A l’exception du Royaume-Uni engagé sur la voie du déclin, les différents modèles de production laitière des principaux pays de l’Union européenne parviennent à tirer leur épingle du jeu. Revue des forces et faiblesses des uns et des autres au Danemark, aux Pays-Bas, dans le Nord de l’Allemagne, en Angleterre et dans l’ouest et le nord de la France.
Sept cent cinquante-trois mille litres de lait par exploitation au Danemark, 638 000 litres au Royaume-Uni, 494 000 litres aux Pays-Bas, 258 000 litres en Allemagne, 232 000 litres en France, la structure des exploitations laitières est très variable dans les principaux pays producteurs de l’Union européenne. Pourtant, le modèle français n’apparaît pas menacé selon une étude menée par l’Institut de l’élevage et l’Inra « Productivité et rémunération du travail dans les exploitations laitières du nord de l’UE ». Il présente d’ailleurs un certain nombre d’atouts.
Avec un quota laitier de 4,45 millions de tonnes, le Danemark assure 3 % de la production laitière européenne à vingt-sept sur cinq mille neuf cents exploitations. A titre de comparaison, il produit autant de lait que la Bretagne où le nombre d’exploitations est trois fois plus important.
Dans ce pays, la restructuration est loin d’être terminée : les autorités danoises prévoient une réduction de moitié du nombre d’exploitations d’ici 2015 à trois mille unités. Le modèle prédominant d’un cheptel d’une quarantaine de vaches avec bâtiment entravé et recours au pâturage tend à disparaître. Il est remplacé par un modèle privilégiant des troupeaux plus conséquents de cent à cent vingt vaches, logés en stabulation libre et nourris en ration complète.
Aujourd’hui, ces investissements pèsent lourd sur les exploitations, selon l’Institut de l’élevage, mais ils pourraient avoir des effets très profitables à terme sur le revenu des éleveurs. En effet, ces investissements sont souvent surdimensionnés. Ce qui autorise des possibilités de croissance de la production, le jour où les quotas laitiers seront abandonnés, comme le souhaitent les Danois.
Les quotas laitiers en question
Les Pays-Bas comptaient, en 2005, vingt-trois mille cinq cents exploitations laitières sur une superficie de 41 ha pour un quota laitier de 10,7 millions de tonnes, soit 7 % de la production laitière européenne. De l’avis général, les exploitations laitières néerlandaises sont hautement productives et les éleveurs dégagent, en moyenne, un revenu satisfaisant, grâce, il est vrai, à des prix élevés du lait à la production. Comme au Danemark, des investissements importants ont été réalisés dans les exploitations laitières. Si ces investissements pèsent aujourd’hui sur les comptes d’exploitation, ils pourraient s’avérer très prometteurs dans la perspective d’une libéralisation de la production laitière pour laquelle militent aussi les Néerlandais. Seules ombres au tableau, la petite taille du pays, la densité de la population et la montée en puissance des contraintes environnementales qui pourraient brider les perspectives de croissance de la production laitière à l’échelle du pays.
Avec une production annuelle de 28,5 millions de tonnes, l’Allemagne est le premier pays européen producteur de lait. Dans le nord de l’Allemagne, les élevages présentent des caractéristiques situées à mi-chemin de celles des Pays-Bas et du Danemark d’une part et celle du nord de la France d’autre part : des cheptels et des systèmes fourragers intensifs, une main-d’œuvre essentiellement familiale, une assez bonne productivité du travail et un endettement limité des exploitations. Le prix du lait à la production y est plus faible qu’au Danemark et qu’aux Pays-Bas. Malgré cela, des opportunités de croissance de la production existent, comme en témoignent le développement d’élevages de grande taille et l’arrivée d’éleveurs migrants en provenance des Pays-Bas.
Spécificités françaises
Quant au Royaume-Uni, il s’inscrit sur la pente du déclin, malgré un revenu des éleveurs parmi les plus élevés des différents bassins de production de l’Union européenne. Ce pays dont le quota laitier s’élève à 14,5 millions de tonnes, soit 10 % de l’Union européenne, voit sa production reculer depuis 1995. Selon l’Institut de l’élevage, cet état de fait semble moins devoir aux stratégies de bas coûts de revient qu’à la vétusté des installations dédiées à la production laitière, le vieillissement des chefs d’exploitation et peut-être plus fondamentalement au désintérêt des Pouvoirs publics et de la société britannique pour leur agriculture.
Quant à la France, sous l’influence des réglementations liées aux quotas laitiers (gestion administrée, lien au foncier), les structures d’exploitation et les revenus sont beaucoup plus homogènes. Explications : la croissance des exploitations, souvent sous forme de Gaec, se traduit par des gains de productivité du travail beaucoup plus faibles qu’ailleurs, ce qui traduit un mode de production plus riche en emplois. Mais qui préserve par ailleurs une certaine qualité de vie.
Il n’en reste pas moins, selon l’Institut de l’élevage, que ce système de production présente d’autres caractéristiques favorables. Il est souvent économe en charges variables et le coût de certains facteurs de production, comme le foncier ou l’accès aux quotas, est bien moins élevé qu’ailleurs. Et si les charges fixes restent élevées, elles sont souvent la conséquence d’investissements importants en matière de modernisation et d’équipement d’élevages. Ce qui traduit une confiance en l’avenir. Charges souvent liées d’ailleurs à des mises aux normes environnementales qui placent la France en tête, notamment par rapport à certains pays comme le Royaume-Uni et l’Allemagne.
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