Le Jura Agricole et Rural
Le bassin «pilote», une opération exemplaire
Qualité sanitaire du maïs
Jura agricole et rural
Publié le:  16 mars 2007
Page 7 

Sur trois bassins de production, la plaine de l’Ain, la Bièvre et la plaine de Valence, les producteurs, appuyés par leurs organismes économiques, vont mettre en œuvre les recommandations d’Arvalis-Institut du végétal pour maîtriser la qualité sanitaire du maïs. Ainsi, sur des surfaces de maïs de 300 à 700 hectares suivant le bassin, la gestion des résidus de la culture précédente, la culture d’une variété adaptée, le traitement de la pyrale, et une récolte précoce seront assurés pour garantir une bonne qualité au maïs.

Cette opération exemplaire montre la volonté des producteurs et des opérateurs économiques de Rhône-Alpes de contrôler la qualité sanitaire du maïs.

Un travail d’enquête

Chaque année, de 2003 à 2006, les organismes stockeurs de Rhône-Alpes, Cérégrain, coopérative la Dauphinoise, Coopérative de céréales de la Drôme, Ets Bernard, Ets Cholat et Ets Payre, avec l’appui d’Arvalis, ont réalisé un suivi de cent cinquante parcelles. Sur ces parcelles, des prélèvements de grains ont été faits et les mycotoxines mesurées. La mise en parallèle des itinéraires techniques des parcelles et des niveaux de mycotoxines a permis d’identifier les facteurs agronomiques en cause. En dehors du climat plus ou moins favorable ou défavorable, quatre facteurs expliquent la production de mycotoxines au champ :

• la présence de pyrale sur les plantes et les épis ;

• la date de récolte tardive ;

• la sensibilité de la variété cultivée aux fusarium de l’épi ;

• la mauvaise gestion des résidus de récolte.

C’est donc un ensemble de facteurs qui expliquent la présence de mycotoxines au champ. Suivant le plus ou moins bon contrôle de chacun des quatre facteurs, on va se situer sur un certain risque de voir les mycotoxines dépasser le seuil autorisé.

Moins les facteurs sont contrôlés, plus il y a de risque d’être au-dessus des seuils. Seule la maîtrise de ces quatre facteurs de risque permettra d’améliorer la situation, comme le montre le graphique ci-dessus.

Prise de risque suivantle contrôle des facteurs :

Commentaire du graphique :

46 % des parcelles qui ont un itinéraire technique correspondant à celui de la classe E ont l’une ou l’autre des mycotoxines qui dépassent le seuil. Aucune des parcelles qui sont dans la classe A n’a un dépassement pour l’une ou l’autre des mycotoxines en jeu. Bien sûr, si l’année est défavorable sur le plan climatique, on ne pourra pas exclure la présence de quelques parcelles au-dessus des seuils dans la classe A. Mais, et 2006 l’a bien montré, on aura toujours une proportion de parcelles hors normes bien plus importante dans les classes B, C, D et E.

Ce graphique montre la voie à suivre si l’on ne veut pas prendre de risques vis-à-vis du problème mycotoxines : il faut des itinéraires techniques qui se situent dans la classe A. C’est-à-dire :

• traiter la pyrale dans les secteurs où elle est présente ;

• récolter avant le 15 octobre ;

• ne pas cultiver de variétés sensibles au fusarium graminearum et au fusarium moniliforme ;

• broyer correctement et incorporer soigneusement les résidus de la récolte de maïs précédente.

Les bassins « pilote »

La qualité sanitaire participe d’une responsabilité collective de tous les intervenants de la filière :

• distributeurs pour la mise en marché de variétés adaptées à l’offre climatique de la région concernée et pas trop sensibles aux fusarium de l’épi ;

• organismes stockeurs pour les incitations aux récoltes précoces ;

• agriculteurs pour la mise en œuvre des pratiques recommandées.

Et c’est à l’échelle d’un secteur géographique, d’un bassin de production que l’on doit agir. Les contaminations entre les parcelles, par les spores qui se transmettent d’une parcelle à l’autre au gré du vent, par les vols de pyrale, papillons qui se déplacent facilement, font qu’une lutte globale par bassin de production est nécessaire. Les enquêtes ont servi à identifier les facteurs agronomiques responsables d’une mauvaise qualité sanitaire. La mise en pratique de la maîtrise des facteurs agronomiques en cause doit se réaliser au niveau de bassins de production. La dynamique collective permettra alors d’éviter les recontaminations des parcelles bien gérées par celles moins bien contrôlées.

La plaine de l’Ain, la Bièvre et la plaine de Valence ont été choisies

comme bassins « pilote » pour faire la preuve sur une grande échelle de l’amélioration possible de la qualité sanitaire. Agriculteurs et technico-commerciaux des entreprises de collecte et de distribution ont été mobilisés et réunis fin janvier et fin février pour expliquer l’intérêt de la démarche. Un appui significatif des organismes économiques va permettre aux producteurs d’avancer dans la démarche.

Au final, la comparaison entre les secteurs ayant évolué dans les pratiques techniques et les zones périphériques de chaque bassin pilote confirmera l’utilité de la démarche.



La réglementation va instituer des seuils à ne pas franchir et applicables dès l’automne 2007 à la commercialisation des maïs à destination de l’alimentation humaine. Ces seuils sont actuellement fixés à 1 250 µg/kg – ou mg/T- pour le don, 200 µg/kg pour la zéaralénone et 2000 µg/kg pour les fumonisines B1+B2. Pour le maïs destiné à l’alimentation animale, il y a des recommandations quant aux quantités maximales pour les grains et pour l’aliment du bétail en fonction des types d’animaux et de leur âge.


Deux champignons, trois mycotoxines

Le maïs, et notamment les épis peuvent « héberger » deux fusarium, le

fusarium graminearum, celui des céréales à paille, et le fusarium moniliforme inféodé au maïs. F. graminearum est susceptible de produire deux mycotoxines, le don (déoxynivalénol) et la zéaralénone. F. moniliforme peut secréter les Fumonisines B1 et B2.

Ces deux champignons ne répondent pas aux mêmes conditions climatiques pour se développer, frais et humide pour le F. graminearum, chaud et sec pour le F. moniliforme. Ce ne sont pas non plus les mêmes facteurs agronomiques qui sont en cause dans l’expression des mycotoxines. La gestion des résidus de récolte et la sensibilité variétale sont dominantes pour don et zéa, alors que c’est la pyrale pour les fumonisines. Pour chacune de ces mycotoxines, les autres facteurs agronomiques jouent aussi un rôle mais à un degré moindre.

En Rhône-Alpes, les deux champignons sont présents et globalement plutôt une présence de don et de zéa au nord et de fumonisines au sud de la région.


Newsletter GRATUITE
Sondage

Face à l'augmentation du prix du pétrole, les agriculteurs ont-ils raison d'engager des mouvements syndicaux ?

  • Oui
  • Non
  • Ne sais pas

  • (C) Le Jura agricole et rural
    Partagez vos idées, écrivez-nous
    Webmaster