vente directe. La vente directe est plus importante en terme d’image du produit qu’en terme de volumes. Les vingt et une coopératives de l’Uvica en Ardèche vendent dans 37 pays et l’activité de leurs caveaux représente entre 15 et 20% de leur volume commercialisé. Mais, je le reconnais, les clients locaux sont les premiers ambassadeurs de nos produits.

Et, s’ils ne sont pas appréciés localement il sera difficile de les proposer aux consommateurs de l’autre bout du monde !




Newsletter GRATUITE