Le Jura Agricole et Rural
Une année de transition
Comité technique viticole
Jura agricole et rural
Publié le:  04 mai 2007
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Mercredi 25 avril à Passenans, Jean-Yves Noir, président du Comité technique viticole, a dressé le bilan d’une année de transition marquée par l’achèvement d’un certain nombre de programmes : PMPVV (programme de maîtrise des pollutions d’origine viti-vinicole) mais aussi Contrat de plan État-Région, qui finançait 20% du fonctionnement du CTV.

Nous sommes mobilisés pour le prochain contrat de projet 2007-2013. Mais cette fois les projets se définissent au niveau de la filière viti-vinicole et non par organisme, avec des lignes budgétaires réduites », annonce Jean-Yves Noir. Le CTV espère bien faire valoir la spécificité de sa mission, « la technique au service des vignerons, en toute indépendance », et obtenir les moyens nécessaires à la poursuite de ses nombreuses actions : préconisations, suivi de protection phytosanitaire raisonnée (655 ha en 2006 soit 35% du vignoble), expérimentation, surveillance sanitaire essentielle vis-à-vis de l’apparition de certaines maladies. « Le Jura est encore indemne de flavescence dorée mais la maladie est à nos portes et son vecteur, la cicadelle, très présent », rappelle Valérie Labre, directrice de la Fredon. Cette jaunisse présente les mêmes symptômes que la maladie du bois noir. La suspicion doit être confirmée par une analyse. Face à cette maladie pénalisante pour la vigne, la Fredon veut mettre en place un réseau de surveillance dès cet automne avec la participation des vignerons.

Le soutien des vignerons

« Des actions comme le PMPVV ou la lutte raisonnée, répondent à une demande de la société. Mais que valent les discours environnementaux quand les finances s’évaporent », martèle le président. Le CTV peine à équilibrer son budget. Faudra-t-il amputer certaines actions, voir supprimer un poste de technicien ? La question a été posée en assemblée générale. Le niveau du prochain contrat de projet sera donc déterminant ainsi qu’un possible financement par l’Agence de l’eau. Enfin la solution d’une cotisation volontaire des vignerons est revenue sur le tapis. Pour l’heure tout vigneron cotisant à la Société de viticulture bénéficie automatiquement des services du CTV. « La profession devra peut-être aider un peu plus la partie technique si l’on veut maintenir un suivi de qualité », avancent plusieurs vignerons. L’assemblée générale a laissé la place à une intervention sur la stimulation des défenses naturelles de la vigne (SDN). « Des pistes de travail optimistes et encourageantes qui prouvent la nécessité de poursuivre les recherches et les essais sur ces techniques porteuses d’espoir », souligne le président. Le CTV se met sur les rangs et devrait réaliser des essais de SDN anti-oïdium dès cette année avec une application espérée des résultats d’ici trois ans.

Ont été élus ou réélus au conseil d’administration : Denis Benoît, Hervé Ligier, Jean-François Michel, Christian Pêcheur, Laurent Macle et Philippe Dubois. Représentants : Jean-Luc Morel pour la Société de viticulture, Raphaël Grandvaux pour la FDSEA et Jean-Yves Noir pour la chambre d’agriculture.

Stimuler les défenses naturelles des plantes : une voie d'avenir

La recherche sur la stimulation des défenses naturelles des plantes ne date pas d’aujourd’hui. Depuis une vingtaine

d’années, les scientifiques ont mis en évidence l’effet de certaines substances appelées éliciteurs (acide salicylique, silice, saccharine...). Produits naturellement par la plante, ils stimulent les réactions de défense contre les maladies. « Aujourd’hui nous cherchons à décortiquer ces mécanismes complexes pour proposer des molécules fiables sans aucun problème de toxicité et qui puissent être produites de façon industrielle », précise Xavier Daire de

l’INRA de Dijon. Il a présenté aux viti-

culteurs jurassiens les résultats de laboratoire appliqués à la vigne, expérimentations menées conjointement avec l’équipe de recherches de l’Université de Dijon dirigée par Alain Pugin. La chambre d’agriculture de Saône-et-Loire a déjà réalisé des essais en 2005 avec des SDN anti-oïdium sur vigne qui se sont révélé concluants. Un passage tous les 10 à 12 jours permet dans bien des cas de diviser l’impact de la maladie par trois. On note une meilleure réponse sur les feuilles les plus âgées. « L’effet est donc partiel et ne permet pas de faire l’économie d’un traitement phytosanitaire si la maladie se développe fortement. Il permet par contre la réduction des doses. »

Les SDN déclenchent les mécanismes d’immunité innée de la plante : barrière de la cuticule ou variétale, papille d’occlusion, production de substances comme de l’eau oxygénée, des antibiotiques « phytoalexine », des enzymes capables de digérer les intrus, dépôt de lignine, calose... Cette immunité est différente d’une immunité acquise , elle est non spécifique à un pathogène et possède un large spectre. Un SDN peut donc être actif contre plusieurs maladies mais doit être appliqué à plusieurs reprises.

« Il faut aussi mesurer les effets sur le développement de la plante si l’on multiplie les réactions de défense. L’idéal serait d’arriver à une seule stimulation. »

Pour Alain Pugin ce n’est qu’une question de temps. « Ça marche, nous en sommes sûrs, car cette méthode s’appuie sur l’immunité du monde vivant. Il faut être capable de les activer chez les plantes comme on est capable de vacciner l’homme contre les maladies ».

En France, seuls trois produits sont homologués SDN : Iodus2 de Goemar sur céréales, Stifenia de Soft contre l’oïdium de la vigne avant floraison et Bion WC de Syngenta contre l’oïdium sur blé et la bactériose de la tomate. Certains fongicides se révèlent aussi des éliciteurs sans que l’on sache parfaitement quel mécanisme intervient. Les SDN auraient également des effets positifs pour réduire les résistances. Enfin certains SDN sont vendus comme fertilisants, l’homologation d’un produit représentant un investissement de 2 millions d’euros. Ainsi la stimulase d’Agronitrution est une enzyme élicitrice avec un effet non négligeable sur l’oïdium et le botrytis en vigne. Milsana de Biofa agit également sur l’oïdium.

« Nous avons peu de résultats d’essais et la France ne possède pas encore de catégorie propre aux SDN comme en Allemagne », remarquent les scientifiques. La recherche, les organismes techniques et les législateurs ont encore du chemin à parcourir pour tracer cette voie d’avenir.


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