Le Jura Agricole et Rural
L'enjeu agricole vu par les candidats
Élections présidentielles
Jura agricole et rural
Publié le:  04 mai 2007
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Lors du premier tour à l’élection présidentielle, pour bon nombre d’observateurs, l’agriculture n’a pas suscité un réel débat dans une campagne qui a vu émerger à la une des médias d’autres dossiers plus «vendeurs ». Deux candidats restent en lice. Ils expliquent leurs projets pour l’agriculture.

Le calendrier agricole s’accélère. Le « bilan de santé de la Pac » est programmé pour 2008, le budget de l’Union européenne est fixé jusqu’en 2013, sans oublier la fin programmée des quotas laitiers en 2015. Au niveau de l’OMC, les négociations de la dernière chance pour boucler le cycle de Doha doivent intervenir avant la fin du « fast track » du président Bush. L’agriculture entre en zone de turbulence. Les professionnels agricoles et les syndicalistes n’ont de cesse de tirer le signal d’alarme depuis quelques mois.

Dans ce contexte, les principaux candidats n’ont pas complètement délaissé les questions agricoles. Le premier à mettre en avant ces sujets a été François Bayrou, candidat UDF qui a organisé une « convention agricole » à Paris, le 11 février 2006. Nicolas Sarkozy, candidat UMP n’a pas manqué le rendez-vous agricole en organisant lui aussi une « convention agricole » le 18 octobre 2006, quelque peu poussé à le faire par les professionnels de l’agriculture. En septembre 2006, l’intervention du candidat UMP à la finale nationale du concours de labour des jeunes agriculteurs a été remarquée. Un discours fleuve qui a rappelé que les valeurs défendues par le candidat Sarkozy, sont celles du monde agricole.

Pour réussir, en tant que « chef d’entreprise agricole », il faut être « passionné et travailleur, deux mots qui ne me font pas peur ». La France appartient à ceux qui se lèvent tôt.

PS : un colloque national

Ségolène Royal a privilégié des déplacements sur le terrain pour exprimer sa vision sur l’agriculture en évitant les grandes messes rassemblant les professionnels du secteur. Afin de préparer le programme pour les présidentielles, le Parti socialiste a organisé un colloque national à Aurillac les 13 et 14 mai 2006, alors que la candidate défendant les couleurs de la gauche n’était pas encore désignée par les militants. Au menu : la relance des CTE et la réorientation des aides Pac. Aucun des grands ténors socialistes n’avait fait le déplacement. Dans un deuxième temps, le programme agricole du parti socialiste a été présenté en janvier 2007 par François Hollande, premier secrétaire du PS et Germinal Peiro, en charge des questions agricoles. Ils ont précisé plusieurs aspects de ce programme, qualifié « en phase » par rapport aux propositions déjà avancées à l’époque par Ségolène Royal. Lors de sa visite dans des exploitations agricoles en Poitou-Charentes le 14 janvier, elle a présenté les grandes orientations qu’elle voulait pour la Pac. « La politique agricole commune doit nécessairement prendre en compte des actions en faveur du développement rural comme une priorité. Celles-ci doivent être l’axe majeur de la future Pac, pour une politique garante de l’équité et de la solidarité entre les producteurs » a-t-elle expliqué.

Les tracts de campagne

Le seul candidat à avoir dédié l’intégralité d’un tract de quatre pages à la seule question agricole a été Nicolas Sarkozy. Il y explique qu’il « veut être le président d’une France qui défendra une agriculture de production et de qualité ». « Je ne veux pas être le président des jachères et des arrachages », a-t-il ajouté. Ségolène Royal dans un de ses tracts de campagne présentant les « sept piliers du pacte présidentiel » n’intègre la dimension agricole que par le prisme environnemental. Elle veut défendre « l’excellence environnementale » pour la France. Sur le sujet de la Pac, si tous les candidats s’entendent pour défendre la seule politique commune de l’Union européenne, c’est sur les solutions que les réponses divergent grandement.

Le programme de la candidate du PS entend réorienter cette politique pour plus de transparence et d’égalité entre les agriculteurs. Sur son site internet « désirs d’avenir », elle n’hésite pas à rentrer dans la « cuisine » de la Pac. Elle propose des mesures très précises sur la modulation des aides en utilisant l’article 69 du règlement européen, leur plafonnement sans oublier leur régionalisation. Aucun autre candidat n’a été loin dans le détail technique de ses positions agricoles.

Un clivage gauche droite

Le clivage gauche droite qui tend à s’estomper sur certains sujets réapparaît sur la question agricole. Une agriculture de gauche n’a presque rien à voir avec une agriculture de droite. Pour preuve, lors du débat organisé par l’AFJA (association française des journalistes agricoles), Nicolas Sarkozy a souligné qu’il ne veut pas d’une agriculture sous perfusion, condamnant des « subventions qui humilient ». Les agriculteurs sont des chefs d’entreprises et il faut qu’ils retrouvent leur liberté d’entreprendre en simplifiant les procédures. Il ne veut pas faire des agriculteurs « des jardiniers ruraux ».

Il souhaite que la « France soit reconnaissante des actions que les producteurs continueront de fournir en faveur de l’environnement ». On est loin de « l’excellence environnementale » voulu par la candidate du PS avec un « plan de réduction des pesticides », « ou 10 % des surfaces en agriculture biologique d’ici 2012 ».


Luc Guyau (APCA) : des enjeux prioritaires

Luc Guyau définit quels seront les chantiers prioritaires pour le prochain gouvernement :

• la promotion du modèle agricole européen, qui, contrairement aux pays agroexportateurs, repose sur un équilibre entre les hommes, les produits et les territoires, dans une logique de développement durable ;

• deux réformes dans les secteurs de la viticulture et des fruits et légumes sont sur le point d’être conclues dans des délais très courts. La pire des stratégies serait d’aligner ces secteurs sur la réforme de 2003 ;

• la reconquête du pouvoir économique par les agriculteurs qui conditionne le niveau des prix des produits agricoles et donc le revenu des agriculteurs.

Les relations amont-aval au sein des filières devront être réorganisées.

• le statut des entreprises agricoles devra évoluer pour répondre aux nouveaux modes de vie et de travail des agriculteurs eux-mêmes et pour faciliter leur reprise.


La FNSEA souhaite le maintien d'un ministère de l'Agriculture

« Aujourd’hui nous réclamons l’engagement du maintien d’un ministère de l’Agriculture de plein exercice conforté dans l’intégralité de ses missions. Ce n’est pas une demande inopinée, elle correspond à une certaine conception de l’agriculture nationale et européenne et des moyens y afférent, » souligne la FNSEA dans un communiqué. « La France, faut-il le rappeler, est la première agriculture européenne. Moderne, compétitive, créatrice d’emplois, engagée dans le développement durable, notre agriculture s’adapte en permanence pour offrir aux consommateurs des produits de qualité, tracés et sécurisés », rappelle le syndicat. « Gardons notre spécificité car elle permettra, y compris teintée de ruralité, d’alimentation ou d’aménagement du territoire, de garder une partie de ce qui fait la force et la fierté de la France ». « Compte tenu des défis à relever pour notre pays, le ministère de l’Agriculture a vocation à s’élargir et non à se rétrécir » conclut la FNSEA.


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