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Du travail en commun… à l'assolement en commun
GVA de Chemin-Dole
Jura agricole et rural
Publié le:  10 février 2006
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À Tavaux, vendredi 3 février, les adhérents de GVA de Chemin Dole se sont retrouvés pour parler travail en commun et assolements partagés.

Dans la salle une trentaine de personnes écoutent attentivement le témoignage d’Hubert Rouget. « Pour travailler à plusieurs on doit trouver son cercle d’affinités au sein d’une Cuma, d’une banque d’entraide. On peut décider un assolement en commun. À chacun de voir jusqu’où il veut s’investir. »

Il y a encore une dizaine d’années, qui aurait imaginé consacrer une assemblée de GVA à ce sujet ! Face à la crise, chaque groupe veut apporter une pierre à la réflexion. Dans la plaine du Finage, les exploitations individuelles ont dû composer avec les problèmes de main d’œuvre. Il n’est pas rare que les chantiers de semis, de moissons ou de récoltes de betteraves se fassent à plusieurs, le plus souvent par le biais de la Cuma. Mais comment aller plus loin, tout en gardant son autonomie ? Les collaborations se resserrent, des affinités se créent et un jour, presque comme une évidence, la question se pose : « Et si on travaillait ensemble ? »

Hubert Rouget et Jean-Marie Guyon ont suivi cet itinéraire et se retrouvent maintenant chaque matin depuis 20 ans pour programmer leur journée de travail.

400 hectares travaillés en commun

Dans l’assemblée, les questions sont nombreuses et portent sur le matériel, le parcellaire, la fiscalité ou les échanges de parcelles. En aparté, des discussions se mêlent aux témoignages. « À Annoire on commence à travailler ensemble sur deux exploitations », explique Jacques Tissier.

À Champdotre en Côte-d’Or, à quelques enjambées du Jura, l’expérience se vit à quatre. Quatre exploitants qui travaillent ensemble sur 400 hectares, possèdent leur matériel ensemble en Cuma ou en copropriété, décident de

l’achat des intrants ensemble grâce à un GIE, et pratiquent l’assolement en commun pour 110 hectares de betteraves cultivés sur deux parcelles. « Cela facilite l’irrigation et l’arrachage. Avec une telle organisation les débits de chantier sont énormes. Le GIE d’achat nous permet d’avoir un impact plus grand auprès de nos fournisseurs qui sont à 50-50 coopérative et négoce »,

explique Dominique Leneuf. Les autres cultures ne nécessitent pas un assolement en commun car les exploitations sont assez bien structurées. « J’ai cinq îlots pour 120 hectares ». Les parcelles de céréales ont des itinéraires communs et les mêmes variétés. Tout est livré en même temps et redivisé au prorata des hectares.

L’ensemble du matériel a été acheté en Cuma, à quatre pour le pulvérisateur 28 mètres, la moissonneuse-batteuse 6 mètres, le combiné 4 mètres semoir à disques et herse rotative, le déchaumeur 6 mètres, les deux charrues 7 fers et 4 fers et avec d’autres exploitations pour un vibroculteur 6 mètres, un décompacteur, des rouleaux et deux bennes de 16 tonnes. Un tracteur de 185 CV a été acheté en copropriété et les exploitants se sont revendus des parts sur trois autres tracteurs, ce qui a permis de se débarrasser de trois tracteurs.

Gagnant-gagnant

C’est aussi le manque de main-d’œuvre disponible sur l’exploitation et le besoin de dégager du temps pour d’autres activités qui ont poussé les quatre agriculteurs de Champdotre à franchir le pas. Daniel Maréchal, 57 ans est par ailleurs maire du village, Samuel Maréchal, son fils de 31 ans, vice-président des JA de Côte-d’Or, Pascal Farcy 45 ans travaille maintenant à l’Inra et vient de remet-tre l’exploitation à son épouse et enfin Dominique Leneuf, 50 ans apprécie de pouvoir souffler un peu en famille.

