Le CRDA Bresse Val d'Amour se penche sur les changements de pratiques en agriculture. Deux exemples ont été présentés lors de l'assemblée générale, le 8 mars à Chamblay : le choix de l'agriculture biologique pour un élevage laitier en lait à comté et les modifications de travail du sol dans une exploitation céréalière avec passage au semis direct. Pour accompagner cette réflexion, le CRDA a également présenté le travail réalisé depuis 5 ans par le groupe de gestion "Lait à comté" constitué de 17 exploitations.
Que l'on parle d'agriculture “hautement environnementale” ou “intensivement écologique”, ces mots sont juste là pour nous réveiller un peu... Nos pratiques sont amenées à évoluer et les groupes de développement peuvent nous aider à proposer, essayer et oser ces changements », indique Christian Colmagne, président du CRDA, lors de l'assemblée générale du groupement.
Plutôt que de longs discours, la parole a été laissée à deux exploitants qui ont osé ces changements de pratiques. Quelles ont été leurs motivations ? Comment ont-ils passé le cap au niveau technique, financier, psychologique ?
Un petit pas vers le bio
Jocelyne Dumont à Bersaillin évoque le passage en agriculture bio de son exploitation “sans cassure dans la conduite”. L'exploitation en lait à comté utilisait déjà le moins d'intrants possible et la reconversion s'est faite par le biais d'un CTE.
« Nous avons osé faire ce petit pas supplémentaire parce l'exploitation avait déjà une assise économique et pouvait absorber des baisses de rendements et une attente de 2 ans pour valoriser le lait en bio ». L'installation du fils, Thomas, a porté l'EARL à 4 associés plus un salarié, pour un troupeau de 99 vaches laitières et une surface de 218 ha dont 35 ha de céréales auto consommées.
ocelyne Dumont rappelle que le rôle du groupe a été déclencheur pour passer au bio. Il a permis de profiter de références et de l'expérience des agriculteurs déjà en bio et facilité la mise en marché (comté valorisé à la fruitière de Plasne, vente à d'autres exploitations bio).
« Après 8 ans en bio, nous voyons enfin le fruit de nos efforts. Aujourd'hui, nous avons un autre objectif : installer une ou deux personnes sur l'exploitation pour anticiper notre départ à la retraite d'ici 5 ans ».
Évolution plutôt que révolution
Sur son exploitation de 104 ha et 25 vaches laitières située à Cramans, Dominique Rolet cherche à “ne pas faire comme les autres”, pour trouver un attrait sans cesse renouvelé à son métier.
C'est sur la partie agronomie et ses 70 ha de cultures (maïs, blé) qu'il a voulu expérimenter de nouvelles pratiques : arrêt du labour, semis simplifié... « Les premières années je ne voyais pas de changements significatifs, sans compter une consommation de carburant plus importante due aux passages successifs d'outils. Après 10 ans de ce régime, j'avais l'impression de stagner ».
Puis l'agriculteur décide de diversifier son assolement et introduit du soja, du pois, de la féverole, de l'orge... « Je me suis remis à produire de l'aliment pour les vaches ». Il y a 4 ans, Dominique Rolet s'est lancé dans les couverts et les semis sous couverts, avec l'achat d'un semoir de semis direct.
« Il faut changer ses repères et je manquais de références autour de moi. Attendre que la terre se réchauffe suffisamment an printemps et accepter de voir les autres partir semer, alors qu'avant j'étais toujours dans les premiers ! Ne pas aller travailler son sol, savoir lire la bêche et accepter de voir ce que l'on voit...c'est difficile ».
L'agriculteur a partagé toutes les questions qu'il se pose encore, les ajustements à trouver. La prochaine étape sera la réduction des intrants. « En partant du semis direct c'est finalement tout le système d'exploitation qui a changé. »
Changer les pratiques prend du temps. Il s'agit plus souvent d'une “évolution” que d'une “révolution”, ce qui nécessite un minimum d'anticipation de la part des agriculteurs. Et le groupe de développement peut y aider. C'est en tout cas le message qu'a voulu faire passer le CRDA.
Dans la même veine, l'assemblée générale de la FDGeda a retenu le thème de “l'agriculture écologiquement intensive” pour susciter le débat sur les défis lancés à l'agriculture. « On nous demande d'extensifier les intrants, il nous faudra intensifier la réflexion », résume Christian Colmagne.


