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« Je suis préoccupé par les pesticides dans l’eau »
Michel Dantin, président du comité de bassin RMC
Jura agricole et rural
Publié le:  22 juillet 2010
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« Ne culpabilisons pas les agriculteurs car l’eau qui sort des villes est, hélas, elle aussi chargée en pesticides et, de plus, on trouve dans ces eaux urbaines des traces de médicaments ! »

Michel Dantin élu de Savoie est le président du comité de bassin Rhône Méditerranée   de l’agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse (RMC). Un comité de bassin présenté comme « le parlement de l’eau » d’un vaste bassin hydrographique, qui part de la « ligne bleue des Vosges » jusqu’à la Méditerranée. Composé de 165 membres, le comité de bassin représente les intérêts des usagers de l’eau, des collectivités locales et l’État. Michel Dantin a accepté de répondre à nos questions sur la mise en œuvre du Sdage, le schéma directeur d’aménagement et de gestion de l’eau.

• Les représentants des agriculteurs chiffrent à 5 % la perte de production agricole et à plus d’un milliard d’euros l’impact des mesures du Sdage adopté par le comité de bassin que vous présidez. Que comptez-vous faire pour compenser cette perte énorme ?

« J’attends toujours qu’on me fasse la démonstration de ce chiffrage qui me paraît inutilement alarmiste. Les agriculteurs expriment leurs positions dans le cadre du comité de bassin au même titre que les autres usagers. Ils ont un point de vue, important certes, mais parmi d’autres et ils doivent tenir compte de l’évolution du niveau d’acceptation sociale à l’égard de l’utilisation de l’eau. Ils doivent veiller, par exemple, à ne pas provoquer des réactions hostiles en irriguant par aspersion sous le soleil de midi !

«Ce sont des comportements que plus personne n’accepte et ce n’est pas rendre service à l’image de l’agriculture que de poursuivre de telles pratiques.

«Au comité de bassin, nous sommes conscients qu’il n’y a pas d’économie agricole possible autour de la Méditerranée, Ardèche et Drôme comprises, sans irrigation. En revanche, dans d’autres secteurs, l’eau est bien sûr un élément déterminant mais il faut être vigilant et mettre en place des pratiques économes en eau car la ressource n’est pas inépuisable.

«À titre d’exemple, sur les sept dernières années, sur le bassin du lac du Bourget (63 communes) le déficit de pluviométrie représente 500 millions de mètres cubes. Je sais que beaucoup d’efforts ont été faits, par exemple en arboriculture. Mais ces efforts sont peu visibles. L’agriculture ne sait pas suffisamment montrer ce qu’elle fait de bien. Il faut l’y aider. »

• Les agriculteurs réclament une politique de l’eau fondée sur la création de réserves collinaires. C’est une demande qui peut être entendue par le président du comité de bassin ?

« Il n’y a pas d’opposition formelle à la création de réserves d’eau. Il existe des possibilités et j’observe que, dans ce domaine, toutes les lignes budgétaires ne sont pas consommées. Mais la création de réserves collinaires suppose de prendre en considération deux aspects.

«Le premier, c’est de mesurer l’impact du prélèvement en eau sur le milieu. Le second, c’est de s’assurer de l’entretien durable de ces réserves et de leurs digues. Enfin, la création de réserves d’eau ne peut se concevoir que si l’eau prélevée est utilisée dans le respect de pratiques agricoles économes en eau. »

• Et sur le plan technique que préconisez-vous ?

« Il existe des pratiques de travail du sol économes en eau. Les principes fondateurs de l’agronomie peuvent nous y aider. Ce n’est pas par hasard si nos parents disaient déjà qu’un bon binage vaut deux arrosages.

« Dans ce domaine, nous avons besoin des instituts techniques, de l’Inra notamment qui, ces dernières années, a concentré ses moyens sur l’étude et l’analyse sociologique du milieu agricole et trop peu sur la recherche de techniques agronomiques alternatives. »

•  La qualité de la ressource est une autre des missions du comité de bassin. Comment jugez-vous celle-ci ?

« La présence de pesticides dans l’eau est un problème majeur : dans 80 % des eaux superficielles et dans plus de 50 % des eaux souterraines, on trouve des traces de pesticides. Il ne faut pas culpabiliser les agriculteurs qui ont utilisé des produits commercialisés par des grandes firmes avec des autorisations de mise en marché (AMM) délivrées par les pouvoirs publics.

«La situation devant laquelle nous sommes est donc une responsabilité collective. Ces dernières années, la connaissance a progressé et ce qui était supposé inoffensif hier s’avère dangereux aujourd’hui.

«En l’état de nos connaissances techniques, la seule solution consiste à éviter que ces molécules ne se retrouvent dans l’eau car, une fois dans l’eau, on ne sait pas les isoler pour les retirer. Les bandes enherbées ont fait leur preuve, il faut continuer dans ce registre et mettre l’accent sur la protection des zones sensibles et des zones de captages. »

• L’agriculture n’est pas la seule responsable de la pollution des eaux et la société semble plus indulgente à l’égard des pollutions d’origine urbaines. Non ?

« C’est vrai, les analyses montrent que les eaux qui sortent des grandes villes sont, elles aussi, chargées en pesticides. On rêve d’une ville propre, sans herbe, sans ravageurs. L’environnement paye un lourd tribut à cette ville idéalisée.

«J’ajoute qu’un prochain rapport ministériel montrera que des traces de médicaments se trouvent dans les eaux rejetées par les hôpitaux. La qualité de l’eau, c’est l’affaire de tous et chacun doit se sentir concerné, qu’on soit résident à la campagne ou à la ville. »

• Vous êtes un élu au Parlement européen. Que répondez-vous aux différences de traitement qui existent entre les pays de l’Union européenne dans l’utilisation des produits phytosanitaires ?

« C’est une question qui trouvera une réponse européenne dans le courant de 2011 car une nouvelle directive approuvée en 2009 entrera alors en application.

«À cette date, la reconnaissance d’une molécule par un État entraînera sa reconnaissance par les autres États. Sauf si l’un d’eux déclare ne pas reconnaître l’autorisation de mise en marché (AMM) accordée. Dans ce cas, il devra justifier sa décision. »   

• Pour revenir au Sdage, êtes-vous prêt à renégocier, avec la profession agricole, certaines dispositions jugées trop contraignantes ?

« Le comité de bassin couvre un vaste territoire où s’exprime une grande diversité de situations ce qui nous a conduits à adopter un nombre important de mesures capables de répondre à ces situations de sols et de climats très variables.

«Je dis aux agriculteurs, commençons par mettre en place les mesures prévues par le Sdage et si des problèmes insurmontables apparaissent alors, avec la plus grande attention, nous les examinerons. »




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