Le Jura Agricole et Rural
Une clarification qui ne déplaît pas aux collecteurs
OGM
Jura agricole et rural
Publié le:  07 avril 2007
Page 15 

En légalisant formellement les OGM à travers des textes spécifiques, les décrets parus au Journal officiel du 20 mars doivent rassurer les producteurs. La hausse de la collecte dans les silos du Sud-Ouest se confirme. Restera pour les collecteurs à assurer la mise en musique. Des tensions pourraient apparaître rapidement avec l’aval de la filière.

La plus grande vertu de la publication des décrets transposant la directive européenne 2001/18 consisterait surtout à « rassurer les producteurs », comme le souligne Marc Reymond, à la Toulousaine des céréales. Oui, cultiver des OGM est légal, oui, des textes français l’établissent, noir sur blanc. Tout le monde se réjouit que seules des statistiques cantonales sur les surfaces soient diffusées au public. Le durcissement des règles de coexistence (séparation de 50 mètres et non plus de 25 mètres entre des parcelles de maïs conventionnel et OGM) n’effraie pas outre mesure : « C’est un acte de prudence, qui pourrait être reconsidéré par la suite », observe Jean-Claude Guillon, chez Limagrain.

Un numéro vert à l’AGPM

Mais concrètement, « ça ne va pas changer grand chose sur le terrain, constate Bernard Pupin, directeur adjoint de Vivadour. Les règles étaient déjà établies grâce à la charte de l’AGPM » où un service permanent de renseignements est ouvert. « Nous avons mis en place dès le 22 mars un numéro vert, un site internet dédié et un service mail », précise Luc Esprit, directeur de l’association.

Une technologie rentable en 2006

Vu le succès des 5 000 hectares de maïs BT cultivés en 2006, les surfaces vont augmenter en 2007. « L’année dernière, le rendement moyen d’un maïs OGM a dépassé de 11,5 q/ha le rendement moyen d’un maïs conventionnel, relate Luc Esprit. Or, la technologie BT coûte en moyenne 30 à 40 euros/ha de plus, ce que 3 quintaux supplémentaires de rendement à l’hectare permettent de rembourser, vu les cours actuels. Les maïsiculteurs qui ont tenté l’OGM en sont donc ressortis largement bénéficiaires ». Les surfaces pourraient bel et bien atteindre 30 000 hectares en 2007. L’enjeu portera également sur les mycotoxines : qui dit moins de sésamie et de pyrale dit moins de fumonisines… donc un meilleur respect de la réglementation européenne sur les mycotoxines, qui devient contraignante en maïs à partir du 1er juillet prochain.

Pas de surcoût pour l’instant

Vu les faibles volumes concernés, la séparation entre maïs BT et conventionnel n’a pas posé de problème aux organismes stockeurs (OS) en 2006. Même chez Coopéval, tout s’est bien passé, sans surcoût. « Tant que le maïs Bt ne constitue pas plus de 70 à 80 % de notre récolte, nous pouvons gérer », observe Jean Santerre, son directeur.

Au-delà, une organisation départementale pourrait se mettre en place. En 2006, la coop a donc acheté au même prix maïs BT et conventionnel. D’autant plus que ses acheteurs, essentiellement espagnols, ne sont pas gênés par le maïs OGM. Dans l’ensemble, les OS ne tiennent de toute façon pas à installer un différentiel de prix : le risque serait trop grand pour eux de récupérer du maïs OGM sous couvert de maïs conventionnel.

L’arrivée de cette nouvelle production laisse, en revanche, les acheteurs français perplexes. « Du fait du soja qui est surtout transgénique, 70 à 75 % de nos aliments sont étiquetés OGM, signale Valérie Bris du Snia (Syndicat national des industriels de la nutrition animale). Mais 25 % de nos clients demandent du non-étiquetable ».

Face à ces exigences, les fabricants craignent que les OS ne soient pas « suffisamment carrés » sur les produits vendus. Et ils redoutent la mise en place d’une prime pour le maïs conventionnel. « Nous payons un surcoût pour le soja non OGM parce qu’au niveau mondial, il est devenu rare, note Valérie Bris. Ce n’est pas le cas du maïs ».

Mais rien ne dit que les OS supporteront longtemps les charges liées à la mise en place de deux filières séparées. Les fabricants d’aliments du bétail ne sont pas les seuls à s’inquiéter. Les amidonniers risquent eux aussi d’être rapidement concernés par un éventuel surcoût. « Il va falloir qu’ils modifient leur cahier des charges et relèvent leur seuil de tolérance de 0,1 % à 0,9 %, le taux légal ».

La FNSEA prête à débattre

«La FNSEA a toujours revendiqué la liberté pour les producteurs de cultiver ou non des OGM », a souligné le syndicat majoritaire dans un communiqué publié le 20 mars. Toutefois, il reste également « très attaché à la préservation des filières non OGM et notamment des filières engagées dans des démarches de qualité ». La FNSEA se dit prête à participer au débat public, « avec la volonté de permettre à tous les paysans d’exercer librement leur métier » ajoutant que c’est « aux chercheurs de nous éclairer, aux politiques de décider, aux citoyens de choisir entre produits OGM et non OGM ».


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