L’industrie de transformation fruitière se plaint de ne pas trouver localement tous les fruits bio nécessaires à la fabrication de ses préparations. Joël Fauriel, producteur en Gaec dans la Drôme et responsable fruit de Corabio, analyse la situation.
Joël Fauriel a de l’agriculture bio une approche économique. Aussi, lorsque les entreprises de l’agroalimentaire se plaignent de ne pas trouver sur le marché régional des fruits frais à pleine maturité, l’arboriculteur de Loriol dans la Drôme, répond « gestion du risque » d’un fruit mûr forcément plus fragile.
Car le producteur bio, pas plus que le conventionnel, ne peut se permettre de prendre ce risque sauf à intégrer dans son prix de vente son coût. Un surcoût que les industriels n’ont pas encore dit qu’ils étaient d’accord pour l’assumer…
L’industrie importe aussi pour des raisons de prix
L’approvisionnement de proximité en fruits bio est une autre difficulté rencontrée par l’industrie de transformation fruitière. Pour Joël Fauriel, il faut considèrer deux situations.
La première concerne les transformateurs importants de fruits installés dans la région dont les besoins en volumes sont importants. Ceux-là trouvent assez facilement, auprès des producteurs de fruits bio importants de la région, les quantités dont ils ont besoin.
Si ces gros transformateurs industriels importent des fruits bio, c’est plus souvent pour des raisons de coût que devant la difficulté à s’approvisionner localement en fruits bio.
En revanche, Joël Fauriel reconnaît qu’il est plus difficile pour un petit transformateur de fruits de trouver, auprès des producteurs locaux, les faibles volumes de fruits dont il a besoin.
La raison de cette situation tient à la grande diversification des producteurs de fruits bio. Le plus souvent, ils font un peu de tout pas beaucoup et se sont constitués un marché local de fruits frais bio et n’ont aucune difficulté à écouler leur production.
Ainsi, les professionnels, petits transformateurs de fruits, se trouvent privés d’un approvisionnement local dirigé soit vers l’industrie agroalimentaire pour les gros volumes, soit, pour les petits volumes, vendus directement aux consommateurs.
Entre les deux, les glaciers, pâtissiers ou petits producteurs de jus de fruits se trouvent privés d’une offre en fruits bio.
Respecter l’équilibre de l’offre et de la demande
Mais la situation change. Corabio estime à 25 % par an la progression de la mise en marché des fruits bio. Bientôt, il y aura des volumes à valoriser.
« Attention, un jour ça risque de coincer !», alerte même Joël Fauriel. Il redoute en effet les effets de cette progression de la production bio qui déjà dépasse l’augmentation de la consommation.
Instruits par les difficultés rencontrées par la filière des fruits conventionnels, les producteurs bio s’inquiètent du déséquilibre de la sacro-sainte règle de l’offre et de la demande. Et redoutent de voir s’abattre sur eux son cortège de catastrophes économiques…


