À l’assemblée générale d’AFDI BFC, le débat tourné sur la place du paysan dans le développement fait ressortir un besoin, tant au nord qu’au sud, de remise en cause des valeurs propres au fondement de l’agriculture.
S’engager sur des valeurs et trouver sa place dans un développement durable c’est l’idée générale qui ressort de la table ronde organisée par AFDI Bourgogne Franche-Comté lors de son assemblée générale en Saône-et-Loire. En effet ce 22 mai à Fontaines, près de Chalon-sur-Saône, AFDI a choisi de discuter de la place du paysan comme vecteur de développement.
Christian Olivier, vice président de AFDI BFC et administrateur de AFDI Nat amorce le débat, dès le matin en prononçant le rapport moral : « au nord comme au sud, conclut-il, si chacun est engagé sur des valeurs, il doit pouvoir trouver sa place dans un schéma de développement ».
Les invités à la table ronde, paysans du Morvan, de Madagascar ou du Sénégal, rappellent l’importance de ce que représente le statut du paysan. Pour les uns, il s’agit de rester des hommes fidèles à leurs racines et fiers du travail accompli. Pour les autres, il s’agit de redevenir des paysans, se réapproprier le terrain et le contrôle des exploitations.
Acteurs du nord et du sud éprouvent le même besoin de redonner une valeur au monde paysan.
Agir dans ce sens, au sain d’une organisation comme AFDI, ça passe par l’échange d’expériences. Un échange basé sur le long terme. Il s’agit tout d’abord d’apprendre à se connaître, et puis, comprendre ce que chacun vient chercher. Ainsi des hommes et des femmes partis en mission, témoignent sur la générosité et la convivialité perdue dans nos territoires et qu’ils redécouvrent quand ils se rendent à Madagascar, au Sénégal ou au Cameroun. Échanger les expériences c’est aussi prendre en compte le désir du partenaire local pour adapter les expériences vécues. C’est avant tout des échanges basés sur plus d’humanité.
Travailler sur le développement, c’est lutter ensemble pour réorienter l’agriculture avec l’Homme au centre du débat. Dans le sud il s’agit d’échanger sur les modalités d’une agriculture familiale et de résoudre les problèmes locaux. En parallèle les paysans du Nord
peuvent proposer des solutions à l’organisation de groupes qui faciliteront la prise de parole, pour aboutir à une réelle politique agricole du pays. Au nord il s’agit de réorganiser les choses pour que l’image de l’agriculteur redevienne celle d’un homme ancré dans son
pays. Là encore si les besoins diffèrent, de nombreuses similarités existent, notamment celle de travailler sur la proximité.
Ces constats doivent permettre à une organisation comme AFDI de renforcer des moyens d’action qui permettront un travail fixé dans le temps, prenant en compte la réalité du terrain. De nombreux témoignages montrent que les échanges ne sont fructueux qu’à condition de laisser la décision finale aux habitants locaux. Mais c’est aussi ce que désirent les paysans au nord, en « reprenant le contrôle de leur ferme » tel que le dit M. Largy qui représente l’association «Cultivons nos campagnes» : « aujourd’hui l’agriculteur n’est plus qu’un technicien et un chef d’entreprise soumis à des normes strictes. Le paysan c’est bien plus que ça, en trois générations on a perdu toute la connaissance de nos grands parents, les écologistes en savent plus que nous. Il faut retourner sur le terrain, reconquérir ce monde perdu et redonner une valeur au monde paysan » insiste-t-il.
Si les moyens financiers sont le nerf de la guerre pour l’aide au développement, ils ne sont efficaces que s’ils sont mis au service des volontés locales. Ainsi M. Bellec qui intervient pour le conseil régional de Bourgogne prononce une phrase reprise plusieurs fois par l’assemblée : « nous n’avons pas de leçons à donner, mais seulement une expérience à partager ».
Quel que soit le phénomène de mondialisation, le paysan reste un homme au service de l’homme. C’est dans sa mission à nourrir le monde qu’il prend toute sa valeur. Mais n’oublions pas que nourrir le monde commence par nourrir sa famille.
Sophie Fonquernie clôture cette assemblée en insistant sur l’importance qu’il y a à reprendre confiance en soi en tant que paysan, aussi bien au nord qu’au sud. « C’est par le biais des échanges internationaux que nous travaillerons à notre propre développement et au développement de notre humanité », conclut-elle.
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