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Les ascospores de Septoria tritici issues de la reproduction sexuée, qui se sont formés sur les résidus de récolte, sont véhiculées dans l’air dès l’automne. Les résistances peuvent donc elles aussi être dispersées par le vent. En Franche-Comté, la résistance aux strobilurines reste discrète, sauf ponctuellement. Le traitement préventif est déclenché par Presept |
Préconisations fongicides pour les blés d’hiver 2005 en plaine du Jura. Au final une dépense prévisionnelle qui peut varier du simple au triple selon les parcelles.
Le 13 mai 2004, lors d’un tour de plaine sur le Finage, aucun des adhérents présents du GVA de Chemin-Dole n’avait encore traité ses blés contre la septoriose. Seuls les traitements contre le piétin-verse avait été réalisés dans les situations à risques. Tout le monde attendait le déclenchement de Presept pour intervenir. Ce dernier étant postérieur au 15 mai, on pouvait espérer la dépense fongicide 2004 faible à très faible. Espérer oui, mais ce fait ne semble pas s’être concrétisé pour tout le monde.
On a pu lire que le marché national fongicide est redevenu normal en 2004, c’est-à-dire du niveau de 2002, après une année 2003 en forte baisse. Et pourtant les ma-ladies sont restées discrètes dans une majorité de régions. La Franche-Comté ne semble pas avoir échappé à cette tendance nationale, alors que 2004 s’est révélée être une des années à plus faible pression maladies. Les résultats de la Draf-SRPV et de la Fredon indiquaient en 2004 :
• Une nuisibilité maladies de 5 à 10 qx/ha pour des variétés classiques, ce qui permettait une rentabilité uniquement pour des traitements uniques du type Opus ou Ogam 0,5l/ha.
• Une nuisibilité maladies de 0 à 5 qx/ha pour des variétés tolérantes (peu cultivées !) ce qui rendait quasiment impossible la rentabilité d’un traitement fongicide.
S’il est bien normal que tout le monde se rassemble derrière la nécessité d’une conduite raisonnée, il faudra bien un jour, mieux la définir et surtout mieux la quantifier, sous peine de ne plus être crédible. Peut-on parler de conduite raisonnée si avec le même véhicule et pour le même trajet, l’un consomme 50% de plus de carburant que l’autre ?
“Piétin-verse : rien de nouveau, le traitement si nécessaire est toujours aussi coûteux”
Cette maladie est restée à un niveau de nuisibilité modérée, de l’ordre de 3 à 4 qx/ha maximum dans des expérimentations où le risque était élevé. Dans ces conditions, la rentabilité du traitement n’est pas toujours assurée. Surtout quand le Cyprodinil (le plus cher) est préféré au Prochloraze (le moins cher). Hélas ! pas de changement pour 2005, puisque le pourcentage de souches à croissance rapide résistantes au Prochloraze et Triazole (1c) est stable dans le Jura en 2004. Il atteint ou dépasse les 60% pour la deuxième année consécutive. En conséquence, réservez une protection uniquement dans les situations qui le justifient. C’est-à-dire lorsque la note globale de la grille d’évaluation agronomique du risque piétin-verse proposée par la Draf-SRPV Bourgogne Franche-Comté atteint ou dépasse 10.
Une protection efficace pourra être envisagée qu’avec 600 g/ha de Cyprodinil s’il est utilisé seul. En cas d’association avec une Triazole, sa quantité peut être ramenée à 450 g/ha . Attention, depuis une dizaine d’années ce type d’association ne s’est justifié qu’en 2001. Il est donc peu recommandé de prévoir ce type d’association dans sa commande morte-saison, surtout si c’est un seul produit commercial (aucune possibilité de traiter uniquement le piétin-verse).
Cas particulier : si la variété cultivée présente une note Geves de résistance au piétin-verse supérieure ou égale à 5 (Draf-SRPV) ou 6 (Arvalis), le traitement est régulièrement non rentable. L’impasse chimique est envisageable. Hélas ! peu de variétés de ce type sont cultivées : Semafor, Mercury, Mitchel, Allister…
“Septorioses : cela reste toujours le traitement le plus rentable mais plutôt moins de strobilurine et plus de triazole”
Il y a un an, nous attirions votre attention sur la présence de souches de septoria tritici résistantes aux strobilurines. En 2004, cette résistance a progressé sur l’ensemble du territoire et atteint des niveaux très élevés au nord de Paris. Si la septoriose est restée sous contrôle et qu’il n’y a pas eu d’échec majeur, il ne faut pas oublier que la pression septoriose était tardive et modérée et que sa nuisibilité en essai était limitée.
Concernant la Franche-Comté, la résistance est plutôt discrète avec une très faible fréquence mais avec ponctuellement des niveaux préoccupants. En terme de produits, Ogam obtient des résultats inférieurs à ceux obtenus avec certaines références comme Opus ou Sphère.
