De plus en plus d'exploitations en société sont à la recherche d'un nouvel associé. En face, le nombre de candidats à l'installation sociétaire ne suit pas, notamment dans la filièr e de production laitière par manque d'informations.
L'installation d'agriculteurs s'est stabilisé en 2010 au niveau national après une forte chute en 2009. Une bonne nouvelle pour l'agriculture française.
Cependant, dans de nombreux départements, les exploitations en société ont parfois des difficultés à trouver des nouveaux associés pour compenser le départ d'un ancien. C'est un enjeu fort pour l'agriculture surtout dans la filière bovins lait. Sur 2009 - 2010 dans la région Rhône-Alpes, plus d’un tiers des installations ont été faites en Gaec. Parmi celles-ci, 65 % sont en production bovins lait.
Dans la filière lait, les Gaec peinent à trouver de nouveaux associés alors même que la majorité des installations ont lieu en Gaec. Ainsi, dans le Rhône, le répertoire départ installation comporte 29 annonces de recherche d'associés dont 17 en lait. En face, neuf candidats à l'installation sont en recherche d'un Gaec mais aucun en bovins lait.
Même déséquilibre en Haute-Savoie. Quinze exploitations sont en recherche d'associés en sachant que d'autres ne s'inscrivent pas car ils savent qu'il y a très peu de candidats. En face, il n'y a que cinq candidats à l'installation en association. On constate ainsi que l’écart se creuse entre le nombre d’exploitations à la recherche d’un nouvel associé et le nombre de candidats à l’installation sociétaire.
Départ d'un associé « D’un côté, les sociétés agricoles existantes (Gaec, EARL...) sont de plus en plus nombreuses à s’inscrire au répertoire départ installation (RDI) pour rechercher un nouvel associé, explique Bernard Thuillier en charge de l'installation à la chambre d'agriculture de Rhône-Alpes. De l'autre, le nombre de candidats à l'installation en Gaec ne suit pas. »
La recherche d'un nouvel associé peut avoir différentes motivations : remplacement d’un associé quittant la société, le plus souvent en lien avec son départ à la retraite, ou par la création ou le développement d’un nouvel atelier au sein de la société. Pour d'autres agriculteurs, l’inscription au RDI est motivée par l'envie de ne plus vouloir travailler seuls sur l’exploitation. En s'associant, les agriculteurs recherchent une amélioration de leur organisation du travail et de leur qualité de vie.
En face, les candidats ayant un projet d’installation s’orientent plutôt vers des reprises ou des créations individuelles ou en couple. « Pour expliquer ce choix, ils évoquent souvent une envie de réaliser leur propre projet et une crainte de l’association à un autre agriculteur, » souligne Bernard Thuillier.
Surtout, les candidats ont du mal à concevoir la réalisation de leur projet d’installation au sein d’une société existante, se demandant comment trouver leur place et mener leur projet en s’associant. Les formes sociétaires sont aussi mal connues par les jeunes diplômés.
Tout au long de leurs études, aucun outil ne leur est donné pour appréhender l'installation en société dans une exploitation déjà existante. Les associés sont des chefs d'entreprise Ces craintes vis-à-vis des Gaec sont légitimes.
Il n’en reste pas moins que l’installation sociétaire offre de belles opportunités économiques et permet à des projets de bénéficier d'atouts non négligeables, voire décisifs dans certaines situations. Les associés de Gaec sont de véritables chefs d'entreprise, partagent les responsabilités et les décisions concernant la société.
Beaucoup d'entrepreneurs individuels soulignent la difficulté d'être seul, de ne pouvoir discuter de leur difficulté. A l'inverse, l'association permet de prendre du recul, d'avoir un vis-à-vis avec qui échanger des idées, discuter, surmonter certaines difficultés.
« S’installer en intégrant un Gaec permet aussi de partager le travail et de mieux maîtriser la gestion du temps et des astreintes, poursuit Bernard Thuillier. Dans les Gaec laitiers, l'association permet de se libérer des weekends pour la vie familiale, de prendre du temps pour se former.C'est aussi disposer de temps personnel pour les loisirs, la vie sociale et civique… »
C'est aussi se donner la possibilité de réaliser un projet précis. De nombreux Gaec sont à la recherche d'associés pour créer une nouvelle activité, développer de nouveaux circuits de commercialisation ou de nouveaux modes de production sur l'exploitation existante. Le nouvel associé bénéficie alors d'une socle de développement sûr de la société existante ce qui réduit les risques de la création individuelle.
Un investissement moins lourd Sur le plan financier, les associés en Gaec diminuent fortement le montant de l'investissement initial par rapport à une installation seule. Les sommes à investir au départ pour la reprise ou l'installation sont souvent un frein pour les jeunes agriculteurs. Ces contraintes financières sont moins fortes lors d'une installation en forme sociétaire déjà existante.
Ainsi, à revenu égal, l’investissement est souvent moindre pour un associé qu'un jeune installé individuel. L'écart peut atteindre près de 50 % entre les deux projets. Le financement et son cautionnement sont alors plus faciles à réaliser, notamment au moment où les banques sont très sélectives sur les financements qu'elles accordent, eu égard au contexte économique et financier actuel.
Dans une association, la charge de la dette pèse alors moins lourdement sur les résultats de l'exploitation ce qui permet de dégager un revenu plus conséquent.


