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La dimension collective des AOC fait débat
Au Grand-Bornand (Haute-Savoie)
Terre de chez nous
Publié le:  26 octobre 2006
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Le morbier : une des 14 AOC représentées à la FNAOC

La fédération nationale des AOC vient de tenir son assemblée générale. Avec les OGM et les moyens de maîtriser l’offre au menu.

C’est dans le berceau des AOC chevrotin et reblochon, au Grand-Bornand que vient de se tenir l’assemblée générale de la Fédération nationale des Appellations d’origines contrôlées. Avec dans ses rangs quelque 50 exploitations agricoles et 2 000 vaches abondances… la commune du Grand-Bornand est fière d’être l’initiatrice de Vach’Art cette exposition qui a fait les beaux jours de la capitale. Bernard Bosson, député-maire d’Annecy a donné le ton et le bon en rappelant toute l’importance qu’il accordait au nécessaire travail politique sur la sauvegarde des surfaces agricoles et la limitation de l’urbanisation.

La dimension collective dans la réussite des AOC

L’AG de la Fnaoc était donc accueillie cette année par deux AOC, le reblochon et le chevrotin. L’une et l’autre ont des parcours différents : le reblochon, AOC à grande antériorité, au lait de vache et à tonnage important. A contrario, le chevrotin, AOC récente, au lait de chèvre, exclusivement fermière et à modeste tonnage. Pourtant les professionnels de ces deux AOC ont les mêmes objectifs, s’appuient sur les mêmes valeurs, à commencer par un travail collectif. Mais ce collectif à quoi sert-il ? La demande de reconnaissance en AOC pour le chevrotin a été une démarche longue de quinze ans et a nécessité un collectif mobilisé. Cette mobilisation semble aujourd’hui être moins forte et la répercussion sur la rémunération des producteurs pas évidente. Toutefois, la poursuite du travail sur le chevrotin trouvera une réponse au travers du collectif, et notamment entre les fromages de Savoie pour mutualiser les moyens. De leur côté, les responsables de la filière reblochon fermier ont rappelé l’importance du collectif dans la construction de la filière reblochon. Ils souhaitent qu’à l’avenir leur rémunération soit essentiellement due à une rémunération juste de leur produit et moins dépendante des aides. Ils rappellent que le maintien des matériaux traditionnels ou du lait cru a été acquis grâce à des efforts collectifs de l’UPRF, du SIR (Syndicat interprofessionnel du reblochon) et de la Fnaoc.

Maîtriser l’offre

Pour sa part, Claude Vermot-Desroches, président du Comité interprofessionnel du gruyère de comté, est intervenu sur l’engagement collectif en cas de crise. Avec en 2004, un accroissement des stocks critique qui amenait la filière dans une impasse, une cotisation interprofessionnelle exceptionnelle payée par les fromageries pendant six mois (passant de 2,82 euros par meule à 5,34 euros par meule) a permis de réaliser deux campagnes télévisées supplémentaires et des dégagements de lait facultatifs ont été proposés. Cette réaction forte et collective a eu pour conséquence d’assainir les stocks et enrayer la baisse des cours du comté. Pour Claude Vermot-Desroches l’efficacité collective requiert deux conditions : un fort sentiment d’appartenance et un minimum de pouvoir réglementaire. Il ne fait de doute pour personne que la seule issue sur le sujet pour les AOC est d’obtenir les moyens juridiques d’une maîtrise de l’offre au niveau européen. Les autorités françaises ont quant à elles, bien compris, que la maîtrise de la production est un facteur de qualité. Ce cadre législatif tant attendu au niveau européen semble avoir été trouvé en Suisse.

Ailleurs

Dans le contexte de réorganisation des contrôles, l’exemple des filières AOC suisses est intéressant. Ainsi l’Organisme intercantonal de certification (OIC) créée par huit cantons suisses pour la certification de produits alimentaires : c’est un organisme neutre, indépendant et reconnu par le service d’accréditation suisse. Il supervise les contrôles d’un produit et garantit la conformité du produit au cahier des charges AOC et IGP sur trois niveaux : inspection des processus dans les entreprises, dégustation du produit et suivi de la traçabilité. Réflexion ô combien d’actualité et à l’ordre du jour au sein de l’AFTAlp (association des fromages traditionnels des Alpes savoyard).

L’AFTAlp regroupe les sept syndicats de produits AOC et IGP des deux Savoie. C’est un lieu de réflexion et une source de cohérence : communication, évolution des contrôles, technique et sanitaire sont des sujets variés sur lesquels les fromages savoyards ont des idées et des projets partagés. Comme les acteurs des filières reblochon et chevrotin, les responsables de l’association s’interrogent sur demain : l’individualisme prendrait-il le pas dans nos AOC-IGP ? Cela ne serait pas sans conséquence sur des filières fondées par le collectif. D’où l’importance de reconnaître les rôles et missions de chacun et notamment des syndicats de produit sur la définition des décrets, de la qualité… Pour Charles Perraud, paludier et ancien directeur de la coopérative des salines de Guérande, le collectif a permis de réhabiliter le métier de paludier qui tendait à disparaître jusque dans les années 70. En 1970, sous l’impulsion des habitants de Guérande, les producteurs se sont regroupés. Des formations ont été mises en place et une coopérative a été créée en 1988.

L’individualisme est sans doute ce que redoute le plus Charles Perraud. Car si de 1996 à 2005, période de croissance de la production, le prix moyen au producteur a augmenté de 31% sur la fleur de sel et de 97% sur le gros sel, grâce à l’organisation collective, la tentation individualiste des producteurs et des entreprises en temps de crise est grande. Et pourtant, les motivations qui poussent les producteurs à s’impliquer dans une démarche collective sont avant tout financières avant d’être stratégiques ou par convictions. C’est ce qu’a pu montrer Christine Monticelli, professeur à l’Isara Lyon, par l’intermédiaire d’une étude sur l’implication des producteurs dans les démarches collectives de qualité. Elle rappelle également que la construction collective de la qualité passe par l’existence d’un ou plusieurs leaders. Et qu’ensuite le groupe devra savoir estimer les risques et donc savoir en prendre, savoir s’investir et investir commercialement, savoir sanctionner y compris financièrement les déviances, savoir transmettre les informations stratégiques, aux membres du collectif d’agriculteurs et savoir évaluer la démarche en temps réel.

Aller de l’avant

C’est sur cette présentation des éléments clefs de la réussite collective des AOC qu’André Valadier, ancien président du CNPL, puis Jean-Charles Arnaud, son actuel président, ont conclu ces interventions. André Valadier a rappelé que le concept d’AOC va bien au-delà du décret. «Ce qui déclenche nombre de vocations repose sur des initiatives qui «parlent du décret» comme le paiement du lait à la qualité par exemple. Rentrer dans une Appellation d’origine contrôlée, c’est comme prendre sa licence dans un club de sport : on accepte d’abord de respecter les règles, mais ensuite il faut poursuivre et rester au haut niveau en respectant les règles et les arbitres. Autrement dit, c’est de se maintenir dans la durée qui est difficile, et pour cela le collectif a toute sa raison d’être». Jean-Charles Arnaud a, quant à lui, conseillé aux Appellations d’origine contrôlée, d’aller de l’avant. «Les inquiétudes des professionnels, des agents de l’Inao sur la mise en œuvre du nouveau dispositif d’agrément et de contrôle des AOC sont légitimes, mais il ne faut pas regarder le passé. Il faut s’investir dans l’avenir, il faut voir cette réforme (avec un contrôle interne et un contrôle externe) comme une chance pour crédibiliser les AOC et être plus performant.»




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