Depuis la sève de l’hévéa, les hommes ont su fabriquer des produits majeurs pour l’industrie. Les pneumatiques en sont un exemple.
C’est en se rendant au Pérou en 1736, lors d’une expédition organisée par l’Académie royale des sciences pour départager Newton et Cassini quant à la forme de la terre, que Charles-Marie de la Condamine découvre le latex, la résine blanche de l’hévéa. Bien avant lui, les indiens Maïpas utilisaient les vertus de cette résine et fabriquaient, entre autres, leurs bottes avec ce produit. Le scientifique envoie quelques échantillons de latex en France, ce qui suscite beaucoup d’intérêt. L’histoire du caoutchouc débute. A Glasgow, en Ecosse, Mac Intosh monte la première usine utilisant le caoutchouc pour faire des balles et des tissus imperméabilisés.
Mais c’est en inventant la vulcanisation, en 1831, que l’Américain Charles Goodyear donnera un essor gigantesque au caoutchouc. Mais le petit quincaillier du Connecticut se fera déposséder de son invention et c’est l’Anglais Thomas Hancock qui déposera le brevet en 1843.
La roue à air
En 1845, un Ecossais, William Thomson invente la roue à air. C’est une ceinture creuse réalisée à partir de plusieurs épaisseurs de toiles caoutchoutées, entourée de cuir et fixée par boulons sur une roue en bois. Cette roue à air est le premier pneu de l’histoire. La même année, Charles Goodyear dépose un brevet pour un pneu gonflé à l’air. En 1871, la firme Continental est créée. Mais ce n’est qu’en 1891 que sortiront des chaînes les premiers pneus. En Italie, en 1872, Giovan Battista Pirelli fonde aussi sa propre firme. Dès 1890, il fabriquera des pneus. En 1887, l’irlandais John Boyd Dunlop, vétérinaire de son état, invente la chambre à air sous le pneu, afin d’améliorer le confort de la bicyclette de son fils.
En 1889 est fondée la firme Michelin. Jules, puis Edouard, véritable fondateur de la marque, jetteront les bases d’un empire. La grande invention d’Edouard Michelin sera le pneu démontable « en un quart d’heure ». La crevaison, une vraie catastrophe alors, ne sera plus qu’un incident. La firme choisira un personnage, Bibendum et un slogan publicitaire que connaîtront vite tous les Français : « Michelin, le pneu boit l’obstacle ».
Le pneu évolue avec l’auto
Au début du XXe siècle, les fabricants d’automobiles se livrent une concurrence acharnée. Il faut séduire une clientèle hésitante et pour cela gagner des courses et des raids. Le pneumatique accompagne ce développement et les firmes innovent sans cesse. Les pneus deviendront « à talons extensibles », « antidérapants », « à sculptures transversales », « à semelle cloutée »… En 1917, Michelin propose le pneu à talon moderne et roue acier démontable. En 1923, ce sera le pneu basse pression Bibendum confort, qui sera aussi adapté sur les poids lourds. En 1946, ce sera le pneu à carcasse radiale puis, en 1948, le Michelin X, qui sera monté en série sur les Tractions avant Citroën. En 1952, les pneus Laurent s’intéresseront au rechapage industriel en moule. En 1954, Goodyear produira le Tubless. En 1959, Dunlop sort à son tour des pneus à carcasse radiale. En 1961 Kléber met en marché le V10 à arceau textile puis une carcasse radiale. En 1968, le pneu Michelin XWX permettra des vitesses de plus de 250 km/heure. Puis viendront les pneus à clous, les « grands pieds » d’Uniroyal, le pneu d’hiver contact chez Continental. En 1981 Kléber intégrera du Kevlar dans ses carcasses.
Le marché du pneumatique se sera aussi élargi. Aujourd’hui, les pneumatiques d'automobiles, consomment environ 65 % de la production mondiale de caoutchouc naturel et synthétique. D’autres pneus sont demandés par l’aviation, par l’agriculture, par les régies de métropolitain, les constructeurs de cycles et de motos. Pour chaque demande, les centres de recherche des firmes plancheront sur des produits très sophistiqués, alliant confort d’usage, sécurité et résistance dans le temps. Le caoutchouc naturel ou le caoutchouc de synthèse a encore un bel avenir devant lui.
Le caoutchouc en quelques dates1736 : les Européens observent en Amérique centrale et en Amérique du Sud, l’utilisation que font les populations indiennes du caoutchouc : balles, bottes, toiles enduites, bouteilles… Ce caoutchouc provient du latex issu de différentes plantes, dont l’hévéa et le guayule.
1736 - 1744 : première étude scientifique sur le caoutchouc menée par les Français en Equateur et en Guyane (La Condamine et Fresneau) ; le terme de caoutchouc vient de l’expression indienne caotchu, bois qui pleure.
1770 : fabrication des premières gommes à effacer en Grande-Bretagne (Priestley)
1819 : procédé de "mastication" pour plastifier le caoutchouc (Hancok)
1823 : dissolution du caoutchouc dans un solvant et d’imperméabilisation des tissus ; confection des premiers imperméables (Macintosh)
1834 : bandages de roues en caoutchouc compact (Charles Diez).
1851 : découverte du procédé de fabrication de l’ébonite (caoutchouc durci par excès de soufre).
1876 - 1877 : première transplantation de l’hevea brasiliensis en Asie à Ceylan
1888 : pneumatiques pour vélo (John B. Dunlop)
1892 : pneumatiques démontables pour vélo et auto (André et Edouard Michelin)
1909 : premier brevet pour la fabrication de caoutchouc synthétique en Allemagne (Fritz Hoffmann)
1914 - 1918 : fabrication de caoutchouc synthétique (dit Buna) à partir de diméthyl butadiène
1931 : commercialisation du polychloroprène (ou néoprène) aux USA
1940 : les caoutchoucs de silicone
1943 : caoutchouc butyl (chambres à air)
1952 : début de la véritable ère industrielle des caoutchoucs "synthétiques"
Pour en savoir plus sur l’histoire du caoutchouc :
www.ifoca.com/general/lecaout.htm
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