Jean-Michel Serre, président de la Fédération nationale porcine, s’explique sur les grands dossiers qui préoccupent aujourd’hui la filière.
Le nouveau système de calcul des prix des carcasses semble poser beaucoup de problèmes aux producteurs de notre région. Est-ce réellement un problème de grille ou cela ne cache-t-il pas un problème plus profond d’organisation de la filière ?
« Ce dernier aspect, effectivement, ne ressort pas toujours de nos discussions. Une convention commerciale a été mise en place en Bretagne. Elle correspond à la production du grand Ouest, c’est-à-dire l’essentiel de la production française et cela peut poser des problèmes d’application dans des régions comme les vôtres, à faible densité d’élevage. Les outils d’abattage et de découpe ont du mal à rémunérer correctement les éleveurs pour qu’ils puissent produire ce type de porc. C’est un problème qu’il faut absolument régler en termes d’organisation de ces filières régionales parce qu’il y a un marché et qu’il est logique que les producteurs soient payés correctement pour un produit qu’on leur demande et qui, par nature, est différent de ce que l’on produit dans le grand Ouest. »
Mais n’y a-t-il pas un risque que l’application de ce fameux indice TMP (taux de muscle par pièce) décourage les éleveurs à faible densité et n’entraîne une disparition de la filière porcine ?
« J’espère que nous n’arriverons pas à la disparition de la filière, mais il peut y avoir une fragilisation des filières, et cela, c’est une réalité. Dans l’ensemble des régions à faible densité porcine nous avons des problèmes liés au fait que la grande distribution, qui représente la proportion énorme de 85 % de notre marché français, gère ses approvisionnements au niveau national. Dans les régions à faible densité, produire du cochon coûte plus cher pour parce que l’aliment est plus cher, parce que l’abattage est plus cher avec des outils de moindre taille et donc moins d’économie d’échelle, parce que les coûts de collectes sont plus chers... Et on n’arrive pas à lui faire payer ces surcoûts. Il faut donc des démarches pour identifier cette production régionale, ce que Rhône-Alpes tente de faire par exemple avec la rosette, pour gagner les centimes qui manquent ».
Mais cette cause n’est-elle pas perdue d’avance ?
« Non, cette cause n’est pas perdue d’avance parce que, à la différence de la production qui est très concentrée dans l’Ouest, les outils de transformation sont beaucoup mieux répartis sur le territoire. Il ne faut pas oublier que 20 % des entreprises de salaisonneries françaises sont en Rhône-Alpes. Il y a donc dans votre région une proximité des outils industriels, et cela lui donne de l’avenir pour sa production porcine » .
Dans les solutions pour le maintien d’une filière performante en Rhône-Alpes restent l’organisation de la filière et la poursuite d’une stratégie de qualité ?
« C’est fondamental. Mais cela doit se faire avec une stratégie d’identification sur des produits qui soient réels, palpables, donc vendables à nos acheteurs ».
Les producteurs de porcs sont soumis à des contraintes environnementales de plus en plus importantes. Allié à un certain vieillissement du parc des bâtiments, cela ne va-t-il pas vous poser quelques problèmes ?
« Ces contraintes posent problème car elles ne sont pas rémunérées par le marché. Quand on fait des investissements pour loger des truies en groupe, cela n’apporte rien à l’éleveur, c’est un investissement non productif. Mais, dans la mesure où ces directives européennes sont bien appliquées dans l’ensemble de la Communauté, cela ne provoque pas de distorsion de concurrence entre producteurs à l’intérieur de l’Europe. Où cela devient de plus en plus inquiétant, c’est par rapport à l’Organisation mondiale du commerce. Si, demain, on ouvre le marché européen qui est protégé aujourd’hui, cela change les données. Le Brésil, par exemple, qui souhaite exporter sur l’Europe, ne s’embête pas d’environnement, de social ou de bien-être des animaux... Dans ce cas, on jouerait perdu d’avance et c’est quelque chose que l’on essaye de faire valoir à Bruxelles »
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