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Christiane Lambert soulignait que près de 500 exploitations sont désormais qualifiées |
Aux 8e Rencontres de l’agriculture raisonnée, le 5 janvier à Paris, Christiane Lambert a dénoncé un climat «polémique et partisan» qui «règne autour de l’agriculture raisonnée». Elle s’en est pris notamment à la décision récente du tribunal administratif de Paris qui a retiré à l’association Farre l’agrément d’association de protection de l’environnement.
Ces 8e Rencontres de l’agriculture raisonnée, qui se sont déroulées dans le bâtiment de l’Unesco à Paris, ont été l’occasion pour Christiane Lambert, présidente de l’association Farre (Forum pour l’agriculture raisonnée), de répondre à plusieurs critiques, et notamment de s’exprimer sur le jugement du tribunal administratif de Paris qui a retiré à Farre l’agrément d’association de protection de l’environnement. Cette décision est motivée par le fait que l’objectif principal de Farre, exposé dans ses statuts, est de « promouvoir une agriculture compétitive et de mettre en valeur le monde agricole auprès du grand public ». « Ce jugement est réducteur, car, de fait, à travers une activité économique plus respectueuse de l’environnement, nous agissons sur l’environnement », a déclaré Christiane Lambert à l’issue du colloque. « Il est aberrant de contester à une association le droit de s’intéresser à l’environnement sous prétexte qu’elle comprend des acteurs économiques et de ne réserver ce droit qu’à ceux qui ne produisent pas », a-t-elle ajouté. Le risque, pour elle, est de ne laisser la place qu’aux «vieux clichés écolos ».
Farre fera appel au Conseil d’État et Luc Guyau, président de l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture (APCA), a déclaré qu’il se joint à cette action.
L’agriculture raisonnée sous le feu des critiques
L’agriculture raisonnée est sous le feu des critiques. Outre l’action en justice gagnée en première instance par trois associations écologistes contre Farre, un chercheur de l’Inra a contesté, fin 2004, la validité juridique de l’agriculture raisonnée au motif qu’elle ne fait que reprendre la réglementation.
La position de l’agriculture raisonnée n’est pas facile actuellement. Le soutien des industries phytosanitaires et pétrolières à Farre dissuaderait, selon certains observateurs, nombre d'agriculteurs d’y adhérer. Autre écueil, l’écoconditionnalité décidée par Bruxelles se télescope avec l’agriculture raisonnée. Enfin, on ne peut pas dire que le dossier de l’agriculture raisonnée soit poussé par les organisations professionnelles agricoles, aux prises avec d’autres problèmes, dont la réforme de la Pac. En outre, selon la présidente de Farre, les agriculteurs « hésitent à se lancer dans la qualification car ils ne comprennent pas pourquoi le Gouvernement ne donne aucun signe positif vis-à-vis d’une démarche qu’il a encouragée de ses vœux ». Quant au ministre de l’Agriculture, s’il a honoré la rencontre de sa présence, ce qui a été ressenti par les membres de Farre comme une reconnaissance, il s’est borné à annoncer qu’il financera un millier de pannonceaux à l’entrée des exploitations qualifiées.
Ce n’est pas tout : les performances économiques des exploitations adhérant à l’agriculture raisonnée ne sont pas meilleures que les autres. Pire encore : la grande distribution, qui ces dernières années a orienté les producteurs vers la recherche de la qualité, des terroirs et de l’environnement, met aujourd’hui l’accent sur le premier prix. Et, pour Christiane Lambert, il ne faut pas laisser croire aux agriculteurs qu’ils pourront augmenter leurs prix sous prétexte que l’appellation « agriculture raisonnée » est apposée sur leurs produits : « Ne soyons pas naïfs ».
Leviers d’action : le développement rural et la défiscalisation
Face à cette conjoncture, la présidente de Farre ne désarme pas : « Un arbre qui tombe fait plus de bruit que mille arbres qui poussent ». En clair, continuons à bien faire. Elle a répondu point par point aux critiques, dont par exemple celle du chercheur de l’Inra : sur les 98 exigences de l’agriculture raisonnée, 55 vont au-delà de la réglementation. Malgré l’adversité et les facteurs d’inertie inhérents au dispositif, elle estime que la voie suivie est la bonne.
De nombreux chantiers sont en cours. Le plus important est celui de la fiscalité. Farre demande une « fiscalité positive » : que les agriculteurs qui justifient de bonnes pratiques environnementales puissent récupérer une partie de la TGAP (Taxe générale sur les activités polluantes). Sa présidente s’est ainsi adressée au ministre : « Si oui, ne pensez-vous pas qu’une déduction de 80 % puisse être aujourd’hui avancée à votre collègue des Finances ? » Elle a insisté sur le levier qu’est la défiscalisation, un levier qui devrait être systématisé notamment dans le domaine des cultures énergétiques (dont les bio-carburants), à partir du moment où elles attestent de pratiques environnementales incontestables.


