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La hausse brutale des prix déstabilise certaines filières
Céréales
Jura agricole et rural
Publié le:  25 août 2010
Page 18 

La flambée du prix des céréales en juillet et août 2010 va certainement apporter une bouffée d'oxygène
aux producteurs céréaliers mais bouscule les filières d'élevage et de la transformation.

Même en 2007 la hausse n'avait pas été aussi rapide. En six semaines, le prix de la tonne de blé rendu Rouen est passé de 135 euros à 218 euros la tonne après avoir touché un plus haut à 230 euros/tonne le 5 août, soit une hausse d'environ 55 %.

Une envolée attribuée à l'inquiétude des acheteurs de blé face à la baisse de la récolte russe très affectée par la sécheresse et à l'impact de la spéculation financière. Les volumes échangés sur les marchés financiers à terme ont explosé, drainant acheteurs physiques et traders à l'affût de gains rapides.

Dans son sillage, le blé a emporté tous les autres céréales, à la fois pour des raisons de report dans la composition des rations d'aliments par exemple, mais aussi pour des raisons purement spéculatives. Les stocks mondiaux de céréales sont importants, il n'y a aucune pénurie en vue et pourtant, les traders jouent à se faire peur, et engrangent les plus-values.

Là où la volatilité explose, les acteurs des marchés financiers voient des opportunités de prises de positions spéculatives. Le maïs est ainsi passé de 140 euros/ t à 190 euros/ t. Idem pour le colza qui a grimpé de 325 euros/ t à 375 euros/ t pour redescendre aujourd’hui à 362 euros/ t. L'orge fourragère a flambé passant de 105 euros à 195 euros/ t en six semaines. Depuis quelques jours, les prix redescendent quelque peu, mais personne n'est capable de prévoir l'évolution des prochains mois. Et là réside une partie du problème pour les filières d'élevage, de transformation des céréales et même pour les céréaliers.

Des marchés à réguler

« La hausse des prix du blé et des céréales en général est une bonne nouvelle pour les producteurs, estime Patrice Auguste, le responsable relation terrain à l'association générale des producteurs de blés et autres céréales (AGPB). Les niveaux de prix actuels permettent d'assurer des prix rémunérateurs, de dégager un revenu pour le producteur et d'investir pour faire vivre l'exploitation et le territoire.

Cependant, une telle volatilité des prix n'est pas satisfaisante et à de lourdes conséquences pour les consommateurs de céréales. Il faudrait établir des cours planchers et des cours plafonds. » En clair, brider à la hausse comme à la baisse les cours des céréales. Mais les règles actuelles des marchés financiers ne sont pas compatibles avec de tels systèmes.

Alors faut-il changer les règles du marché ? « Nous plaidons depuis des années pour l'organisation des marchés, assure Patrice Auguste. Nous ne sommes pas pour la dérégulation tous azimuts, au contraire, nous demandons que l'on régule le système. Il faut revenir à un système européen d'interventions qui soutienne les prix alors que depuis 2008, ce dispositif est démantelé. »

Même son de cloche du côté des meuniers. Ainsi, l'Association nationale de la meunerie française affirme « la nécessité de mettre en place des outils de régulation du marché » et exige une action des Pouvoirs publics.

Pour les producteurs de céréales aujourd'hui, impossible de prévoir des plans d'affaires. Ils n'ont aucune visibilité sur leur prix de vente et les investissements restent très risqués. « Les céréaliers comme beaucoup d'agriculteurs, travaillent à l'aveugle », regrette Patrice Auguste.

Même si aujourd'hui les cours sont favorables aux producteurs de céréales, l'AGPB s'inquiète des conséquences d'une hausse aussi forte et brutale des cours. Est-ce que la hausse du blé va exclure cette production de certains marchés ? Est-ce que les utilisateurs et les consommateurs de céréales vont parvenir à répercuter la hausse sur les différents maillons de la chaîne ?

Des conséquences dramatiques pour la filière porcine

À cette question, la réponse des éleveurs de porcs est sans équivoque. Une telle hausse va être dramatique pour la filière porcine. « Les éleveurs de porcs sont complètement catastrophés, déplore Daniel Jacquemin éleveur de porcs dans la Loire et président des éleveurs de porcs producteur d'aliments (AIRFAF Sud-Est).

Les stocks de céréales sont abondants et malgré tout, les cours flambent. C'est de la pure spéculation ! » Pour les éleveurs, le coût de l'aliment pèse pour 60 % dans les coûts de production des porcs. La hausse actuelle des céréales risque d'entraîner une hausse d'environ 80 euros/ t sur le prix des aliments si les cours actuels se maintiennent.

Au final, cela représente 28,8 euros supplémentaires par porc selon Daniel Jacquemin. En clair, il faudrait que le prix du cadran augmente de 30 centimes d'euros/kg pour absorber cette hausse du prix des aliments.

Fortement improbable vu que les cours de 2010 sont inférieurs aux cours 2008 et 2009. Aujourd'hui, le cadran du marché breton est autour de 1,24 euro/kg. « Heureusement, j'ai des stocks de report de céréales importants et j'ai acheté en avril avant la hausse un contrat à terme pour août, soupire Daniel Jacquemin.

Aujourd'hui, je dispose de plusieurs mois d'aliments d'avance, mais pour les économiser, je suis obligé de réduire de 15 % ma production. Par contre, les éleveurs qui s'approvisionnent régulièrement auprès des fabricants d'aliments vont subir le gros de la hausse dès septembre. Et beaucoup réfléchissent à arrêter la production de porcs après trois années déficitaires. »

Seul espoir pour les producteurs de porcs, que le marché allemand qui dicte la tendance des prix du porc en Europe, parvienne à répercuter une partie de la hausse des prix des aliments sur l'aval de la filière : abattoirs et distributeurs, en valorisant mieux les porcs.




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