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Charte des bonnes pratiques d’élevage, qualification des élevages, agriculture raisonnée : des démarches volontaires pour regagner la confiance des consommateurs ou une obligation pour accéder au marché ? Pour Christiane Lambert : “L’agriculture raisonnée est une façon loyale et moderne de protéger notre agriculture des importateurs” |
On connaît la charte des bonnes pratiques. Elle permet à l'éleveur d'améliorer lui-même ses pratiques quotidiennes dans les domaines de l'identification, du sanitaire, de l'alimentation, de l'environnement et du bien-être animal. Puis est venue la qualification des élevages qui, dans les mêmes domaines, reconnaît l'aptitude d'un éleveur à satisfaire aux exigences d'un cahier des charges et son engagement à l'appliquer. Autrement dit : avec la charte des bonnes pratiques, l'éleveur respecte la loi et s'en assure par un auto-contrôle. Avec la qualification, il doit en apporter la preuve et accepter d'être contrôlé par un tiers. Et voici que l'on monte d'un cran avec l'agriculture raisonnée qui dépasse tel ou tel produit pour prendre en compte toute l'exploitation. Elle ne résoudra pas tous nos problèmes mais, selon Christiane Lambert, présidente de Farre, elle veut montrer à des consommateurs devenus méfiants «que nos produits agricoles, certes plus chers que ceux d'importation, contiennent des garanties sanitaires, des pratiques respectueuses de l'environnement et du bien-être animal». Une analyse qui na pas convaincu pas tout le monde puisque certains, comme Jean-Paul Lafont, président de la FDSEA de l'Ardèche, y voient «une machine infernale contre les plus défavorisés». Alors, l'agriculture raisonnée est-elle une démarche volontaire pour regagner la confiance ou une obligation pour accéder au marché ? Est-elle un moyen d'assurer une meilleure qualité pour nos produits, ou au contraire de risquer leur banalisation et leur nivellement par le bas ? Profitera-t-elle aux petits exploitants et aux consommateurs ou plutôt aux grandes régions de production et à une grande distribution qui impose ses exigences ? Le débat est ouvert et nous voulons y contribuer.
Christiane Lambert préside FARRE et travaille depuis plusieurs années à la définition de l’agriculture raisonnée. Cette agriculture qui permettrait de concilier économie et environnement.
- Pouvez-vous résumer l’origine de l’agriculture raisonnée et la définir ?
L’agriculture raisonnée est une initiative de la profession agricole qui, dans la logique du développement durable, a pris conscience, après avoir subi une série de graves crises alimentaires, qu’il fallait recréer un lien entre la production agricole, la sécurité alimentaire et le respect de l’environnement. D’autre part, la grande distribution n’a pas attendu les agriculteurs pour leur imposer des cahiers de charges et s’approprier l’agriculture raisonnée. C’est, pour elle, une opération de marketing très rentable qui crée des contraintes aux agriculteurs sans retour financier. L’agriculture raisonnée, telle que nous la voulons, permet aux agriculteurs de reprendre la main.
- On parle de qualification des élevages, de chartes de bonnes pratiques, de Fertimieux, d’Irrimieux… Comment l’agriculteur peut-il se retrouver dans ce fatras et quelle place occupent les signes de qualité dans cette nouvelle norme de production ?
L’agriculture raisonnée prend l’exploitation agricole dans sa globalité. Finalement, ça ressemble à une démarche ISO pour les entreprises. Les actions Phytomieux, Irrimieux, charte de bonnes pratiques… sont des éléments qui, mis bout à bout, constituent le principe de l’agriculture raisonnée. S’agissant des signes de qualité, l’agriculture raisonnée ne les concurrence pas puisqu’elle n’est pas elle même un signe de qualité. D’ailleurs, pour éviter toute confusion, nous ne voulons pas identifier l’agriculture raisonnée à un logo, mais à une mention.
Comme certains produits affichent «made in France», on pourrait avoir une indication «produit issu de l’agriculture raisonnée». Beaucoup de labels ou d’AOC s’intéressent à l’agriculture raisonnée car, elle permet de dépasser le produit pour prendre en compte toute l’exploitation.
- Les responsables de l’agribiologie disent que l’agriculture raisonnée c’est l’habillage habile d’une agriculture industrielle qui ne veut plus dire son nom. Vous partagez cette critique ?
L’agriculture biologique représente 2 % de la SAU. Notre objectif, c’est que 98 % des surfaces agricoles respectent mieux l’environnement et puissent l’affirmer. Je ne crois pas qu’il faille opposer l’agriculture biologique et l’agriculture conventionnelle raisonnée. Nous avons besoin des deux et parfois nos différences tiennent au vocabulaire. Personne ne peut nier qu’il existe aujourd’hui des produits biologiques industriels et, pour moi, ce n’est pas incompatible. Si l’agriculture bio s’interdit de râper les carottes sous prétexte qu’il s’agit d’une intervention industrielle, alors elle n’en vendra pas beaucoup !
- L’agriculture raisonnée suppose un étiquetage. Où en êtes-vous de ce dossier ?
Les consommateurs veulent savoir et les agriculteurs veulent faire savoir. Il existe entre nous une convergence d’intérêts.
Il nous faut maintenant convaincre l’industrie agroalimentaire de participer à ce travail de transparence. C’est pour elle une complication supplémentaire et surtout cette information représente un empêchement d’importer n’importe quoi sans le dire…Concrètement, les textes concernant l’étiquetage doivent être transmis à Bruxelles pour validation. Nous devrions disposer de l’avis européen à l’automne.
- Les agriculteurs français s’imposent des règles sévères de production alors que, dans le même temps, les produits importés qui ne sont pas contrôlés sont les plus consommés. Comment échapper à ce piège ?
Les produits agricoles importés arrivent certes à des prix bas, mais leurs conditions de production restent inconnues. Si nos produits agricoles nationaux sont plus chers, c’est qu’ils contiennent des garanties sanitaires, des pratiques respectueuses de l’environnement et du bien-être animal. Pour que le consommateur puisse choisir, il doit savoir. C’est tout l’enjeu de l’agriculture raisonnée qui permettra d’affirmer «les agriculteurs français travaillent bien». Cest une protection commerciale loyale et moderne qui nous permet de répondre concrètement à l’attente de la société et d’anticiper d’éventuelles crises alimentaires.
- Que répondez-vous à ceux qui pensent que la qualification des élevages ou celle des exploitations permettra l’accès aux marchés et risque de conduire à l’exclusion des petits agriculteurs polyculteurs et des agriculteurs âgés ?
Pour nous, le maximum d’agriculteurs doit pouvoir s’intégrer dans les recommandations de l’agriculture raisonnée et ce n’est ni une question d’âge, ni une question de production. Sans doute, les agriculteurs qui ont sur leur ferme plusieurs élevages auront-ils plus de difficultés et c’est vers eux que doivent se mobiliser les services du développement agricole pour les aider dans cette démarche.
- Et la valorisation des produits issus de l’agriculture raisonnée ?
L’agriculture raisonnée ne garantit pas de valorisation, mais nous demanderons à l’aval de s’engager aux côtés des producteurs car c’est un atout pour vendre mieux. La valorisation des produits ne se fera pas sans combattre et la FNSEA, dans sa bataille pour le prix, aura un rôle déterminant à jouer. L’agriculture raisonnée ne résoudra pas tous nos problèmes, mais elle permettra aux agriculteurs de regagner la confiance écornée des consommateurs. Et cette confiance, on le sait bien, elle n’a pas de prix…
Propos recueillis par Serge Berra


