Le Jura Agricole et Rural
Un autre regard sur l'agriculture
Nicolas Sarkozy Président de la République
Jura agricole et rural
Publié le:  21 mai 2007
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L'agriculture a été un sujet peu évoqué lors de la campagne, ce que regrette la profession

Élu le 6 mai avec 53 % des voix, Nicolas Sarkozy aurait bénéficié de 67 % des votes exprimés par les agriculteurs selon un sondage sortie des urnes réalisé par Ipsos. Sa vision de l’agriculture est en cohérence avec les valeurs qu’il défend autour du travail et de l’entreprise. Une sensibilité libérale qui lui fait considérer que les aides Pac « humilient » et que les agriculteurs, véritables chefs d’entreprise, doivent vivre du prix de leur produit.

Ensemble tout devient possible », a promis le nouveau président Nicolas Sarkozy. Même la remise en cause du périmètre et de la place du ministère de l’Agriculture est envisageable aujourd’hui alors que le nouveau président doit mettre en place son gouvernement. Le candidat de la rupture qui a promis un gouvernement resserré trouverait là une belle occasion de rompre avec une tradition d’un ministre de l’Agriculture de plein exercice. Et le successeur de Jacques Chirac, fervent défenseur de la cause agricole, afficherait ainsi sa différence. Pour preuve, Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA s’est fendu à deux reprises de communiqués réclamant le maintien d’un vrai ministère de l’Agriculture.

Programmation d’un « Grenelle de l’environnement »

L’agriculture, « outil stratégique pour la France avec ses 1,6 million d’emplois et ses 39,3 milliards d’euros d’exportations » pourrait donc ne pas peser très lourd face à la « révolution écologique » que le nouveau président Nicolas Sarkozy souhaite mettre en œuvre. Le programme des fameux cent jours où le nouveau président bénéficie habituellement d’un état de grâce, ne dit pas un mot sur l’agriculture.

En revanche, on le sait, Nicolas Sarkozy, signataire du pacte de Nicolas Hulot, va organiser à la rentrée un « Grenelle de l’environnement ». Évidemment lors de cet événement, il sera question d’agriculture mais elle ne tiendra pas la vedette. Déjà, dans le « contrat de législature » 2007/2012 qui est le résultat d’un travail collectif qui a associé pendant plus de vingt mois des experts, des parlementaires et des internautes, la « révolution écologique » figure comme quatrième engagement avec plus de trois pages de propositions. Le secteur agricole présenté « plus que jamais comme un atout pour la France » sert d’exemple sur un quart de page au sixième engagement du président : « revaloriser le travail et augmenter le pouvoir d’achat».

L’objectif poursuivi par Nicolas Sarkozy est d’aider les agriculteurs « à vivre eux aussi davantage de leur travail, c’est-à-dire du prix de leurs productions par les filières de qualité, les usages non alimentaires de l’agriculture, la valorisation des activités non agricoles des exploitants ».

Des agriculteurs chef d’entreprise

Dans un déplacement le 6 octobre dans le Finistère, il a condamné « les subventions qui humilient », assurant que les agriculteurs ne veulent pas seulement être « les jardiniers de la France ». Le candidat UMP a invité le 9 mars les agriculteurs « à ne pas se laisser réduire à la seule question de la ruralité ». « Il ne faut pas traiter l’agriculture comme une civilisation en voie de disparition (…). Ce n’est pas seulement l’expression d’une tradition », a-t-il souligné. Dans la même logique, le candidat Sarkozy veut pour les agriculteurs « la liberté qu’il veut pour tout entrepreneur ». « J’agirais donc contre une réglementation complexe et en perpétuel changement », promet-il dans un tract de campagne dédié à l’agriculture.

Nicolas Sarkozy appelle les agriculteurs à devenir maîtres de leur destin en construisant « un autre rapport de force face à six énormes centrales d’achat ». Sa sensibilité libérale plaide pour « l’égalité des armes : quand la distribution s’organise, la production doit pouvoir le faire aussi ». En clair, les agriculteurs doivent trouver « une nouvelle position, plus rémunératrice dans la chaîne de valeur qui va du producteur au détaillant ou au produit fini ».

« Il faut aller vite »

Deuxième point fort pour Nicolas Sarkozy : la défense du principe de préférence communautaire. Il l’a évoqué dans le débat du 2 mai avec Ségolène Royal de l’entre-deux tours. Ce principe est « la condition de l’indépendance et de la sécurité alimentaire des Français et de tous les Européens, ainsi que de la vitalité de nos campagnes », explique-t-il. Sur la question du calendrier européen, en homme pressé, il a expliqué dans un entretien au journal Le Monde le 26 avril « qu’il faut aller vite (…). Il faut régler les choses entre la présidence allemande de ce semestre et la présidence française en 2008 ». « Concrètement, à la fin 2007, on se dote de nouvelles institutions, on engage les négociations sur la future Pac, on pose la question de la concurrence et de la préférence communautaire (…) ». Encore l’apologie de l’action dans son intervention à la convention UMP sur l’agriculture le 18 octobre où Nicolas Sarkozy précise : « 2007-2012, ce n’est pas une période d’attente. Ce doit être une période de choix, de décisions et d’action ». Pour Nicolas Sarkozy il s’agit de défendre le principe de la Pac auprès de nos partenaires européens et dans l’enceinte de l’OMC.

