Frédéric Perrot, président de la FDSEA du Jura et François Lavrut, président de la commission développement local et aménagement du territoire de la chambre d'agriculture du Jura, réagissent au projet de parc national de zone humide.
Vous avez été consulté par la préfecture sur l'opportunité de créer un parc national de zone humide dans le Jura. Comment ce projet vous a-t-il été présenté ?
F.L. : « C'est un projet qui nous a surpris. Nous nous sommes vite rendu compte que le dossier était assez précis, qu'il recensait les différentes couches réglementaires environnementales. Même si je suis un agriculteur favorable à la protection de l'environnement, je me rends compte qu'il nous faudra nous adapter à ces nouvelles mesures qui généreront une perte économique et donc de revenu. »
F.P. : « Je suis surpris qu'il n'y ait pas eu de consultation préalable et que l'on nous ait présenté un dossier déjà très abouti où l'on a découvert sur les cartes, l'ampleur de la zone concernée, des photos du cœur de parc où l'on voit des photos de mare mais pas une seule image d'habitation, d'activité économique alors que la zone en est remplie ! C'est quand même bien que la préfète ait pensé à nous consulter en priorité... »
Quelle est votre position sur ce projet ? Êtes-vous favorable à des pratiques contractuelles et non réglementaires ?
F.L. : « J'ai bien conscience qu'il faut protéger l'environnement, mais cela ne peut se faire qu'en maintenant un équilibre avec toute l'activité économique et social du secteur. C'est pourquoi, je suis plutôt sceptique sur ce projet de parc national qui risquerait de sanctuariser une zone où l'on trouve un aéroport, le pôle Innovia, la ville de Dole, des infrastructures et des axes de communication, des terres agricoles à haute valeur agronomique... Sur les pratiques environnementales contractualisées, je veux juste vous rappeler l'exemple du maintien en herbe des zones inondables où, aujourd'hui, les crédits ne couvrent que 50 % de la surface concernée... »
F.P. : « On ne peut qu'être hostile à un projet qui ne prend pas en compte les hommes et leur territoire, un projet qui est imposé par le ministère de l'écologie. Il est anormal que les agriculteurs n'en soient pas informés. Pour nous, il est hors de question d'aller plus loin aujourd'hui... »
Au regard du fonctionnement des autres parcs nationaux français dans lesquels il existe des zones totalement inhabitées, quelles limites voyez-vous au classement de ce territoire en parc national ?
F.L. : « J'ai déjà évoqué avec des collègues d'autres régions, les aspects très restrictifs des parcs nationaux. Ils sont adaptés à des zones naturelles peu peuplées, mais pas à une vallée alluviale comme celle du Doubs qui est une zone habitée et riche en activités. Le risque, c'est que les contraintes réglementaires vont rendre plus complexe le développement de ce territoire et qu'elles vont conduire à la création d'un véritable sanctuaire où le développement ne pourra se faire. Et s'il ne se fait pas là, il se fera forcément ailleurs... »
F.P. : « Ce projet ne propose rien d'encourageant pour l'avenir, surtout pour celui du tissu d'exploitations agricoles dynamiques que l'on trouve sur cette zone. Demain, que pourrons-nous faire pour elles ? Je suis opposé à la création d'une techno-structure qui n'aura pour vocation que de faire vivre ceux qui y travailleront et qui n'aura d'idées que pour s'auto-alimenter en projets... »
Le choix définitif du site sera établi par le gouvernement durant le premier semestre 2011. Avez-vous plus de précisions sur le calendrier et serez-vous consulté de nouveau d’ici là ?
F.L. : « C'est une démarche qui nous est venue d'en haut et qui nous est imposée. Je suis étonné qu'elle soit aussi directive, sans concertation locale alors qu'il aurait été intéressant de consulter la base et de tenir compte de ses propositions... »
F.P. : « Nous menons un travail conjoint avec nos collègues de Saône-et-Loire qui sont aussi concernés par ce projet. Nous allons faire passer une information à tous les agriculteurs mais également aux coopératives, aux industries et autres activités agricoles de la zone. Nous lancerons une invitation à participer à une réunion d'information que nous allons organiser dans les prochains jours car, je le répète, je suis contre toute idée de figer, en terme économique, un territoire qui n'est pas une zone emblématique. À l'heure où des interrogations se font sur les choix de la future PAC, pour orienter et sauvegarder notre agriculture, je ne comprends pas que certains soient à cent lieues de ces préoccupations et travaillent à tout figer... »


