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En plaine du Finage, il n'a pas quasiment plu pendant un mois avec des températures très élevées Isabelle Pouget - Le Jura agricole et rural |
Le manque d’eau, les températures excessives du mois d’avril ont chamboulé les cultures avec d’ores et déjà une perte de potentiel dans les terres les plus séchantes. Dérèglement climatique ? Les agriculteurs craignent une nouvelle sécheresse. Dans le Jura aussi les cultures ont souffert.
On est en avance d’une vingtaine de jours en moyenne. C’est du jamais vu », déclare un spécialiste du blé d’Arvalis. « Les moissons devraient en conséquence être avancées d’une bonne quinzaine de jours », ajoute-t-il. Cette avance observée dès cet automne, et renforcée par un hiver doux, n’a pas été démentie par un mois d’avril exceptionnellement chaud. Des températures en journée qui flirtent avec les 30 degrés et qui, la nuit, ne descendent pas en dessous des 7 à 10 degrés, la station Météo France de Tavaux en a relevé pendant toute la deuxième quinzaine du mois d’avril. Et pas une goutte de pluie, ou quelques millimètres par ci par là, mais pas de quoi répondre aux besoins des plantes.
Pour briser la sécheresse, il faut que durant plusieurs jours d’affilée, le sol soit arrosé par 10 à 20 mm dans les douze heures. Or, les prévisions météorologiques n’annonçaient rien de tel pour les jours à venir. Cette situation est tout à fait exceptionnelle et nos voisins suisses ont par ailleurs déclaré « connaître la plus longue période de sécheresse enregistrée au printemps depuis 1901».
Un potentiel entamé
« Les 10 à 20 mm de pluie tombés entre le 25 et le 30 avril ont littéralement rendu le sourire à bon nombre d’agriculteurs », observe Patrick Chopard, technicien de la chambre d’agriculture. Mais de manière inégale. Certaines cultures n’ont pas reçu d’eau depuis plus d’un mois. Le 5 mai, Lons-le-Saunier a reçu 20 mm, Tavaux, 3mm. « À ce stade, en culture d’automne, cela se joue à peu de chose.C’est ce qui est terrible. Ces quelques pluies ont permis de reprendre espoir et récupérer une partie du potentiel. En terre séchante, c’est la catastrophe ». Certains agriculteurs ont fait estimer les dégâts par les experts au titre de l’assurance récolte. Des parcelles de blé ont été estimées à 15-20 quintaux de rendements dans les pires des cas. Faut-il irriguer ou pas ? Apporter de l’eau sur les blés n’est pas rentable rappelle Arvalis.
En orge de brasserie, l’azote épandu n’est pas utilisable par la plante et l’on peut craindre qu’il se retrouve disponible au mauvais moment avec des problèmes de protéines élevées. « La sécheresse a amplifié les phénomènes de jaunisse nanisante sur blé même dans les parcelles traitées contre les pucerons cet automne », observe Patrick Chopard. Les colzas défleurissent et les siliques sont là. Le remplissage de chaque grain sera déterminant et il est encore tôt pour se prononcer.
Un mois d’intervalle dans les levées de maïs
Pour les cultures de printemps, le problème est dans la levée irrégulière. En maïs, les écarts sont importants, avec des pieds qui ne sont pas encore levés quand d'autres sont déjà à trois feuilles. La
sécheresse a posé aussi des problèmes d’efficacité des herbicides. « Quelques solutions de rattrapage existent en maïs et tournesol sauf pour les dicots sur tournesol et quand le maïs pointe, ce qui pose problème sur les levées échelonnées », indique encore Patrick Chopard. « Mais chacun aimerait voir si les produits qui ont déjà été mis agissent avant d’en remettre d'autres. Il faudra peut-être avoir recours au binage mais cela ne résoudra pas le problème sur le rang ». Ce n’est pas le seul dilemme pour les agriculteurs. Ceux qui peuvent irriguer s’interrogent. Faut-il arroser ? Faire un deuxième passage pour ceux qui en ont déjà fait un ? Faut-il engager des frais supplémentaires alors que le potentiel n’est pas à son maximum ? Les prix seront-ils au rendez-vous ? « Sur les blés, l’irrigation n’est pas rentable », assure Arvalis en temps normal. En orge de brasserie, quand on le peut, on arrose pour que la plante utilise l’azote au bon moment et n’entraîne pas des problèmes de protéine dans le grain. En maïs, en soja, il faut aider la levée. Certaines cultures sont prioritaires : légumes, pomme de terre. « De toute façon, on ne peut pas passer partout parce qu’on a ni le matériel ni le temps », remarquent les irrigants.
Favorable aux pucerons
« En betterave, l’irrigation a démarré sur certaines parcelles critiques de Côte-d’Or », indiquait en fin de semaine dernière Philippe Béjot, du syndicat betteravier. Les semis précoces du 15-20 mars avaient bien démarré. Ce n’est pas le cas des semis réalisés fin mars qui ont eu plus des problèmes pour lever à cause du manque d’eau. Les pucerons font leur apparition sur betteraves mais l’efficacité du traitement est suspendue à la présence d’eau.
Le temps sec a été favorable au puceron qui s’est développé sur tournesol avec un risque de le voir apparaître également sur blé. « Aujourd’hui le seul aspect positif, c’est l’absence de maladie », constate Patrick Chopard.
Même si la pluie semble enfin revenir, cet épisode de dérèglement climatique a fait ressurgir la crainte d’une nouvelle sécheresse avec ses problèmes d’approvisionnement en fourrage, de mauvais rendements pour les cultures et de pénurie d’eau dans certains départements.
Et pour les trois mois qui viennent, Météo France n’est guère optimiste : « Les températures devraient être au-dessus des normales saisonnières ».
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