« Je ne crois pas en la désintensification »

Au chapitre des pratiques agricoles, il prône l’agriculture biologique. L’idée est aussi « d’aider l’ensemble du secteur agricole à mieux prendre en compte le bien-être animal et à mettre en œuvre des pratiques plus respectueuses de l’environnement en soutenant l’agriculture raisonnée ». Sur les OGM alors que Ségolène Royal et François Bayrou souhaitaient un moratoire, Nicolas Sarkozy dit « ne pas accepter l’utilisation des OGM en l’état des connaissances scientifiques, mais de poursuivre la recherche et associer tous les partenaires à son contrôle et à son évaluation ».

Une manière de se laisser une porte ouverte sur ce qui n’apparaît pas être une remise en cause des OGM. Tout comme la promotion de l’agriculture biologique et raisonnée qui n’engage pas en parallèle un changement des pratiques agricoles. « Je ne crois pas en la désintensification. Je crois beaucoup à des démarches de progrès permettant un plus grand respect des ressources mobilisées, comme la terre ou l’eau. Le vrai défi de l’agriculture européenne, c’est de poursuivre dans la voie du développement en s’appuyant sur les résultats de la recherche ». Une vision paradoxalement très conservatrice et très moderne de l’agriculture.

Propos de campagne

Les propos cités ici sont tirés entre autres d’une intervention de M. Sarkozy lors d’une convention de son parti, l’UMP, consacrée à l’agriculture et au monde rural, le 18 octobre 2006.

• Institutions. « Concrètement, à la fin de 2007, on se dote de nouvelles institutions, on engage des négociations sur la future Pac, on pose la question de la concurrence et de la préférence communautaire, on suspend tout élargissement à l’adoption de nouvelles institutions ».

• Présidence française. Le nouveau chef de l’Etat veut décidément « aller vite », et « régler les choses entre la présidence allemande de ce semestre et la présidence française » au cours de la deuxième moitié de 2008. Il compte se rendre dès les premiers jours suivant sa prise de fonction, prévue le 16 mai, à Bruxelles et à Berlin, « pour faire une proposition de relance de la construction européenne ». Son objectif : un « traité simplifié » qui serait entériné par voie parlementaire, et non par le biais d’un nouveau référendum populaire en France comme en 2005, « limité aux questions institutionnelles que nul n’a contestées pendant la campagne référendaire » et permettant à l’UE de mieux fonctionner à 27 Etats membres (une présidence stable, un ministre des affaires étrangères, une règle de l’unanimité

« modifiée »).

• Préparer 2013. « La dernière réforme de la Pac a fixé des règles jusqu’en 2013. Il n’y a aucune raison d’en changer d’ici là », assure Nicolas Sarkozy. « Mais cela ne nous dispense aucunement, bien au contraire, ni de répondre au malaise agricole, ni de préparer les échéances futures. 2007-2012, ce n’est pas une période d’attente. Ce doit être une période de choix, de décisions, d’action ».

• Crises agricoles. « La Pac doit aller au bout de ses engagements, et, de ce point de vue, il est incompréhensible que la Commission européenne n’ait toujours pas fixé les règles de gestion des crises et des risques agricoles ».

• Coût de la Pac. Le nouveau chef de l’Etat juge le coût de la Pac « ni injustifié, ni excessif ». Pour autant, poursuit-il, « il n’est pas interdit de réfléchir à une meilleure articulation entre ce qui doit relever de l’Union européenne et ce qui doit relever des Etats membres ». « Il n’est pas non plus indécent », selon lui, « de penser que le budget communautaire pourrait augmenter en pourcentage du PIB européen ».

• Biocarburants. M. Sarkozy veut, bien entendu, « accélérer le développement » des biocarburants. Comment ? « En les défiscalisant, comme l’a fait la Suède, et en créant une “pastille bleue”, qui serait attribuée aux véhicules dits propres et qui leur ouvrirait droit à certains avantages comme le stationnement gratuit et la réduction des tarifs de péage ». A développer également, selon lui, « l’exploitation de la biomasse et des forêts » et la « chimie verte ».

• De l’OMC à l’écologie. M. Sarkozy veut « réhabiliter la préférence communautaire, c’est-à-dire le droit pour l’Europe, lorsque c’est son intérêt, notamment à l’OMC, de préférer et donc de protéger ses produits, ses entreprises ».

Car, demande-t-il, « la préférence communautaire est un principe fondateur. Si nous ne sommes pas capables de le défendre, à quoi sert-il que nous fassions l’Europe ? ».

Dans ce contexte, le nouveau chef de l’Etat considère que « la manière dont les intérêts de l’Union européenne sont défendus à l’OMC est stupéfiante ».

A ce jugement sévère s’ajoutent des considérations écologiques. « Très clairement », là aussi, M. Sarkozy pose une « alternative » : « ou bien l’ensemble des pays du monde développé et émergent soumet son agriculture au respect de normes environnementales et ses industries au respect de quotas d’émission de gaz à effet de serre, ou bien l’Europe, qui, elle, a institué ces normes et ces quotas, se reconnaîtra le droit de taxer les biens en provenance de pays qui ne font pas les mêmes efforts ».


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