Il y a seulement un an, les quatre agriculteurs participaient à une formation sur l’organisation du travail et les charges de mécanisation. Cet été ils vont récolter les premiers fruits de leur travail en commun. Même s’ils n’ont pas encore de recul au niveau économique, les agriculteurs ont remarqué que les rendements sont visiblement meilleurs (90 quintaux en moyenne en blé en 2005) et les intrants sont optimisés grâce à une meilleure observation des parcelles. Dominique Leneuf souligne un autre avantage important : « Nous avons gagné une certaine tranquillité d’esprit qui ne peut pas se chiffrer ». Partir en vacances, tomber malade ou subir un accident… Ils ont rencontré tous ces cas de figure et ont pu y faire face.

L’enregistrement des temps de travaux a permis de constater que sur un an « tout s’équilibre ». Même remarque chez Hubert Rouget : « ni perdant, ni gagnant… mais gagnant-gagnant ! ». Les difficultés existent : il faut accepter la contradiction, apprendre à travailler ensemble.

Pourquoi n’ont-ils pas voulu s’associer en Gaec ? La question leur a été posée.

Dans les deux cas présentés, la collaboration entre les exploitants s’appuie sur une structure légère et informelle : pas de règlement intérieur, chacun garde sa comptabilité même si l’on compare les chiffres, les décisions sont prises de manières collégiales mais en laissant à chacun sa responsabi-lité d’exploitant. Toutes ses raisons, ajoutées à des différences d’âge, de niveau d’endettement et d’investissements incitent les agriculteurs à persister dans un mode de fonctionnement adapté à leurs besoins.

Les activités du GVA

Le GVA Chemin Dole a un effectif stable de 46 adhérents. En 2005, le GVA a organisé 4 tours de plaine touchant plus de 70 agriculteurs. Une cinquantaine d’agriculteurs ont participé à la visite des essais. Deux opérations ont été particulièrement positives : la ferme ouverte les 10 et 11 juin chez François Mairet opération de communication réussie auprès de plus de 250 visiteurs et la journée travail du sol et TCS le 15 septembre à Chemin sur les parcelles du Gaec Bougaud.

Le mont du président du GVA

Didier Fontaine, président du GVA Chemin Dole, a insisté dans son rapport moral sur les « sommets de découragement » atteints par les agriculteurs face au contexte de l’année écoulée : mise en place d’une réforme compliquée synonyme aussi de baisse des revenus, une récolte moyenne et des prix des céréales toujours au plus bas, des cours des oléagineux qui chutent pendant que pétrole et engrais atteignent des sommets eux aussi…

Désabusés, découragés… Pour preuve la faible participation dans toutes les actions, quelles soient à l’initiative des organismes de collecte, des syndicats, des groupes. « Chacun campe sur ses positions, hésite à participer et à prendre des responsabilités professionnelles. En effet être responsable aujourd’hui ressemble fort à une mission à perpétuité… Je dirai simplement que prendre une responsabilité n’est pas synonyme que de contraintes mais aussi d’échange, d’ouverture, d’expérience, de convivialité. C’est d’ailleurs le sujet traité en assemblée générale des JA ce 8 février. »

Quant au GVA, les effectifs restent stables, les résultats corrects et les activités et les projets ne manquent pas. L’opération ferme ouverte fut un lieu d’échange qui répondait au désir des adhérents de mieux communiquer vers le reste de la société. Sujet qui devait aussi être abordé lors de l’assemblée générale de la FDGeda le 9 février à Montmorot.

L’organisation des équipes pluridisciplinaires de techniciens inquiète cependant les administrateurs du GVA. Ils l’ont redit devant Roland Berthelier et François Lavrut représentants la FDGeda et la Chambre d’agriculture. Pour Roland Berthelier, le GVA de Chemin fonctionne bien. « Preuve que même avec un nombre d’adhérents restreint, on peut être moteur pour l’agriculture ».

Quant à François Lavrut il encourage les actions qui permettent « de rester en phase avec la société » car toujours l’agriculture devra s’expliquer sur le bien fondé des aides qu’elle perçoit. « C’est aussi par les idées novatrices qui peuvent naître dans les GVA qu’on redonnera demain le moral aux agriculteurs ».




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