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Piéger les nitrates à l'automne
Cultures intermédiaires
Jura agricole et rural
Publié le:  16 décembre 2005
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Stéphane Aubert, de la chambre d’agriculture de Haute-Saône, a détaillé les intérêts des cultures intermédiaires

Minimiser les pertes d’azote, ainsi que l’érosion hivernale sont les deux principaux atouts des cultures intermédiaires. Mais certaines peuvent également améliorer la structure du sol ou encore fournir un complément fourrager appréciable.

Historiquement, les cultures intermédiaires pièges à nitrates (ou CIPAN en abrégé) ont d’abord concerné les zones définies comme vulnérables aux pollutions par les nitrates d’origine agricole. Ce fut le cas en Haute-Saône du Graylois, avec des sols sableux et graveleux, à faible capacité de rétention. Mais leur intérêt dépasse largement ces seules zones, selon Stéphane Aubert, technicien à la Chambre d’agriculture de Haute-Saône, qui intervenait le 2 décembre dernier sur la ferme du lycée agricole de Vesoul, où sont implantées une vingtaine d’hectares de CIPAN.

“Nous avons six ans d’expérience et d’essais dans le domaine des CIPAN. Tout le travail sur ces cultures consiste à jongler avec les différentes espèces pour trouver celles qui vont être intéressantes au niveau agronomique, répondre aux objectifs environnementaux et bien sûr ne pas être trop chères. Avec les mélanges, on arrive à des coûts de semence tout à fait abordables, de l’ordre de 30 euros à l’hectare”.

Un sol couvert s’enrichit

Dans la rotation, la culture intermédiaire prend place idéalement avant une culture de printemps, comme le maïs : c’est l’interculture longue. “Elle permet de minimiser les pertes d’azote, mais présente aussi de nombreux avantages agronomiques. Comme disait un ancien : un sol nu s’appauvrit, un sol couvert s’enrichit. Car la CIPAN joue un rôle de parapluie pour les micro-organismes du sol pendant l’hiver, et c’est bien l’activité microbienne qui enrichit les sols”, poursuit le technicien. “Dans tous les cas de figure, il ne faut lui apporter ni fertilisant, ni produits phytosanitaires, et une destruction chimique est à éviter. On préférera jouer sur le choix des espèces”. Le couvert protège le sol de l’action mécanique des précipitations de l’automne et de l’hiver. “Cela limite le phénomène de battance pour les sols qui y sont sensibles, ainsi que le ruissellement et l’érosion, grâce à une meilleure infiltration de l’eau. C’est donc le moyen de conserver les quelques centimètres hyper-fertiles de surface, tout en réduisant le risque de transfert des produits phytosanitaires vers les rivières et les eaux souterraines”, poursuit le technicien.

Au-delà de cette action de protection des sols, la culture intermédiaire va fixer l’azote présent dans le sol, aussi bien celui qui n’a pas été utilisé par le précédent que celui qui se libère par la minéralisation des résidus de culture et de la matière organique présente dans le sol. L’automne 2005, caractérisé par des températures très clémentes en septembre et octobre, a été propice à cette minéralisation, c’est-à-dire à la transformation de l’azote organique et humique en azote minéral. “Piéger 40 à 80 unités d’azote - des valeurs tout à fait réalistes - , à 40 centimes d’euros l’unité, c’est à prendre en compte aussi sur le plan économique. Quand le rendement du blé est inférieur aux prévisions, il faut penser culture intermédiaire : c’est un moyen de récupérer une bonne partie de la sur-fertilisation. Pour cela on dispose d’espèces à croissance rapide, comme la moutarde, qui peuvent fixer sans problème 100 à 110 unités par hectare”.

Comme le montre le tableau dans notre édition papier, partant d’une situation post-récolte à 95 unités d’azote, les espèces n’ont pas la même capacité à capter l’azote. Cet automne, le mélange avoine phacélie a été particulièrement performant, puisque le reliquat azoté mesuré le 17 novembre n’est plus que de 16 unités. Côté quantité de matière sèche, en revanche, c’est le mélange avoine, vesce et phacélie qui arrive en tête de l’essai, à 2,95 tonnes par hectare.

Bien choisir l’espèce

Le choix de l’espèce ou du mélange d’espèces à implanter, est le principal axe d’adaptation du concept de culture intermédiaire aux contraintes et aux besoins de l’exploitation. Comme on l’a vu plus haut, en cas de sous-réalisation du potentiel de rendement, on favorisera une espèce à croissance rapide, comme la moutarde. “Attention toutefois si on a prévu d’implanter ensuite un colza. Il vaut mieux éviter la moutarde et le radis navette qui favorisent l’hernie du choux, maladie en développement dans le département”.

De même, si on envisage ensuite une orge de printemps, il faudra prendre garde à ce que la culture intermédiaire n’entame pas trop les réserves hydriques du sol. Avant un maïs, en revanche, l’implantation d’un ray-grass peut être un choix judicieux. “Si la parcelle est à côté de l’exploitation - de polyculture élevage - elle peut fournir un fourrage bon marché et permettre de préserver la structure des pâtures, tout en fixant l’azote”. D’ailleurs, sur l’exploitation du lycée agricole de Vesoul, les bœufs pâturent la culture intermédiaire. “Un labour permet ensuite d’effacer les empreintes des animaux”, confie Guy Véjux, responsable de l’exploitation.

“ Pour résumer, complète Stéphane Aubert, tout dépend des objectifs : on peut faire le choix de réaliser un maximum de matière sèche, de fixer l’azote, y compris atmosphérique en utilisant les légumineuses, de limiter l’érosion en choisissant des espèces à fort système racinaire, d’améliorer la structure des sols sensibles aux tassements pour les travaux de printemps... ou encore de produire des unités d’azote à bon marché”.

L’implantation peut se faire selon différentes modalités : du semis direct après la récolte au semis à la volée pendant le déchaumage en passant par un semis en ligne après le déchaumage. “Attention aux surcoûts de mécanisation”, prévient tout de même le technicien. La phacélie, dont la semence est relativement coûteuse (50 euros/ha en pur), nécessite un recouvrement pour germer. “L’idéal, pour tirer les coûts de semence vers le bas, est de partir de semences de ferme. Pour la phacélie, c’est très possible. Une avoine reviendra autour de 12 euros/ha ».

En matière de destruction, plusieurs options sont possibles. “La méthode chimique, je n’en parle pas, car elle n’est pas compatible avec les objectifs poursuivis. Et d’ailleurs, on n’en a pas besoin avec les espèces gélives : l’arrivée du froid coïncide avec leur floraison, ce qui écarte le risque de montée à graine. On peut aussi utiliser des moyens mécaniques, mais là aussi, attention aux coûts ! Un passage de broyeur, c’est 38 euros/ha. »




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