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Émilie Bourgon et Christian Martin, responsable des approvisionnements, ont travaillé sur ce projet de Bois de Lune lancé par Jurasciages. Jurasciages |
La société Jurasciages lance un nouveau produit durable et sans traitement à partir de sapins et épicéas abattus en Lune décroissante et descendante conjuguée à une phase de repos végétatif.
A l’heure où l’autoconstruction a le vent en poupe et où le respect de l’environnement est dans toutes les têtes, l’idée de lancer sur le marché des bois qui n’ont pas besoin de traitement et qui résistent dans le temps est un argument commercial de poids. Jurasciages a décidé de relever le défi. Comment ?
Tout simplement en s’appuyant sur les conclusions d’un mémoire de stage réalisé par Émilie Bourgon l’an dernier dans le cadre de sa licence professionnelle en commerce international des bois et dérivés.
L’étudiante a porté sa réflexion sur « La valorisation des sapins-épicéas du massif du Jura grâce à l’abattage des bois en bonne Lune ».
Elle est partie du fait que des vieilles charpentes, tavaillons et lambrichures de fermes comtoises sont un siècle plus tard, et sans traitement préalable, encore en bon état de conservation. La raison ?
Les bois ont été coupés en vieille Lune, c’est-à-dire en Lune décroissante.
Durant six mois, la stagiaire s’est rapprochée « des professionnels de la filière, très proches de la nature, qui autrefois avaient remarqué que des bois coupés en bonne Lune séchaient plus rapidement et étaient moins sensibles aux attaques fongiques.
Ils cumulaient cet avantage à l’abattage hors-sève, pendant le repos végétatif où l’activité est réduite à 1/9 par rapport à la pleine saison », note-t-elle dans son rapport de stage. Ernst Zürcher, scientifique de l’école suisse d’ingénieurs du bois de Bienne, qui a travaillé sur la sensibilité des végétaux aux phases lunaires, lui confirme cette hypothèse.
Si bien que la société Jurasciages décide d’exploiter le filon avant que la concurrence ne le fasse. « On s’est dit que c’est un marché de niche non exploité.
On a une demande en bois non traité et de qualité quitte à y mettre cher », remarque Émilie Bourgon, aujourd’hui employée de la société Jurasciages qui a déposé la marque Bois de Lune auprès de l’Institut national de la propriété industrielle (INPI) afin de protéger son concept.
Alors que l’on abat des bois à toutes les saisons, l’abattage des bois de Lune répond à un cahier des charges très restrictif.
Écologique et naturel
« On veut une belle tige, on veut les plus beaux bois non traités chimiquement afin de perpétuer les savoir-faire ancestraux et valoriser les bois de notre massif », indique Émilie Bourgon.
Les bois de Lune poussent dans le massif du Jura à plus de 850 m d’altitude. Ils sont abattus en Lune décroissante et descendante, c’est-à-dire sur une courte période de 52 jours en moyenne.
L’exploitation se fait pendant le repos végétatif, c’est-à-dire d’octobre à mars, quand les bois n’ont pas de montée de sève. « Les bois sont alors plus secs et donc plus durables », explique Émilie Bourgon. Ils présentent apparemment une résistance mécanique supérieure en raison d’un accroissement lent.
Les bois coupés en Lune décroissante sont plus denses, — ce qui est idéal pour la construction — et sont plus durables dans le temps sans traitement chimique. La bille des bois coupés en Lune descendante est naturellement plus sèche d’où une meilleure conservation.
Comparativement au mélèze et douglas, l’exploitation du sapin et de l’épicéa affiche un meilleur bilan carbone. Certes le mélèze et le douglas sont naturellement durables mais situés très au-delà du rayon d’approvisionnement de Jurasciages car cette essence est peu disponible dans le massif jurassien. Donc pas si écologiques que cela.
Rare et exceptionnel
Tout au long de la chaîne de production, depuis l’abattage jusqu’au conditionnement, des contrôles très stricts sont effectués.
Après abattage, les bois de Lune se distinguent visuellement par une étiquette bleue. « Comme pour les bovins, on veut une traçabilité exemplaire », explique la jeune commerciale. Après avoir ressuyés dans les bois, ils sont amenés à la scierie en fonction de la demande pour être sciés sur liste sur une ligne de sciage séparée des bois traditionnels.
Une fois débités, les produits issus des bois de Lune sont stockés et identifiés clairement par une étiquette certifiant l’origine des bois. Très complète, elle indiquera l’origine forestière (forêt, parcelle, commune, altitude), l’exploitation forestière (noms des exploitants forestiers, dates, phase lunaire à l’abattage) et le type d’essence (sapin ou épicéa). Un logo permet également de bien identifier cette marque.
Les premiers bois ont été abattus cet hiver mais en raison des conditions météorologiques défavorables, le volume abattu est faible. Pas d’inquiétude du côté de Jurasciages à propos de cet aléa car comme le souligne Émilie Bourgon, « le particulier est prêt à attendre pour avoir ce produit ancestral. La demande en bois écologique est en pleine croissance ».
Même si le prix est une fois et demie à deux fois plus élevé que le bois de charpente traditionnelle...
Le volume de bois de Lune est estimé à 8 % du volume scié par Jurasciages. Très précisément, la société table sur 2 940 m3/an de grumes exploitables soit l’équivalent de 926,10 m3/an de produit fini.
Pour ce produit rare, Jurasciages vise le marché des particuliers et surtout les personnes qui ont envie de construire leur maison eux-mêmes et qui ont fait le choix d’utiliser des produits respectueux de la nature. Comme Jurasciages d’ailleurs.
En effet, la société est certifiée PEFC garantissant l’utilisation de bois issus de forêts gérées durablement et elle garantit son approvisionnement en bois provenant du massif du Jura à travers le “label régional d’origine et de qualité du Jura”. De plus, elle est membre de l’association en charge d’élaborer l’appellation d’origine contrôlée bois du Jura.


