Il a suffi qu’un économiste mondialement reconnu, Nicholas Stern, annonce le coût économique astronomique du changement climatique pour que tout le monde prenne au sérieux un phénomène que dénoncent, en vain et de longue date, les écologistes…
La peur d’un effondrement de l’économie mondiale consécutif au réchauffement climatique semble bien plus efficace que la conscience collective de préserver, pour les générations futures, notre environnement. C’est la leçon que nous devons tirer de l’onde de choc qu’a produit le rapport de l’économiste britannique Nicholas Stern, ancien économiste en chef de la Banque mondiale, qui chiffre à 5 500 milliards d’euros le coût des effets induits par le changement climatique. Si rien n’est rapidement fait pour limiter l’émission des gaz à effet de serre, « une crise économique comparable à celle de 1929 » est probable, prédit même l’économiste de réputation mondiale.
Les Etats-Unis d’accord… pour ne rien faire !
Du coup, tout le monde s’affole. Les grandes multinationales font le compte des pertes qu’elles auraient à supporter. L’OCDE, les Etats, y compris les États-Unis qui produisent à l’échelle du monde le quart des gaz à effet de serre avec seulement 5 % de la population mondiale, ont bruyamment approuvé le rapport de plus de sept cents pages. Mais cette position américaine pour sympathique qu’elle soit, reste en contradiction avec ses actes.
En effet, le Président Bush n’a pas rejoint le protocole de Kyoto signé par trente-cinq pays industrialisés et l’Union européenne qui programme pourtant la réduction de l’émission de gaz à effet de serre. Les Etats-Unis nous ont souvent habitués, les agriculteurs le savent mieux que personne, à ces danses du ventre qui consistent à affirmer une chose à la face du monde mais surtout de ne rien faire chez eux qui serait de nature à léser leurs intérêts. En matière d’écologie comme en matière de commerce international, la même règle prévaut outre-atlantique : leurs intérêts nationaux priment sur tous les autres.
Kyoto pour revenir à la situation de 1990
Le rapport Stern, en dépit de sa lourde argumentation, se résume à une conclusion simple et pragmatique : « les bénéfices d’une action forte et rapide dépassent considérablement les coûts de la mise en œuvre de mesures de réduction des gaz à effet de serre ».
C’est le pragmatisme tout britannique qui s’exprime et reconnaissons qu’il se montre bien plus efficace que les positions idéologiques des écologistes qui prêchent seuls et depuis longtemps sur ces graves questions sans vraiment être entendus, comme le démontrent leurs déboires électoraux.
Rappelons que le protocole de Kyoto demande que d’ici 2012 des actions concrètes capables de réduire de 5 % les émissions de dioxyde de carbone et autres gaz à effet de serre comme le méthane soient mises œuvre. Cet engagement, s’il se réalise, ramènerait le niveau des émissions de ces gaz à leur niveau de 1990.
L’agriculture d’abord victime
Autant dire qu’il ne s’agit que d’une étape très insuffisante pour répondre aux défis pointés par le rapport Stern. Plus de pays doivent rejoindre le protocole de Kyoto, notamment la Chine et l’Inde et, bien sûr, les Etats-Unis. Pour autant tout le monde sait qu’après 2012, il faudra d’autres mesures bien plus contraignantes encore pour tenter de rétablir le déséquilibre climatique actuel.
L’agriculture est évidemment concernée par ces enjeux climatiques. Elle l’est d’abord comme victime. Les inondations et les sécheresses sont plus fréquentes. Ouragans, tempêtes et, dans certaines régions du monde typhons et tornades se multiplient avec les effets dévastateurs sur la production agricole que l’on connaît. Le rapport Stern n’exclut pas l’explosion de famines alors que les démographes nous annoncent une population mondiale qui passerait de sept à neuf milliards d’individus d’ici 2050 ! Dans nos zones tempérées dont le climat équilibré reste, on l’oublie trop souvent, notre première richesse, les changements climatiques déplacent les cultures vers le nord. Paysages, tourisme, agriculture, arboriculture, viticulture, élevage… en seront durablement bouleversés. Mais l’agriculture est également concernée en tant que secteur de production dont les pratiques devront intégrer la réduction des gaz à effet de serre.
On sait que la France prépare une conférence sur l’environnement qui se tiendra à la rentrée prochaine. Le nouveau Président de la République s’est déjà prononcé sur la nécessité de respecter le protocole de Kyoto. On voit mal comment les autres secteurs de l’économie seraient concernés par cet engagement de l’État sans que l’agriculture ne le soit elle-même. À moins qu’elle ne fasse valoir son immense potentiel d’énergies vertes et plaide, à ce titre, pour un traitement particulier…
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