Le Jura Agricole et Rural
L'organisation, la clef du succès
Commerce et concurrence
Jura agricole et rural
Publié le:  07 avril 2007
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Xavier Beulin et Christiane Lambert : la défense des producteurs passe par leur organisation économique

Au Danemark, en Belgique, en Nouvelle-Zélande, l’organisation des producteurs, leur regroupement au sein des coopératives, leur a permis de faire le poids face à la grande distribution et à l’exportation.

Créée en 2004, Arla Foods est une grosse coopérative transnationale associant des agriculteurs néerlandais et danois dans le secteur laitier. Elle réalise aujourd’hui un chiffre d’affaires de 6,2 milliards d’euros. Elle a créé des filiales dans dix-neuf pays étrangers. Danish Crown, une autre coopérative danoise, est issue de la fusion de deux gros abattoirs en 1998 et réalise aujourd’hui un chiffre d’affaires de 6,5 millions d’euros. Elle a également pris le contrôle de sociétés à l’étranger. Qu’il s’agisse du lait ou de la viande, ces deux coopératives contrôlent 80 à 90 % de la production nationale. « Au Danemark, les coopératives danoises ont une fonction économique et non sociale. Nous veillons en permanence à nous adapter au marché et aux évolutions de la grande distribution », observe Klauss Bustrup, le directeur du Conseil de l’agriculture danoise qui regroupe sous un même toit les organisations syndicales et coopératives. Dans un pays où les deux tiers de la production sont exportés et où l’agriculture constitue un poids lourd de l’économie, il n’est pas question de produire et de commercialiser en ordre dispersé. En Belgique, Maarten de Moor, directeur d’un groupement d’organisations de producteurs de fruits et légumes qui regroupent cinq mille producteurs en Belgique et aux Pays-Bas partage le même sentiment : « nous devons faire face au pouvoir de la grande distribution », en étant capables de fournir de gros volumes observe-t-il. 10 % de la production du groupement de légumes est vendu à Lidl en Allemagne. En étant le seul interlocuteur des grandes surfaces, « nous évitons aussi la surenchère à la baisse vis-à-vis de la grande distribution ».

En Nouvelle-Zélande, l’agriculture aussi est vitale pour l’économie. Une grande partie des produits est exportée. Aux antipodes de la France, on se félicite aujourd’hui de la libéralisation de l’économie et de la suppression de toutes les subventions agricoles intervenue en 1984. « L’agriculture n’a pas souffert de la perte des subventions », observe Dawn Bennet de l’Office de la viande en Nouvelle-Zélande. Les agriculteurs se sont adaptés, ils ont réduit leurs coûts de production, réalisés des gains de productivité. « Si bien qu’aujourd’hui, la production de viande ovine a augmenté de 12 % en volume, malgré une réduction du cheptel de 31 % ». Mais ils n’ont pas renoncé pour autant à toute organisation. Les éleveurs financent l’Office de la viande. Certes, cet office qui avait autrefois le monopole des exportations, n’intervient plus sur les marchés. Mais il consacre l’essentiel de ses ressources à la recherche, au développement et à la promotion des produits néo-zélandais dans le monde. Une autre façon de prendre son destin en main.

L’organisation économique face au droit de la concurrence

« Permettre la libre circulation des produits sur le marché au profit du consommateur », voilà résumé, en quelque sorte, le principe du droit à la concurrence, cher à la Commission européenne, selon Marie-Christine Buche, directrice adjointe de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF). Au nom de ce droit, la FNSEA est condamnée pour entente illicite sur le marché de la viande bovine, source d’une « profonde amertume », a déclaré son président, Jean-Michel Lemétayer. « On est prêt à se battre sur le marché, mais pas en situation de distorsion de concurrence », a-t-il ajouté.

Jérôme Despey, président du conseil spécialisé vins de Viniflhor et viticulteur dans l’Hérault, estime même « si on continue de libéraliser le secteur vin, on va perdre le leadership de la viticulture européenne » et « comment maîtriser une production si chaque fois qu’on atteint l’équilibre, des choses qui viennent d’ailleurs déstabilisent ce que nous avons fait », explique un producteur de légumes. « À quand une Europe sanitaire, sociale, après une Europe monétaire ? », s’interroge de son côté Angélique Delahaye, présidente de la Fédération nationale des producteurs de légumes (FNPLégumes).

À Marseille, les agriculteurs ont tous demandé plus et mieux d’Europe.


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