Pour les préconisations 2005, peu de changement :
• Les traitements à base de strobilurine doivent être strictement préventifs (au déclenchement de Presept ou juste avant)
• Une seule application de strobilurine par campagne soit au
déclenchement de Presept.(Premier traitement si deux traitements envisagés)
• La strobilurine devra obligatoirement être associée à une triazole à “dose efficace”. L’équilibre strobilurine-triazole sera d’autant plus en faveur de la triazole que la résistance aux stobilurines est élevée. Pour maintenir le coût du traitement à un niveau raisonnable, la tendance devra être à plus de triazole, quitte à utiliser moins de strobilurine. Sachant que l’époxiconazole reste la valeur sûre car la plus efficace, on retiendra comme minimum les quantités de triazoles suivantes :
- époxiconazole = 50 g/ha, soit équivalent Opus 0,4 l/ha (Arvalis) ou 62,5 g/ha soit équivalent Opus 0,5l/ha (SRPV)
- autres Triazoles = 75% de la dose homologuée, soit pour le cyproconazole 75 g/ha, le metconazole 67,5 g/ha, le fluquinconazole 112,5 g/ha.
• Bien que moins efficace que les triazoles, le chlorothalonil présente un intérêt en raison de son mode d’action multi-sites. Cependant, l’application doit être préventive. Il doit être obligatoirement associé à une triazole plus une stobilurine.
Au final et selon la date de déclenchement de Presept, un ou deux traitements seront nécessaires contre la septoriose. Pour la commande morte saison, on peut retenir, un traitement unique pour un coût compris entre 30 et 50 _ par ha selon les situations (potentiel de rendement, sensibilité aux maladies ….)
“Fusariose : le traitement floraison est rarement rentabilisé si le précèdent est autre que maïs et sorgho”
Rien de bien nouveau, la rentabilité d’un traitement fusariose est toujours difficilement prévisible, pour ne pas dire aléatoire. Déterminez le risque fusariose sur épi pour chacune de ses parcelles constitue la première étape :
• Parcelles en labour ou non (TCS, semis-direct) et précédent autre que maïs et sorgho, le risque est faible à très faible.
• Parcelles en labour et précédent maïs et sorgho, le risque est moyen à élevé pour des variétés non tolérantes.
• Parcelles en TCS ou semis-direct et précédent maïs ou sorgho, le risque est élevé.
Ce risque sera d’autant plus grand si des pluies sont effectives à la floraison. À l’inverse, le risque diminuera voire sera nul en présence d’un temps sec. La décision de traiter ou non devra donc être prise à cette époque en fonction de la météo. Au cas où deux traitements seraient nécessaires contre la septoriose, on fera coïncider le deuxième avec le traitement fusariose en adaptant produits et doses.
Concernant les produits pas de changement non plus, Sunorg Pro, Horizon, et Soleil (ou produits équivalents) sont les plus efficaces et donc conseillés. À noter que le premier a une efficacité supérieure aux autres sur septoriose même si elle n’est pas au niveau de l’Opus. Ces triazoles doivent plutôt être utilisées seules.
L’association avec une strobilurine du type Amistar est plutôt
déconseillée. Au final une dépense prévisionnelle qui peut varier du simple au triple selon les parcelles ! Vous trouverez dans le tableau ci-dessous des propositions de commande fongicide morte saison. Le coût total morte saison ne doit pas dépasser 90 euros par ha pour une parcelle présentant tous les risques. En cas de mélange, vérifiez s’il est bien autorisé.
Patrick Chopard
Conseiller Grandes cultures - Chambre d’agriculture du Jura
VOIR TABLEAUX DANS NOTRE EDITION PAPIER.
L’impact des variétés
La sensibilité globale aux ma-ladies peut aussi être prise en compte. Des variétés peu sensibles comme Cezanne, Caphorn, Virtuose, Oratoria Sankara…, valoriseront moins de fongicide que des variétés sensibles comme Apache, Aubusson, Soissons, Charger, Isengrain… Un produit spécifique pourra être nécessaire pour les variétés sensibles à l’oïdium.
Pour les variétés très sensibles comme Aztec, Orvantis, Tremie, Royssac…, il faudra être très vigilant par rapport au déclenchement de Presept (surtout ne pas traiter après).
Quand on sait que le traitement piétin-verse et le traitement fusariose représentent chacun une dépense proche du traitement unique septoriose en cas d’année à faible pression, mais que leur rentabilité n’est pas toujours au rendez-vous, tout doit être mis en œuvre pour limiter leur recours.
Pour le piétin-verse, le choix d’une variété tolérante est la
seule solution actuelle pour les situations à risques (terres blanches…). Dommage qu’il y ait aussi peu d’élues.
Pour limiter les traitements fusarioses, là encore, il faut passer par l’utilisation de variétés tolérantes si on veut implanter des blés derrière maïs en labourant. En non labour, c’est une obligation compte tenu du risque qui, de toute façon, est toujours élevé. Ne plus faire de blé derrière maïs peut être une solution plus radicale.


