Le Jura Agricole et Rural
La mono-traite au cœur des réflexions
Élevage caprin
Jura agricole et rural
Publié le:  02 mars 2007
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La chèvre adulte s'adapte plus facilement à la monotraite que la vache laitière, mais avec d'importantes variations individuelles

La monotraite, comme solution technique pour la simplification du travail en élevage caprin, est à réfléchir au cas par cas. C'est ce qui ressort du sujet débattu au cours de l'assemblée générale du GIE Caprin, au Valdahon le 12 février dernier.

Présidée par Sandrine Curie de la ferme du Rotsy implantée à Lemuy dans le Jura, cette assemblée générale a d’abord fait le point de la situation caprine en Franche Comté. Le GIE a retrouvé un second souffle en 2006 avec l’implication de plus en plus forte de « nouveaux jeunes » au sein de son CA qui apportent idées et motivation dans les actions. Ce regain se traduit notamment par une plus forte participation aux différents évènements organisés par le Gie : formations techniques, concours des fromages à la Foire de Bletterans, étude de l’influence de la flore microbienne dans la typicité des fromages.

2007 sera une année importante pour le GIE avec toujours des formations, des études, la réactualisation éventuelle des références d’élevage mais surtout les 20 ans du GIE prévu en octobre autour d’une journée sur l’élevage caprin en Franche-Comté. Il s’agit de créer l’événement et de mobiliser autour cet élevage à cette occasion.

Avantages et inconvénients

Alors la mono-traite, intéressant ou pas? Sandrine Moreau, ancienne présidente du GIE a d’abord témoigné. « Ça change la vie, on l’impression d’avoir tout l’après midi pour soi. Rentrer à 19h maintenant c’est tard pour moi ». Avantages/inconvénients, il faut pouvoir peser le pour et le contre. Chez Sandrine, la mono-traite a fait baisser la production de lait. Il aurait fallu deux ou trois chèvres supplémentaires pour compenser la perte mais avec une vente en direct sur la ferme auberge, Sandrine ne s’est pas lancée dedans. Le temps de traite du matin est bien entendu plus long aussi. Le temps gagné à la traite n’est donc pas très important, c’est plutôt dans l’organisation de la journée et dans la contrainte que l’effet positif se fait sentir pour l’éleveur.

Alain Pommaret, de la station expérimentale du Pradel, a ensuite présenté les résultats de leurs expérimentations sur la mono-traite. Le contexte social et économique des exploitations conduit aujourd’hui les éleveurs à s’interroger sur la manière de réduire leur temps de travail. La traite représente 50% du travail d’astreinte en exploitation laitière (hors production du fromage). C’est donc quasi naturellement que l’alternative de la mono traite est étudiée.

La chèvre, un animal différent de la vache !

Le passage en mono-traite provoque une baisse de production de l’ordre de 15% à 20 % chez les chèvres adultes contre 30 à 40 % chez les vaches. La baisse est par contre plus importante chez les chevrettes en première lactation avec 25 % environ de baisse. Ces données sont des moyennes, il va de soi que chaque animal est plus ou moins affecté. L’éleveur aura alors la charge de sélectionner son renouvellement pour s’adapter à la mono-traite. Peut-être bizarrement, ce sont les chèvres les plus laitières qui s’adaptent le mieux et qui subissent le moins de pertes en lait.

Au niveau des résultats sur les taux protéiques et taux butyreux, l’influence est relativement faible. Le TP augmente légèrement (1 point en moyenne sur les essais réalisés) mais sans changement sur le rendement fromager. Ce phénomène s’explique par une augmentation des protéines solubles et non des caséines qui influent elles sur le rendement fromager. Le taux butyreux reste quant à lui stable en moyenne sur les expérimentations du Pradel.

Autre aspect intéressant, le passage en mono-traite en cours d’année. Après quelques mois de lactation, il peut être intéressant pour l’éleveur de passer en mono-traite ou de créer des séquences de mono-traite en cas de pointe de travail sur d’autres ateliers : foin, activités touristique… Le passage de deux traites à une traite conduit bien entendu rapidement à une baisse de la production laitière des chèvres. Au Pradel, ce passage s’est réalisé sans mammites mais ce n’est qu’un essai. De plus, avec un retour en deux traites même après un temps assez long en mono-traite, les chèvres retrouvent rapidement leur niveau de production.

Aspects alimentaires

Au niveau de l’alimentation, le Pradel a réalisé ses essais sans changement de l’apport de concentré aussi bien en quantités qu’en nombre de repas par jour (2 fois). Des essais complémentaires doivent être réalisés pour mesurer l’impact de changements alimentaires sur la couverture laitière. Sandrine Curie qui est passée avec ses parents en mono-traite en septembre a dû adapter sa ration à la baisse tout en continuant à apporter l’alimentation deux fois par jour. Les chèvres ne mangeaient pas tout leur concentré. « Le foin, pas de problème, mais sur le concentré il a fallu réduire ». A chacun de tester donc en attendant les expérimentations du Pradel.

Si on résume les aspects positifs et négatifs du passage en monotraite. Les pertes de lait entraînent fatalement une perte en revenus. Sandrine Curie va d’ailleurs garder un peu plus de chevrettes de renouvellement pour l’année prochaine afin d’assurer les livraisons sans souci sur les périodes creuses de production. Le temps de traite est aussi plus long, on estime que l’éleveur ne gagne que 25% de temps en cumulé sur la durée de la traite. Par contre, la contrainte et le temps de traite n’existe plus le soir. Le lavage du tank n’est réalisé qu’une fois par jour et toute la logistique à) mettre en place derrière la traite n’est plus réalisée le soir.

C’est un confort de vie indéniable et les deux Sandrine l’ont souligné, elles ne reviendraient pour rien au monde en arrière. Attention toutefois à bien réfléchir ce passage en monotraite et ses conséquences sur le plan technico économique pour l’élevage. Chacun peut s’inspirer des expériences en cours chez quelques éleveurs de la région et consulter les résultats du Pradel ou d’autres expérimentations.


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