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Pis alors ? Des pis en or !
Publications
Jura agricole et rural
Publié le:  16 décembre 2011
Page 8 

Gérard Benoit à la Guillaume vient de publier aux éditions Castor et Pollux une compilation de ses photographies. L’ouvrage « Je pense, je rumine… Pis alors ? » est agrémenté de textes d’Yves Paccalet, un philosophe. Un beau cadeau de Noël.

Ce n'est pas n'importe quelle maison d'édition qui aurait pu mettre en valeur de telle manière la qualité des prises de vues du photographe et toute la verve enchanteresse de l'écrivain au service de la vache, de toutes les vaches.

Naturellement, c'est la maison Castor et Pollux, basée en Haute-Marne, spécialisée entre autres dans les bovins, qui s'en est chargée en ajoutant à son vaste catalogue Je pense, je rumine... Pis alors ? Dont le sous-titre est La civilisation de la vache.

Enfin, les fameux clichés de Gérard Benoit à la Guillaume ont trouvé un écrin à la hauteur de la qualité des prises de vues, photographies dont certaines ont fait l'objet d'édition en cartes postales, d'expositions où qui illustrent le site personnel de l'artiste*.

Et tout ceci est mis en lumière par les textes d'Yves Paccalet. Restons d'abord vers notre Jurassien. « D'aucuns diront que je suis amoureux de l'animal ; non, je lui concède simplement un peu d'affection, de la reconnaissance et de l'empathie », avoue-til dans sa postface.

De sa jeunesse, il reconnaît quelques aventures téméraires mais ce n'est pas de là que lui vient ce choix artistique. « Aujourd'hui, il me semble que c'est davantage mon intérêt pour le milieu rural, l'aménagement des territoires, le rapport entre les espaces libres et urbanisés qui m'ont fait aimer ce ruminant. »

Et de quelle façon ! Une belle vache et ses cornes vous invite par un regard mutin à se repaître de son territoire et partir à la rencontre de ses consoeurs. D'ailleurs, dès l'ouverture de l'ouvrage, l'invitation est confirmée. Une quinzaine de paires de bottes sont à disposition, il n'y a plus qu'à les chausser.

Mais avant de s'évader, il convient de bien lire l'avertissement initial : « Ce livre raconte la vache et l'homme. En images et en mots. En photos et en phrases. C'est un ouvrage à la fois ambitieux et modeste. Il tente de combiner le reportage et la science, le trait d'humour et le poème. » Laissonsnous donc bercer par cet univers : reine de combat en Val d'Hérens, cloches de vaches, concours de brune, comice du haut Doubs...

Voilà pour donner le ton. La vache, donc, ne sera pas que la montbéliarde. Car Gérard Benoît à la Guillaume a porté son appareil par monts et par vaux, bien au-delà du massif du Jura. Des vaches, oui. Mais aussi des Hommes : éleveurs, enfants, adolespartagent l'amour de leur vache avec le lecteur. Outre les concours et les divers préparatifs, l'accent est aussi mis sur les parures des vaches — fleurs, et clochettes — ou encore par des scènes cocasses comme une course de récréation, des paysages montagneux et magnifiques aux couleurs de l'automne ou sous les premières neiges de l'hiver. De plus, de nombreuses images insolites agrémentent Je pense, je rumine...

Pis alors ? Mais aussi fromages, bouilles, bouses, piqûre, insémination, abattoir complètent toutes les facettes de la vie d'une vache. Belles écritures Certes, il y a les images. Mais aussi les textes d'Yves Paccalet. Mais que vient donc faire dans ce monde de ruminant un philosophe, écrivain, poète, scénariste... ? « J'ai passé mon enfance dans la montagne de Savoie et gardé les vaches de mon grand-père. » Il a aussi conduit les vaches en transhumance. « J'ai aussi appris à traire et à faire le fromage. »

Chez lui mais aussi de par le monde ; jusqu’au Tibet. Malgré « les écoles », il a gardé une amitié indéfectible avec la gent meuglante et lactante. Voilà un extrait parmi tant d'autres de sa prose : « La vache menace l'humanité, disent-ils. Non pas la vache mâle, dans l'arène, qui encorne à l'occasion les génitoires avantageuses d'un hystérique cambré derrière son chiffon rouge. Mais la vache de tous les jours. Celle qui fait meuh, le cantal... celle qui rit... L'effet de serre, les désastres climatiques ? La faute aux vaches qui pètent et qui rotent ! Je respire l'odeur du temps, allongée dans la bruyère. Mes soeurs ruminent et lâchent quelques parfums organiques. On ne me fera pas croire à ce péril-là. Les émissions gazeuses de la tarine ne feront pas fondre les glaciers des Alpes. Ni avancer les déserts. »

Un beau plaidoyer parmi de nombreux autres pour lesquels il n'y avait que l'embarras de choix. Fin de cette promenade bovine. Il ne reste plus qu'à ranger sa paire de bottes.




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