La production de légumes bio était le thème de la table ronde de l’assemblée générale d’Interbio, le 21 avril dernier à Montagney. L’occasion de découvrir les filières des régions voisines (Alsace et Bourgogne) ainsi que le projet de légumerie du bassin lédonien.
Après plusieurs années de stagnation, les conversions d’exploitation à l’agriculture biologique et les créations sont en plein boom, comme l’illustrent les tableaux et graphiques présentés par Christelle Triboulot, animatrice d’Interbio, à l’occasion de l’assemblée générale du 21 avril dernier.
Les conversions et projets sont ainsi passés de 9 en 2007 à 20 en 2008, 47 en 2009, et devraient atteindre les 83 en 2010 « dont 44 exploitations laitières pour environ 9 millions de litres », précise l’animatrice.
Les surfaces mises en conversion suivent ce rythme de croissance exponentiel (quasi doublement chaque année) et devraient représenter 6 850 ha en 2010, contre 2 925 ha en 2009, dont près de 4 000 ha de prairies permanentes et 2 800 de Scop et prairies temporaires…
«Pour nos filières, nous avons fait le choix d’accompagner leur développement dans le souci constant de mettre en adéquation l’offre et la demande et de permettre l’émergence des projets.
Ainsi la relance des conversions en lait est importante, principalement en lait standard, et les volumes de lait doivent trouver preneurs sans grande difficulté cette année. Nous devons rester en alerte sur ce sujet tant en lait AOC qu’en lait dit standard. », appuie Guy Reynard dans son rapport moral.
Partenariat avec Interval
L’activité de l’interprofession s’est poursuivie au cours de cet exercice écoulé autour de ses deux axes « historiques » et complémentaires, à savoir la promotion des produits bio (à travers des documents et des événements) et la structuration des filières. L’année 2010 verra la réédition de la plaquette « J’achète bio en Franche-Comté », ainsi que de « la Fête du printemps bio », sans oublier les animations pédagogiques.
Côté filières, le président a annoncé également le tout prochain démarrage d’une action en partenariat avec la coopérative Interval et l’Agence de l’eau, avec le recrutement d’une nouvelle collaboratrice, autour de la réduction des pollutions de l’eau par les produits phytosanitaires. Le projet Interbio, intitulé « développer les conversions dans les systèmes les plus impactants » a en effet été accepté par l’Agence de l’eau le 3 décembre dernier.
« Nous devons aussi susciter la mise en place de toutes les formes locales de production, transformation et de distribution pour des filières non traditionnelles comme le maraîchage, les fruits, les volailles et autres viandes… » ajoutait Guy Reynard pour introduire la table ronde sur les légumes bio en Franche-Comté.
Christelle Triboulot a présenté un état des lieux de la production maraîchère bio régionale, résultat d’une enquête conduite en 2009 auprès de ces exploitations pour évaluer leur intérêt vis-à-vis de la fourniture de la restauration collective. Les 24 structures enquêtées représentent 61,4 ha en plein champs et 3,25 ha sous serre « pour une surface moyenne de 2,81 ha par structure. »
Un argument de taille que n’a pas manqué de reprendre Guy Reynard pendant la table ronde pour plaider auprès de Michel Renevier « un accès facilité à la terre agricole via la Safer ».
La visite de la ferme de Frédéric Dudoret et de Jean-Pascal Guerrin, producteurs de légumes en AB illustrait précisément ce problème de l’accès au foncier.
C’est grâce à l’intervention de l’association Terre de liens, qui s’est porté acquéreur d’une parcelle d’excellent terrain – très convoitée - que le projet d’installation a pu se concrétiser en 2009.
L’exemple alsacien
Mais le temps fort de cette assemblée générale a été sans conteste la présentation par William Mairesse, de l’organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace, de la plate-forme alsacienne Solibio. « Il s’agit d’une plateforme de conditionnement et de transformation de produits Bio à destination de la RHD (restauration hors domicile) et des GMS (grandes et moyennes surfaces).
Le projet répond à plusieurs objectifs : d’abord être en mesure de fournir une large gamme de produits bio alsaciens, proposer un interlocuteur unique pour des volumes importants, mutualiser les moyens de conditionnement, transformation, préparation des commandes, la logistique, les négociations… pour faciliter l’essor commercial de chaque associé et simplifier les démarches d’accès au marché. Enfin il y a un volet social, puisqu’il s’agit de permettre de l’emploi formant et qualifiant pour des personnes en exclusion. »
L’activité de la plate-forme a démarré en 2008, centrée sur le conditionnement et la vente de produits bio en majorité alsaciens à la restauration collective, pour un tonnage de 1,5 à 2 t par semaine, destinés à 26 lycées, 15 collèges, deux restaurants d’entreprise et deux restaurants privés, ainsi que des prestations de conditionnement pour des sociétaires à destination de la GMS (pour environ 2t/jour).
« En 2009, l’activité s’est bien développée, tirée par une demande croissante, et nous avons démarré la transformation de produits de quatrième gamme (légumes déjà préparés) pour la RHD : il faut savoir que de nombreuses cantines ne possèdent plus de légumeries et que la transformation de légumes leur pose un certain nombre de problèmes, notamment sur le plan sanitaire.»
Le chantier d’insertion emploie désormais 16 personnes employées sur le chantier d’insertion et fournit une centaine de clients, pour un volume de 6 à 7 tonnes par semaine.
Cet exemple alsacien a suscité de nombreuses questions et réactions au sein de l’assistance, avec la perspective pour les producteurs francs-comtois de s’en inspirer pour à leur tour être en mesure de fournir la restauration collective.


