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Pérenniser les approvisionnements en déchets
Énergies renouvelables
Jura agricole et rural
Publié le:  02 décembre 2011
Page 19 

Le Gaec haut-savoyard Les Châtelets situé à Gruffy (Haute-Savoie) a été la première en Rhône-Alpes à s’être dotée d’une unité de méthanisation, qui fonctionne depuis l’automne 2009. Retour sur expérience avec Marcel Domenge, particulièrement sur la question de l’apport des déchets alimentaires extérieurs nécessaires au fonctionnement de ce méthaniseur.

Comment fonctionne votre unité de méthanisation ?

Marcel Domenge : Le méthaniseur de notre ferme fonctionne en étant alimenté par un ensemble de matières issues directement de notre exploitation : 2 600 tonnes de fumier, lisier, eaux vertes et blanches par an auxquelles il faut ajouter 2 000 tonnes de déchets qui viennent de l’extérieur.

Ce sont des pâtes alimentaires, des drèches de pommes, des graisses de restaurant et ce qu’on appelle des déchets de table qui sont récupérés auprès des cantines aux alentours.

Le méthane produit est brûlé selon le principe de la cogénération, qui permet, d’une part, une production électrique de 104 kW – l’électricité produite est renvoyée en totalité sur le réseau EDF – et d’autre part une production thermique de 113 kW puisque notre installation comprend aussi 950 mètres de réseau amenant de l’eau chaude à 80°C jusqu’à 7 maisons du hameau où nous nous situons afin de les chauffer. 

Avez-vous rencontré des difficultés dans l’organisation de la collecte des déchets extérieurs ?

M.D. : Oui, effectivement. Il a d’abord fallu trouver une entreprise pour collecter les déchets de restaurants collectifs. Il faut donc organiser une collecte avec un camion et trier les déchets avant de les mettre dans le méthaniseur.

En effet, dans les déchets de table, on retrouve du plastique, des pots de yaourts ou des couverts.

C'est l'entreprise Tri Vallées qui effectue ces différentes opérations. Parallèlement, nous sommes allés à la rencontre des établissements qui produisent pour les sensibiliser à ce problème. Avec les collèges notamment, nous organisons aussi des visites pédagogiques de notre unité de méthanisation afin que les jeunes comprennent bien comment ça fonctionne et qu’à leur niveau, au self, ils trient correctement les déchets.

Cependant, le problème majeur se situe davantage au niveau de la pérennisation de ces approvisionnements extérieurs. On ne parvient pas vraiment à faire signer des contrats aux entreprises : les plus longs sont de deux voire trois ans. Cela reste donc assez fragile. Or ces déchets extérieurs sont une ressource importante qui augmente le rendement au niveau du méthane : un fumier pailleux permet de produire 70 m³ de biogaz par tonne de matière sèche, un lisier 28 m³ mais des pâtes alimentaires donnent 300 m³. »

On peut donc parler d’une pérennité relative ?

M.D. : Avec le Grenelle 2 de l’environnement qui va entrer en application au 1er janvier 2012, tous les producteurs de déchets vont passer à la taxe incitative, c’est-à-dire qu’ils vont payer en fonction des déchets qu’ils produiront. Avec les collectivités, nous parviendrons à signer des contrats mais les entreprises privées n’y seront pas forcément disposées.

Aujourd’hui, les entreprises qui produisent ces déchets se rendent compte qu’ils commencent à prendre un peu de valeur. Aujourd’hui, elles se disent qu’elles nous paient pour la redevance déchet, de 30 à 35 € la tonne, et le transport. Mais si demain un entrepreneur un peu farfelu décide de créer sa propre unité de méthanisation, de casser le marché ? Il y a quand même ce risque que la concurrence s’installe.

C’est pour cela qu’au niveau de la région Rhône-Alpes, avec Rhônalpénergie Environnement, nous sensibilisons les porteurs de projets de méthanisation à cet aspect d'approvisionnement en déchets.

Mener à bien un projet d’unité de méthanisation et le conduire ensuite au quotidien ne peut se faire sans une forte implication…

M.D. : Exactement. Au Gaec, notre objectif était d’installer un jeune, cela a été fait, et nous avons pu diversifier nos revenus. Mais il ne faut pas le nier : une unité de méthanisation, c’est beaucoup de surveillance et de travail, dont un peu de commercial puisqu’il va falloir aller démarcher ces entreprises qui produisent des déchets.

On peut dire que c’est un autre métier. Il faut passer du temps dans ces visites. De toute façon, elles sont très importantes pour pérenniser l’installation. 




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