Pascal Perri, professeur d’économie et co-auteur du « Défi du capitalisme coopératif » est intervenu à Baume-les-Dames lors d’une réunion de secteur de Terre comtoise, sur les enjeux de la coopération face à l’avenir.
Pour donner du piment aux réunions de secteur, Terre comtoise invite un conférencier.
Différent à chaque fois pour apporter des éclairages contrastés aux responsables. Et leur permettre d’avoir une vue plus globale sur l’évolution et l’environnement de l’agriculture.
Dans une des premières réunions, Pascal Perri, professeur d’économie à l’Ecole de commerce Advancia et co-auteur du livre Le Défi du capitalisme coopératif publié aux éditions Pearson, est intervenu autour des enjeux de la coopération face à l’avenir.
« Je suis un militant du mouvement coopératif car c’est le seul outil qui peut sauver l’agriculture française », argument le conférencier. « Etre coopérateur ? Oui, il faut rester uni et se rassembler pour atteindre une taille significative pour peser sur les marchés. »
Et tenter d’éviter que ce soient les fonds de pension qui organisent la spéculation.
Tout en surveillant du coin de l’oeil la Chine qui se fait menaçante : « Dans le domaine agricole, elle risque d’inonder le marché avec des produits à faible coût, d’autant plus que ce pays a investi 30 milliards de dollars de terres arables en Afrique. »
Pour ces deux raisons, l’outil coopératif a tout lieu d’être car il se situe entre le marché et l’engagement collectif. « Et c’est plutôt plus un outil efficace pour vous qui seriez plutôt individualistes. C’est bien d’être collectif mais ça sera efficace uniquement si tout le monde joue le jeu ; tant la coopérative que les coopérateurs. »
Il faudra donc respecter les règles du jeu. « Car nous vivons dans un monde dangereux. » D’autant plus que ce n’est plus la profession agricole qui s’adresse aux citoyens mais bien les grandes surfaces.
« C’est Leclerc qui parle à votre place. »
Rester pertinent
Pourtant, l’agriculture a des arguments de choix comme la proximité, les cahiers des charges et les circuits courts. « Mais il vous manque une marque qui soit visible et surtout lisible par le grand public. » Pour mettre en avant les valeurs que portent les coopératives : simplicité, proximité et saisonnalité. « Des produits du coin, meilleurs pour la santé donc meilleurs pour l’environnement. »
Il ne reste plus qu’à porter cette parole auprès des citoyens et de leur offrir du choix. Car les consommateurs n’attendent que ça. Il suffit de voir le succès que remportent les marchés fermiers, les Amap et la vente directe.
Quant aux marchés très disputés, il vaut mieux être à dimension européenne.
« Quand on rentre dans le disque dur de la coopération, on se rend compte que 45 % des entreprises agro-alimentaires ont cette forme d’organisation collective. Il faut le revendiquer et être fier d’une activité non-délocalisable et d’un modèle économique durable. »
Qui est aussi un modèle souple qui permet une croissance horizontale en se concentrant sur un même métier mais aussi une croissance verticale qui va audelà de son métier de base pour créer de la valeur ajoutée. « C’est un champ de promesses pour l’avenir. La seule problématique de la croissance, c’est la question de la gouvernance. Pour rester pertinent. »
Il faut encore que la coopérative poursuive son travail autour de ses fondamentaux que sont la terre, le terroir et le territoire. « C’est-à-dire d’abord les productions ensuite l’espace dans lequel les gens vivent autour de structures non “OPAbles“ avec une agriculture qui entretient l’espace rural. S’il n’y avait plus d’agriculteurs dans le Cantal, il n’y aurait pas de touristes, plus de routes et encore moins de services publics. »
Il reste que Bruxelles a une vision strictement productiviste de l’agriculture et raisonne en terme de grands bassins de productions spécialisées.
« Vous avez un rôle à jouer et un message à porter pour sauver l’agriculture française. » Afin qu’elle se développe et pour permettre à des jeunes de s’installer demain.
D’autant plus qu’au niveau mondial se pose la question de la souveraineté alimentaire, qu’éclosent les pays émergents comme l’Inde, le Brésil alors que la Chine se ruent sur des terres en Afrique « où seul 10 % des surfaces sont cultivées. »
Face à tout ce contexte global, Pascal Perri trace quelques pistes d’action : « Il y a des terres à protéger et des lois à voter pour limiter la dilatation urbaine. »
« Il y a donc de l’espoir, beaucoup d’espoir », se félicite Clément Tisserand, président de Terre comtoise. « Mais il y a aussi beaucoup de travail. En tout cas, la coopérative a un formidable avenir devant elle. » Car c’est un outil pour les agriculteurs.
« Et ce ne sont pas seulement des mots mais une réalité. Car nous sommes des unions structurantes. »


