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« À Paris, nous avons tiré la sonnette d'alarme »
Christian Gérard, commission "Grandes cultures" de la FDSEA
Jura agricole et rural
Publié le:  05 mai 2010
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Parmi les revendications : la prise de mesures immédiates afin de redresser les prix ainsi que la diminution des charges.

11 000 agriculteurs venus de 14 régions de France ont manifesté le 27 avril à Paris. Retour sur les raisons de cette mobilisation avec Christian Gérard de la commission grandes cultures de la FDSEA.

• Quel message ont voulu faire passer les manifestants ?

Christian Gérard : À Paris, nous avons tiré la sonnette d'alarme. Après l'annonce des mesures du bilan de santé de la PAC, nous avons dû batailler pour obtenir un comité de suivi des céréales. Il s'est enfin tenu le 14 avril mais avec des mesures annoncées pour décembre.

Nous ne pouvons plus attendre les décisions qui n'arrivent jamais, alors que nos exploitations sont de plus en plus dans le rouge. Toutes nos filières de production sont concernées. Le problème de fond est commun à toutes nos exploitations : des prix insuffisants, des charges trop lourdes, des contraintes réglementaires et environnementales qui nous empêchent d'être compétitifs.

Toutes nos demandes ont été portées par Jean-Michel Lemétayer dans son discours de clôture du congrès de la FNSEA, le 1er avril. Nous sommes allés à  Paris pour nous faire entendre et obtenir des actes concrets. Nous avons l'impression que l'agriculture est devenue le parent pauvre de la politique du gouvernement.

•  Les contraintes réglementaires et environnementales asphyxient les exploitations ?

C.G. : Nous ne remettons pas en cause la nécessité de préserver l'environnement. Le problème, c'est le double discours quand, en même temps, on nous demande de produire aux cours mondiaux ou que l'on importe des cultures contenant des OGM. Nous avons peut-être l'Europe monétaire mais pas les mêmes charges, pas les mêmes contraintes sociales, pas les mêmes autorisations d'utilisation pour les produits de traitement.

L'obligation d'implanter un couvert végétal dans le plan nitrate, par exemple, entraîne un surcoût de 30 à 70 euros par hectare. La France est le seul pays à avoir interprété cette directive de cette manière.

Sur nos exploitations de zone intermédiaire, la pilule sera dure à avaler. J'ai fait mon compte avec les nouvelles mesures PAC : je recevrai 4 000 euros quand, dans le même temps, j'en perdrai 8 000 sur les aides découplées.

Le plus difficile est d'anticiper sans connaître le contenu des mesures de manière sûre et si elles seront à hauteur comme la mesure rotationnelle par exemple. Nous demandons à l'administration d'être très diligente dans le versement de ces aides pour ne pas asphyxier les exploitations en difficulté.

•  On peut se poser la question d'un prix minimum ?

C.G. : Dans nos exploitations, il faut un prix minimum. On sait que le coût de revient est de 130 à 140 euros par tonne en blé. Même si les intrants ont commencé à baisser, les prix de vente de nos produits ne suffisent pas à couvrir les charges. Des prix si bas que 100 kg de blé valent 2 paquets de cigarettes ! Au niveau des marchés, tout est dérégulé.

En l'espace de quelques mois, les colzas peuvent varier de 30 euros par tonne car ils suivent le cours du pétrole. Tout devient de plus en plus compliqué à gérer sur nos exploitations. Il faudrait au moins recommencer l'intervention pour garantir un prix minimum et mettre en place des mesures pour soulager rapidement le marché des grandes cultures sinon la prochaine campagne s'annonce désastreuse.

Même si les Allemands, par la bouche de leur syndicat et du représentant de leur gouvernement, lors du congrès de la FNSEA, ont réaffirmé être libéraux à 300%, prêts et compétitifs, nous attendons de l'Europe qu'elle mette en place une gestion des marchés et qu'elle retrouve une volonté d'exportation.

•  Qu'attendez-vous des organismes de collecte face à cette crise ?

C.G. : Les organismes coopératifs et de collecte doivent montrer leur solidarité et soutenir leurs producteurs.

On nous demande d'engager 30% de notre sole en oléagineux pour augmenter le taux d'incorporation dans les biocarburants, ce qui est beaucoup pour nos exploitations de zone intermédiaire. On veut bien jouer le jeu de la filière mais il faut aussi des prix en face.

Même si leur rôle n'est pas d'être des banquiers, les organismes stockeurs peuvent nous aider un peu en proposant des facilités de paiement, en aidant ponctuellement les exploitations les plus en difficulté et les jeunes agriculteurs. À noter quand même : le bus qui a emmené les manifestants francs-comtois à Paris a été pris en charge par la coopérative Interval.

•  Quelles suites à la manifestation du 27 avril ?

C.G. : Cette manifestation, nous l'avons réussi. Nous avons montré notre capacité à nous mobiliser ce qui montre bien la situation dans laquelle se trouvent nos exploitations. Les pouvoirs publics doivent réagir. Le tempo doit être calé sur le calendrier des exploitations et non sur le rythme de l’administration.




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