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“Notre CTE s’est arrêté un an avant la fin de l’engagement. Nous avons perdu une partie des aides mais notre esprit et nos techniques avaient évolué : nous étions prêts pour une reconversion en biologique”, explique Jean-Etienne Pignier |
Le contrat d’agriculture durable succède au contrat territorial d’exploitation. Mais il ne s’agit pas d’une succession dans laquelle le seul intitulé aurait changé. La mutation est plus profonde. Ainsi, l’environnement est encore renforcé et de nouvelles contraintes pour les agriculteurs sont signifiées. Pour signer un Cad, il faut un volet environnemental, et de manière facultative, un volet économique, sous réserve d’atteindre un certain revenu. Et tout cela doit se conjuguer dans une perspective d’agriculture durable. Certains y trouvent leur compte, d’autres moins. Par ailleurs, pour les agriculteurs ayant déjà beaucoup misé sur les CTE, se pose aujourd’hui la question de l’avenir. Qu’en sera-t-il de la prime herbagère agroenvironnementale ? Pourquoi, dans certains départements ne sera-t-il pas possible de signer un Cad après un CTE, alors que cela permettrait de conforter le projet engagé ? Dans les régions, les enveloppes sont là, mais seront-elles suffisantes pour soutenir tous les projets ? Bien des questions se posent encore...
Le Gaec Pignier exploite 15 hectares de vigne à Montaigu dans le Jura. La signature d’un CTE en 2000 correspondait bien à l’orientation agriculture raisonnée choisie par les trois associés. En 2004, l’exploitation s’engage dans un CAD de reconversion à l’agriculture biologique.
Le CTE correspondait bien à nôtre système d’exploitation. Nous avions déjà à l’esprit cet objectif d’agriculture raisonnée”, explique Jean-Etienne Pignier, vigneron installé en Gaec familial. Avec ses associés il gère un vignoble en vente directe. La signature d’un CTE en 2000 a permis de mettre en place plus rapidement cette culture raisonnée de la vigne. “Le CTE nous a permis de diminuer l’utilisation de désherbants, de nous lancer dans l’enherbement des parcelles, le tout accompagné de formations et de tours de vigne avec le Comité technique viticole”. L’exploitation a touché 16 000 euros par an pendant cinq ans pour respecter ces engagements concernant la vigne et les mesures environnementales (MAE). Le deuxième volet de ce contrat s’applique à l’investissement. Un investissement technique avec l’aménagement de parcelles après plantation et l’installation d’un bâtiment de stockage pour le vin. Un investissement commercial enfin avec la réfection du caveau. “Le CTE a été un sérieux coup de pouce : nous avons concrétisé notre travail et nous sommes même allé plus loin en réduisant presque complètement l’utilisation des désherbants”.
Un contrat de reconversion au bio
“Durant toute cette période, notre esprit a évolué et nos techniques aussi. Dès 2002 nous avons fait des essais en viticulture biologique”, souligne Jean-Etienne Pigniez. Les Cad, qui remplacent les CTE, répondent au même objectif. En 2004, les associés du Gaec signent un Cab, un Cad orienté vers la reconversion en agriculture biologique, avant même la fin de leur CTE. “On ne se serait pas engagés dans le bio si nous ne maîtrisions pas d’abord la technique. Indirectement le CTE nous a aidés”. Les investissements prévus avec le CTE et non réalisés ont été repris par le financement du Cad, dans la limite du plafond de 30 000 euros (2 parts PAC à 15 000 euros).
Les volets environnement et économique sont toujours présents, mais le contrat est beaucoup plus détaillé. Peuvent être précisés par exemple les travaux à réaliser, avec une liste de matériaux à employer et une échéance. Dans le cas du Gaec Pignier, le Cab se réfère au cahier des charges de l’agriculture biologique, contrôlé par deux organismes indépendants. Avec le Cad, Les associés ont reçu 46 500 euros d’aides au titre des MAE, composés exclusivement des primes à la conversion à l’agriculture biologique. Un diagnostic précis de l’exploitation a été réalisé pour monter le dossier. “Avec le CTE nous avions déjà fait une sorte d’audit de l’exploitation. Cela peut paraître contraignant et improductif mais c’est ce qui nous a permis d’évoluer. Vraiment je le conseille !”.
Environnement : des contraintes choisies
Les mesures sur l’environnement imposent plus de rigueur que les CTE. Avec le Cad, il faut reprendre le relevé parcellaire graphique pour faire le tour des parcelles. “Le Cad nécessite plus de suivi et d’enregistrement. Il faut pouvoir présenter le cahier de fertilisation, le suivi des parcelles mais rien d’irréalisable”, estime Jean-Etienne Pignier.
Le Cad va aider le Gaec à conforter son projet de reconversion à l’agriculture biologique. L’exploitation ne commencera à commercialiser des vins issus de la reconversion qu’à partir de 2007-2008. “L’aide du CAD nous permettra de combler un peu cette difficulté du moment”. Depuis 2004 les rendements ont aussi baissé pour arriver à 35 hectolitres par hectare, alors que la moyenne départementale est de 55 hectolitres. Mais le Cellier des Chartreux poursuit dans la voix qu’il a choisi et va même plus loin en utilisant la biodynamie, une méthode qui s’appuie notamment sur la vie du sol et le calendrier lunaire. “CTE environnement, CAD : cela va dans le bon sens pour l’image de l’agriculture, pense le vigneron de Montaigu.Mais il faut être motivé et avoir un objectif au départ. La dotation est là pour nous aider. Pour moi, le CTE et le Cad ne sont pas une aide au revenu, sinon se serait une erreur économique”.
Isabelle Pouget


