Lors de la première séance de travail de la chambre d’agriculture de Franche-Comté, l’étude sur les filières agricoles et agroalimentaires, conduite par Valérie Vivot, a été présentée. Elle a nourri un intense débat.
Pour bien marquer les esprits, lors de la première session de travail de la chambre d’agriculture de Franche-Comté, l’étude prospective sur les filières agricoles et agroalimentaires menées par Valérie Vivot, chargée d’études des filières agro-alimentaires, et d’autres personnes a été dévoilée.
« Ce n’est pas une fin en soi et encore moins une étude de marché stratégique ; elle permet d’accompagner la réflexion de l’assemblée », éclaire Alexandre Dumontier, co-animateur de l’étude prospective. « Nous verrons qu’il y a des scénarii très marqués », poursuit Michel Renevier, président de la chambre. « Ils ont le mérite d’ouvrir nos esprits en nous incitant à envisager des choses qu’on n’a pas envie d’imaginer. Ça nous permettra de nous préparer pour affronter les tendances lourdes en se posant les bonnes questions. »
Derrière ces propos se profilent l’abandon des quotas laitiers et un nouveau cadre budgétaire. Dans cette étude, on aura privilégié le long terme, « l’horizon 2015, mais on s’est rendu compte que c’était à peine court », poursuit Alexandre Dumontier. On a cherché à explorer les filières lait, viandes – bovine, porcine, ovine, équine – et les grandes cultures, en les étudiant dans un environnement large pour imaginer les différents futurs possibles. « Mais il était difficile, pour les viandes d’assembler ensemble des contextes différents dont les poids économiques sont également différents. »
De manière concrète, six questions étaient posées : De quoi parle-t-on ? Que savons-nous ? Qu’est-ce qui va changer ? Quelles sont les directions envisageables ? Que peut-il advenir ? Quelles incidences ? Quels leviers sur ces évolutions ?
« Aiguiller le train de l’agriculture »
Le cadre clairement tracé, il en est ressorti trois futurs possibles. Le premier scénario veut que le marché dicte sa loi. « Avec une complète libéralisation », annonce Michel Billot, co-animateur de l’étude prospective. « Parce que les consommateurs recherchent les prix les plus bas possibles. » Ceci entraîne des pertes d’emploi et des problèmes de gestion des volumes. Dans un deuxième temps, « et dans un contexte de libéralisme toujours aussi criant », selon Alexandre Dumontier, ce sont les grands groupes et la grande distribution qui imposent leur loi. Les producteurs seraient toujours présents mais ils changeraient d’image. « On passerait alors par la contractualisation des produits standards et par une intégration des produits sous signes de qualité. »
Il reste encore une ultime porte de sortie : la relocalisation des productions. Le propos sonne positivement dans l’oreille mais en grattant un peu, d’autres questions se posent. Parce que le scénario est dominé par l’augmentation du prix de l’énergie, par le réchauffement climatique et par les préoccupations environnementales.
« Il nous faudra alors gérer des volumes pour qu’ils soient adaptés aux marchés locaux », détaille Alexandre Dumontier. Mais en ce cas, la concurrence sur chaque territoire sera forte. « Il faudra un partage raisonné en explorant toutes les données, quitte à aller aux questions qui fâchent. »
L’exercice, s’il est intéressant, a des limites qui sont rapidement pointées du doigt. « En fait, cette étude, c’est un peu comme les prévisions météo », analyse Thierry Chalmin, président de la FDSEA de Haute-Saône. « On ne sait pas s’il y aura un anticyclone ou une dépression. » « Ce sont trois caricatures », confirme Romaric Cussenot, chef de service des filières qualité. « Pour susciter des réactions afin de réagir pour, demain, infléchir le futur dans telle ou telle direction. »
« Ce sont autant de scénarii qu’on pourra compléter, après avoir choisi les leviers de manœuvre », poursuit Michel Billot. « C’est comme un aiguillage qui nous permettra d’orienter le train de l’agriculture dans un sens ou dans un autre. » Et Michel Renevier a déjà sa petite idée : « Il faut jouer avec la prise de conscience collective de la nécessité de s’engager dans le développement durable. » En menant des actions vers les consommateurs, les parents d’élèves, les collectivités territoriales. « Parce que la préférence communautaire se jouera avec le consommateur ; même s’il est souvent équivoque ou contradictoire. »
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