Le nouveau décret de l’AOC comté est paru au Journal Officiel du 12 mai. Se matérialise ainsi le travail engagé dès l’année 2000 par l’ensemble de la filière Comté. Celle-ci ne peut que se réjouir de l’aboutissement heureux de ce volumineux dossier.
Après le vote positif du Comité national des produits laitiers (CNPL) de l’Institut national des appellations d’origine (Inao) intervenu le 1er décembre dernier demeurait l’incertitude quant aux signatures ministérielles. On se souvient que l’interprofession du comté avait été l’objet d’une saisine auprès du Conseil de la concurrence.
Par sa décision n° 07-D-10 du 28 mars 2007, le Conseil de la concurrence rejetait cette saisine. Cette décision a sans doute contribué à lever les réticences du ministère des Finances. L’on doit
aussi cette heureuse signature à l’action énergique de M. Pélissard, député-maire de Lons-le-Saunier et président de l’Association des maires de France, qui a pesé de tout son poids auprès de M. Bussereau, ministre de l’Agriculture, et de M. Breton, ministre des Finances, pour qu’ils acceptent de parapher le texte du décret avant la dissolution du gouvernement de M. de Villepin.
M. Binetruy, député de la circonscription de Pontarlier, a également apporté son soutien. La filière comté leur doit en conséquence une grande reconnaissance. Faute de signature rapide, le décret du comté aurait du être réexaminé selon la nouvelle procédure Inao, avec des reports qui risquaient de dépasser la durée d’une année.
Ce nouveau décret renforce un cahier des charges déjà exigeant et arme la filière comté pour affronter le challenge posé à l’agriculture française par la Pac (politique agricole communautaire).
Alors que tout pousse à faire disparaître l’agriculture familiale au profit d’une agro-industrie intensive fournisseuse de produits pas chers, la filière comté cherche avec cette nouvelle réglementation à satisfaire plus encore les attentes du consommateur et ce faisant renforce les bases d’une agriculture devant rester familiale et artisanale.
L’un des éléments-clés du nouveau décret sont les nettes entraves posées à l’intensification, avec une forte limitation des engrais et des aliments tant en quantité qu’en nature d’intrants.
Au niveau de la fabrication, est confirmé son caractère artisanal. La mesure qui militait la zone de collecte des ateliers est complétée par une mesure d’encadrement de la progression de leur taille. Est affirmé le caractère antinomique de l’AOC avec les organismes génétiquement modifiés. Leur culture y est bien sûr interdite, et ils sont proscrits et de l’alimentation du bétail et de tous les ingrédients de fromagerie.
L’ensemble des nombreuses nouvelles clauses du décret va donc dans le sens d’un ancrage renforcé du comté à son terroir. Les responsables professionnels espèrent ainsi que se poursuivra le cercle vertueux dans lequel est impliqué leur filière, où la rigueur est source de réussite économique, qui elle-même est un facteur favorable à une plus grande rigueur. La filière comté est ainsi constante dans sa stratégie « patrimoniale » visant à privilégier l’avenir, le moyen terme sur le court terme.
Les conséquences du nouveau décret
Publié au JO du 29 avril dernier, le nouveau décret « relatif aux fromages et spécialités fromagères » concerne essentiellement les fromages non AOC. Mais il a quelques conséquences indirectes pour la filière comté.
L’étiquetage de la matière grasse des fromages sera désormais exprimé en pourcentage du poids total. Est abandonné l’étiquetage en pourcentage de la matière sèche. En tant qu’AOC, le comté n’est pas soumis à l’obligation d’étiquetage de la matière grasse. Par contre, si les affineurs choisissent de le faire (à la demande de leurs clients notamment), ils devront obligatoirement utiliser l’indication MG/poids total.
L’étiquetage du traitement thermique devient obligatoire pour tous les fromages. De même, les fromages qui sont fabriqués au lait cru devront l’indiquer sur leur étiquette. Bien qu’au lait cru, le comté ne sera pas soumis à l’obligation d’un tel étiquetage qui, le concernant,
restera facultatif. Par contre, l’étiquetage du comté devra porter obligatoirement l’expression « fromage à pâte pressée cuite ».
Le nouveau décret innove en codifiant l’étiquetage du mot « fruitier». Mais n’a pas été retenue la proposition qu’avaient faite les Fédérations de coopératives laitières de Franche-Comté et de Savoie d’imposer une condition d’antériorité d’usage (ce qui leur aurait réservé de fait cet usage).
Dans sa codification du mot « fruitier » le décret fromage retient essentiellement la contrainte d’une fabrication faite à partir de lait cru, quotidienne ou biquotidienne, portant sur un maximum de deux traites et un délai d’emprésurage maximum de 24 heures. Ce sont exactement les conditions requises pour la fabrication du comté !
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