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Les atouts de la biodiversité
Assemblée générale de la FRGeda
Jura agricole et rural
Publié le:  11 mai 2010
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Sylvain Plantureux, de l'Inra Nancy-Colmar, a souligné l'importance de l'activité agricole dans la préservation de la biodiversité.

Parfois vécue comme une contrainte supplémentaire ou une lubie antagoniste à la production agricole, la biodiversité reste largement méconnue, y compris des scientifiques. Or mieux la connaître, c'est aussi mieux pouvoir la protéger, l'utiliser et la transmettre aux générations futures.

Une quarantaine de personnes participaient le 23 avril dernier à l'assemblée de la FRGeda de Franche-Comté à Quingey, assemblée générale dont le thème était « comment être productif et biodiversifié ? ».

« L'intervention de Bruno Parmentier lors du festival des groupes à l'automne 2009 nous a tous interpellés : d'un côté il va falloir nourrir trois milliards d'êtres humains supplémentaires d'ici 2050, et de l'autre on nous demande de plus en plus d'être respectueux de l'environnement, de préserver la biodiversité, le Grenelle prévoit de réduire de moitié l'utilisation des produits phytosanitaires... » , expliquait Gilles Duquet, président de la FRGeda, en introduisant l'invité du jour, Sylvain Plantureux.

Ingénieur agronome, professeur à l'ENSAIA de Nancy et chercheur à l'Inra, le scientifique s'est d'abord attaché à clarifier les choses. « Il faut bien distinguer le problème de la démographie de celui de la production alimentaire : la part de la production non utilisée est estimée à 30%, gaspillage dans les pays riches, problèmes de conservation dans les pays pauvres... il y a d'autres leviers que celui de l'augmentation de la production pour résoudre le problème de la faim dans le monde ! »

L'arbre qui cache la forêt

Puis il s'est attelé à préciser la notion de biodiversité, concept scientifique récent, dont la perception par le grand public se résume bien souvent à des clichés.

« C'est beau et c'est loin : on pense aux pandas, aux baleines, à quelques espèces emblématiques... » Le ver de terre, la bactérie, la graminée qui vient pousser dans les interstices d'une terrasse ne jouissent certes pas du même capital sympathie !

Or, les organismes vivants qui peuplent cette planète sont interdépendants. Toucher à l'un, pour le favoriser ou l'éradiquer, provoque des réactions en chaîne et des répercussions souvent imprévisibles.

Car la biodiversité, c'est un tableau dynamique, en trois dimensions. « La diversité du vivant, ce sont les espèces et les races, la variabilité génétique de leurs populations, mais aussi les paysages et les écosystèmes. C'est aussi une vision politico-scientifique de l'écologie qui a pris naissance lors du sommet de Rio », poursuit Sylvain Plantureux.

Premier constat, plutôt alarmant, la vie sur Terre est entrée dans sa sixième crise majeure, caractérisée par l'extinction de nombreuses espèces. « La précédente crise était celle de l'extinction des dinosaures, mais ce qui est inquiétant dans la crise actuelle, c'est son rythme beaucoup plus rapide. »

Et de citer de nombreux exemples précis pour illustrer son propos : « entre 1989 et 2004, les populations d'oiseaux ont diminué de 30%, d'après les comptages de la ligue de protection des oiseaux. » Cela ne concerne pas que les animaux sauvages...

« Dans l'Union européenne, plus de la moitié des races domestiques sont en danger. », et les végétaux n'échappent pas à la tendance : « dans les relevés floristiques réalisés sur le réseau de suivi des prairies du grand Est (dont la Franche-Comté fait partie), on est passé de 35-40 espèces à 25-30 en moyenne. Certaines plantes comme la brize, une graminée aux épillets très mobiles, autrefois courante, ont quasiment disparu du paysage. »

Une érosion préoccupante

En cause, l'activité humaine : fragmentation des habitats par les infrastructures routières et ferroviaires, pollutions, réchauffement climatique, modification des pratiques agricoles (simplification des paysages pour faciliter la mécanisation, drainage, irrigation, fertilisation, emploi de produits phytosanitaires...)

Le scientifique a aussi précisé en quoi cette disparition rapide posait différents problèmes à l'humanité.

« On peut regarder les choses d'un point de vue utilitaire : la biodiversité participe à la fourniture de biens alimentaires et non alimentaires, de services, à travers son rôle dans la régulation des grands équilibres physico-chimiques de la planète (cycles de l'eau, du carbone, de l'azote...), qui se traduisent par la fourniture d'eau potable, d'une nourriture saine et variée, d'un environnement agréable, c'est aussi une ressource pour la pharmacopée... Mais sur le plan éthique, c'est le devoir des hommes de ne pas éliminer les autres formes de vies, pour maintenir les processus d'évolution du monde vivant, et permettre la transmission intergénérationnelle de ce patrimoine. »

Or, le premier écueil dans cette démarche de protection, c'est la grande ignorance de l'Homme en la matière. Champignons, insectes, bactéries, invertébrés... sont loin d'avoir été ne serait-ce qu'inventoriés !

« 1,7 millions d'espèces ont été décrites, on estime leur nombre probable entre 15 et 100 millions... cela doit nous rendre modeste, car quand on parle de biodiversité, on parle d'une chose qu'on maîtrise très imparfaitement. Dans une pâture, on estime qu'il y a autant de biomasse au-dessus que sous la terre. »

L'échelle de l'exploitation

Cette ignorance ne doit cependant pas être paralysante. Le suivi des espèces emblématiques est aujourd'hui complété par celui de la « biodiversité ordinaire ».

Au niveau continental, des mesures tentent d'établir des « corridors bleus » et « corridors verts » pour rétablir la continuité territoriale des eaux et des terres, afin de permettre aux populations animales et végétales d'échanger du matériel génétique et de migrer pour s'adapter au réchauffement.

Mais que peut-on faire localement, à l'échelle de nos exploitations et de nos groupes de développement ? se sont interrogés les participants, au cours d'un travail en ateliers.

Premier point dégagé, celui de l'information et de la formation : « la plupart des paysans d'aujourd'hui ne connaissent plus les plantes qu'ils ont dans leurs parcelles », notait un éleveur. « Il faudrait retourner voir nos anciens pour leur demander comment c'était avant, il y a eu une rupture dans la transmission du savoir », ajoutait une agricultrice.

Sylvain Plantureux a également donné des pistes de travail à l'échelle des exploitations, avançant le concept de « gestion différenciée ». «

C'est important à l'échelle d'une exploitation de pouvoir conserver une diversité de modes de gestion, avec certaines parcelles plus productives où la biodiversité sera moins prioritaire, et d'autres moins productives, que l'on va par exemple laisser fleurir pour favoriser les insectes pollinisateurs... »




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